« Quand j'entends le mot vivre, je sors mon revolver ou du poison. » (Luc Pulflop)
jeudi 21 juin 2018
Terra incognita
Le Rien reste toujours vierge d'observations immédiates et précises, propres à jeter quelques lumières sur les origines et la destination de l'étant existant. Les suicidés philosophiques passent à juste titre pour des explorateurs intrépides, mais contrairement à ce qu'ont fait MM. Auguste Saint-Hilaire, Spix et Martius, et le prince Maximilien de Neuwied pour l'Amérique méridionale, ils ne nous ont laissé aucune relation de leur grandiose expédition.
(Marcel Banquine, Exercices de lypémanie)
Problème de ligament
En septembre 1909, Heidegger entre comme novice à la Compagnie de Jésus, à Tisis, près de Feldkirch, qu'il est contraint de quitter pour des raisons de santé en octobre suivant. Il a bêtement voulu imiter saint Colomban, le célèbre anachorète qui, lui-même anxieux de surclasser les ascètes de son temps, en arriva dit-on à faire 12 000 génuflexions par jour. Tout ce qu'en a retiré Heidegger, c'est une tuméfaction considérable du genou, des ligaments très distendus, et un blâme de ses supérieurs.
Avec peu de moyens financiers, il se porte alors candidat au séminaire de Fribourg, où il entre pour le semestre d'hiver 1909.
(Jean-René Vif, Scènes de la vie de Heidegger)
Inventivité satanique du monstre bipède
« Une peine établie pour les adultères en certains pays étoit de leur arracher tout le poil de l'anus, cela s'appeloit paratilmos, mot grec qui exprime cette opération. » (Bernard de Montfaucon, L'Antiquité expliquée et représentée en figures, T. 5, Paris, 1722)
(Robert Férillet, Nostalgie de l'infundibuliforme)
Ban du zéro
Dans son Traité de l'âme, Jamblique affirme — mais peut-on croire tout ce qu'il dit — que dans les premiers temps de la chrétienté, les Pères de l'Église se montrèrent fort courroucés quand ils virent l'usage du zéro se répandre parmi le vulgum pecus. Selon eux, Dieu étant présent en toute chose, toute représentation du néant ne pouvait être que satanique. Ils décidèrent donc de bannir le zéro dans l'espoir de sauver l'humanité du Malin.
On voit que ces « Pères de l'Église » étaient, comme plus tard le mathématicien Georg Cantor, des êtres profondément antinihiliques !
(Léon Glapusz, Mélancolie bourboulienne)
Bonheur
Quand l'homme du nihil voit l'étant existant se livrer à la comédie du bonheur et gambader comme un agneau né de la veille, il pense tout de suite au boucher qui bientôt lui tranchera la gorge... Mais l'étant existant ne le sait pas, il ne veut d'ailleurs rien savoir, il est « heureux ».
(Johannes Zimmerschmühl, Pensées rancies et cramoisies)
Le crépuscule d'une idée
On attribuait à l'idée du Rien, chez les Grecs et les Romains, un grand nombre de vertus, dont Dioscoride et Pline nous ont laissé une longue énumération. Nous ne rappellerons que les principales de ces vertus, en disant que l'idée du Rien était recommandée contre la dysenterie, la diarrhée, les hémorroïdes, les hydropisies, les maladies de la vessie et de la tête en général, le poison des champignons vénéneux, etc.
Aujourd'hui, l'idée du Rien est dépouillée pour nous de toutes ces illusions riantes, qui, chez les Anciens, lui prêtaient un charme particulier ; elle est devenue inutile à nos usages modernes, et nous ne faisons même plus aucun cas des propriétés qu'elle possède réellement.
(Raymond Doppelchor, Océanographie du Rien)
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