En disant
« reginglette », on voulait faire s'écrouler la mastoque muraille de la
raison pure, mais c'est à peine si on a disjoint quelques blocs. Juste
assez pour créer quelque fente, une cassure ça et là — « dont profitent
le fraisier pendant et le dur pissenlit », comme dirait l'autre.
Si quelqu'un
vous dit qu'il est quelque chose, écrivain, rempailleur de chaises,
existentialiste chrétien, demandez-lui simplement : « Comment le
sais-tu, cher ami ? » Le type, il va se tortiller sur sa chaise.
Le philosophe
Wittgenstein pensait que si on écrivait un livre d'éthique qui fût
véritablement un livre d'éthique, il ferait exploser tous les autres
livres. Et vraiment, ce serait une chose à essayer, rien que pour voir
la tête des Albert Cohen, des Marguerite Urcelar et autres Christian
Bobin quand leurs livres se mettraient à faire « boum ».
Le chat n'est
pas un animal à problèmes, contrairement à l'homme. Il mange ses
croquettes Canaillou, il dort, et il se fiche de la mort qui vient,
qu'elle ait ou non les yeux de la copine à Pavese.
Une chose
horripilante, chez les écrivains, c'est cette liberté qu'ils se donnent
d'inventer des noms de personnages. Julien Sorel ! Mathilde de la Mole !
Et pourquoi pas Krassimir Petrov, tant qu'on y est ?
Il faut
imaginer Dieu, au soir de sa vie, accablé par l'idée d'avoir tout raté,
et comme un naufragé à une planche pourrie, tenter de se raccrocher à
ses rares réussites : « Tout de même. N'ai-je pas créé le crocodile ? »
Le philosophe
Heidegger cherchait le sens de l'être comme Thiéry de Ménonville la
cochenille (avec autant de zèle et d'acharnement — et aussi peu de
réussite).
Schopenhauer
n'était pas fanatique du comput de l'Écriture. Il préférait le comput
hindou (qui fixe le temps raisonnable d'une vie humaine à cent ans et
non à soixante-dix).
L'être humain
croit qu'il est en route pour Biotte où il entend participer à un
« fes' pop » mais sa véritable destination est beaucoup plus macabre et
c'est, inutile de tourner autour du pot, le cimetière.
Puisque la
« réalité empirique » ressemble au cauchemar d'un fou, dire qu'on est
solipsiste revient à dire qu'on est tordu. Mais comme on ne le dit qu'à
soi-même, tout va bien, il n'y a pas gêne.
Il serait
intéressant de savoir si un seul poëte, à l'époque moderne, s'est senti
la conscience tranquille, ou si tous se sont vus secrètement comme des
imposteurs.
Que
Baudelaire engueule le vitrier qui n'avait pas de verres de couleur,
passe encore, mais il aurait pu se dispenser d'écrabouiller ses carreaux
avec un pot de fleur. À quoi ça rime ? Ce n'était peut-être pas de sa
faute, au gars.
Quand on a
raté sa vie, on essaie de se convaincre que les autres aussi ont raté la
leur ; que sa vie, on ne peut que la rater. Mais au fond de soi-même on
sait que ce n'est pas vrai, on sait qu'il y a des gens dont la vie fut
en tout point parfaite, par exemple... euh...