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mercredi 18 mars 2026

Rit d'ocre à moisi

 

Raymond Roussel était très fier de son procédé d'écriture fondé sur des substitutions de lettres et des associations de mots. Que ses livres fussent illisibles ne le dérangeait pas, non plus que de n'avoir aucun lecteur. À la fin, tout de même, il se suicida. Sur sa table, un dernier texte, La mort viendra et elle aura tes yeux, terminé par « Assez de mots. Un acte ! » Il montrait ainsi la voie à l'Italien Pavese qui s'inspirera de ce modus operandi dix-sept ans plus tard.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

mardi 24 juillet 2018

Densité du réel


De santé délicate, le mathématicien français René Baire était sans cesse tourmenté par son œsophage, et il lui arrivait de subir de graves crises d'agoraphobie. En 1904, il est cependant invité à donner un cours pendant six mois au Collège de France, et il saisit cette occasion pour exhiber de nombreux résultats fondamentaux, parmi lesquels le suivant, connu sous le nom de théorème de Baire : l'intersection d'une famille dénombrable de parties ouvertes et denses de l'ensemble des réels est encore dense !

On ne saurait affirmer avec certitude que ce « coup de tonnerre » fut à l'origine de la décision que prit Raymond Roussel de se détruire, mais de nombreux indices le laissent soupçonner. Quoi qu'il en soit, le 14 juillet 1933, l'écrivain met fin à ses jours dans sa chambre du Grand Hôtel des Palmes, à Palerme, en ingérant une dose massive de barbituriques. Le 2 juillet, il avait déjà tenté de s'ouvrir les veines, mais avait été sauvé in extremis par son mystérieux chauffeur Orlando et par sa « gouvernante » (Gragerfis), Charlotte Dufrêne. Dans les premières années du XX e siècle, il avait publié plusieurs livres assez déroutants pour susciter l'adulation des surréalistes, avait inventé le camping-car, déposé un brevet sur l'utilisation du vide, et s'était livré en général à toutes sortes d'excentricités. Son suicide fut la dernière.

(Johannes Zimmerschmühl, Pensées rancies et cramoisies)