jeudi 28 avril 2022

Tortillements intempestifs


Si la femme était capable de concevoir qu'elle n'est qu'un squelette recouvert de chair, elle ferait sans doute moins de minauderies, elle tortillerait moins du fondement (de l'historialité du Dasein). Et ce serait, pour l'homme du nihil, un grand soulagement.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

La vie dans les plis

 

La solitude vous force à prendre certains plis. Et ces plis, le voudrait-on, on ne peut s'en défaire. Conclusion : assommons les solitaires (comme on a fait naguère les suicidés).

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Jusqu'à l'os

 

Si l'on persévère dans l'être année après année, malgré les ravages de l'alopécie, les garagistes de La Bourboule et tout le reste, c'est sans doute par l'effet d'une curiosité morbide, pour voir jusqu'à quel point l'on peut se contenter de peu.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Beau sexe

 

Nul mieux que Mircea Eliade n'a décrit l'action délétère des « mégères difformes au faciès d'hippopotame ». Par elles, nous dit-il, « l'homme est dissous, réduit à un plasma amorphe où se débattent le désespoir et le néant ».

(Fernand Delaunay, Glomérules)

mercredi 27 avril 2022

L'Ennemi

 

Il y aura mis le temps, mais l'homme du nihil a finalement identifié l'Ennemi, celui contre lequel, armé du seul vocable reginglette, il va devoir engager un combat à mort. Il s'agit d'un certain Prajapati, réputé « dieu du Tout » chez les Hindous.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Le choix du malheur

 

Ce qu'il y a de bien avec le malheur, c'est qu'il est de tout repos. Il ne nécessite aucun entretien et se perpétue de soi-même. Tandis que le bonheur, il faut tout le temps s'en occuper, on s'y éreinte et on y perd la santé. Par-dessus le marché, il vous donne l'air d'un couillon. Comme l'homme du nihil, primo est paresseux, deuzio déteste avoir l'air d'un couillon, son choix a été vite fait. Seul problème mais de taille : on peut être malheureux et quand même avoir l'air d'un couillon.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Étouffe-chrétien

 

Malgré son manque apparent de consistance, le réel est très bourratif. Il peut provoquer des indigestions. Ce n'est pas une plaisanterie !

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Sinistre savoir

 

Le nihilique « sait ce qu'il sait ». Contrairement à celui du « penseur paradoxal » Frédéric Nietzsche, ce savoir n'est pas gai et en aurait sans doute anéanti plus d'un. Mais lui dure, un jour après l'autre, ne lui demandez pas comment...

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Précision

 

Le nihilique n'est pas un imbécile. Il voit bien qu'il y a « quelque chose ». Quand il dit que « rien n'est », il veut dire que rien n'est suffisamment.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Châteaux de sable

 

Toute science, toute philosophie, et à vrai dire toute pensée, reposent sur un postulat indémontrable — et pour cause —, à savoir l'existence d'un « monde extérieur ». Supprimez cette hypothèse et... adieu Barthes !

(Fernand Delaunay, Glomérules)

mardi 26 avril 2022

Simiomancie

 

L'homme du nihil aime les animaux et se délecte dans la compassion, c'est pourquoi il fréquente assidûment les zoos. Parfois, mû par une curiosité morbide, il essaie de lire son destin dans les yeux d'un gorille. Hélas ! Neuf fois sur dix, tout ce qu'il entrevoit est un avenir fait d'ennuyeuse monotonie, de paroles superflues et de solitude, qui n'est pas sans évoquer l'univers du « romancier de l'absurde » Albert Camus !

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Telle une bernique sur son rocher...

 

Cet entêtement à durer que l'on constate jusque chez la bourrelle la plus décatie... Pourquoi ? Pourquoi cet acharnement à exister ? La « réalité empirique » n'est pas déjà assez affreuse ? 

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Calembour

 

L'homme du nihil, qui goûte peu le poststructuralisme, n'aurait jamais cru possible que la lecture de Foucault le déridât. Et pourtant...

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Un dénouement prévisible

 

Comme l'avait prévu Lucrèce, « l'homme du nihil, épuisé par la longue suite des ans, s'achemine au cercueil ». Pour être tout à fait véridique, Lucrèce n'a pas dit « l'homme du nihil », il a dit « tout ce qui vit », mais ça englobe l'homme du nihil (si l'on n'est pas trop regardant).

(Fernand Delaunay, Glomérules)

lundi 25 avril 2022

Exclamation pathétique

 

Il n'est pas d'exclamation plus pathétique que celle du dernier poëte païen, Rutilius Namatianus : « Plût aux Dieux que je n'eusse jamais épousé cette mégère difforme au faciès d'hippopotame ! »

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Misanthropes en peau de lapin

 

Il est indéniable que Schopenhauer et son moderne épigone Cioran ont eu quelques puissantes intuitions quant au Rien qui forme la trame de l'existence humaine. Mais, à l'estime de l'homme du nihil, ils font preuve d'une mansuétude coupable à l'endroit de l'autrui du philosophe Levinas. Ils ne l'appellent même pas franchement un « salop » ou un « entchoulé mondain ». Tu parles de misanthropes !

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Dégringolade finale

 

À cinquante ans, on entre dans « l'âge de l'irréparable ». Après, comme il se doit, tout va de mal en pis — les organes qui se détraquent, l'alopécie qui étend son empire, la solitude qui se compactifie, etc.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Naturel


Quand est-on « vrai » ? À un enterrement ? Même pas. On se regarde. On se regarde tout le temps. Oh, bon Dieu !

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Tous en scène


Chacun a ses idées, ses goûts, sa « philosophie de la vie », c'est-à-dire que chacun joue sa petite comédie, anxieux de convaincre son public (mais avant tout lui-même) qu'il est comme ci et comme ça, qu'il ressent telle et telle chose, qu'il aime telle et telle autre... Foutaise ! Escroquerie et bluff ! Tout le monde fait « jore ». Salops !

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Un pas de plus

 

Selon Protagoras, tout ce qu'on est autorisé à dire du réel, c'est qu'il n'est « pas même ainsi ». Cette proposition agrée à l'homme du nihil, mais il la simplifie en omettant « ainsi ».

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Salop de démiurge

 

Le penseur « nihilique » Cioran frappé de la maladie d'Alzheimer, il y a là quelque chose de poignant et de cruellement ironique. Ne dirait-on pas une vengeance mesquine du « mauvais démiurge » ?

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Dangers du bouddhisme mahâyânâ

 

À force de méditer les thèmes de la Prajnâpâramitâ, l'homme du nihil en est arrivé à un complet dégoût de la panoplie d'organes dont il est composé. C'est à peine s'il ose encore se mettre les doigts dans le nez.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

dimanche 24 avril 2022

Défectuosité de l'étant existant

 

La solitude, en tant que prix à payer pour l'individuation, est le lot commun à tout étant, qu'il soit animal, végétal ou minéral. D'où vient que l'homme s'en accommode moins bien que, disons, un poudingue de Vallorcine ou un mélèze ?

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Conseil au désespéré

 

Ne jamais oublier que l'odieuse bourrelle qui vous calomnie et cherche à vous détruire n'est qu'un assemblage fortuit d'atomes. Elle n'a pas plus de réalité que... qu'une voiture à bras, par exemple, ou que le vocable salsifis. Non... disons plutôt... une fumée. C'est ça : une fumée.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Autophagie

 

Le remords d'exister fait du sujet pensant une sorte de catoblépas. Il se dévore soi-même, le malheureux !

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Progressisme

 

Si quelqu'un est hostile au changement, à toute espèce de changement, c'est bien l'homme du nihil. Il trouve que « ça va déjà assez mal comme ça, merci ».

(Fernand Delaunay, Glomérules)

samedi 23 avril 2022

Remède miracle

 

Pour faire disparaître les lourdeurs d'estomac, il y a plus efficace que la tisane au fenouil, il y a... la mort. Peu après le « décès », les atomes qui jusque là composaient le corps se dispersent et on se sent léger... léger... (paraît-il).

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Tout s'explique

 

« Du plus loin que je puisse me souvenir, peur maladive des gens. J'en sais désormais la raison. Ce que je soupçonnais enfant, j'en suis maintenant certain : ce sont des monstres bipèdes. » (Stylus Gragerfis, Journal d'un cénobite mondain)

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Métempsychose

 

Les partisans de la métempsychose envisagent la mort — le fait de « décéder » — comme une manière de « prendre un nouveau départ dans la vie ».

(Fernand Delaunay, Glomérules)