jeudi 26 juillet 2018

Bains russes


C'est surtout aux hommes de lettres, aux personnes vouées au travail du cabinet, que l'homicide de soi-même est favorable. Comme les bains russes, il est en effet un moyen très efficace de provoquer des péripéties dans le siège de la pensée par les douces commotions qu'en reçoit le système nerveux.

(Robert Férillet, Nostalgie de l'infundibuliforme)

Hommes transparents


« C'est une île de glace, située dans le grand Nord, où vécurent des hommes transparents » : ainsi parlait Hérodote de la mythique Thulé.

Qu'aurait dit le « Père de l'histoire » s'il avait pu imaginer que ces hommes transparents pulluleraient au point d'envahir tout le globe !


(Marcel Banquine, Exercices de lypémanie)

Interlude

     Jeune femme lisant la Nostalgie de l'infundibuliforme de Robert Férillet

De la possibilité de savoir


« Les sceptiques, dans leur attaque contre les nouveaux académiciens et les médecins dogmatiques, s'étaient proposé très prudemment de ne pas même affirmer que l'on ne peut rien savoir. » (Heinrich Ritter, Histoire de la philosophie, 1836)

Une attitude prudente, en effet, et c'est celle qu'est d'abord tenté d'adopter l'homme du nihil avant de réaliser qu'il sait au moins une chose avec certitude : qu'il en a « ras la casquette » de la temporalité du temps, de l'haeccéité, du Moi et de tout ce qui s'ensuit.


(Johannes Zimmerschmühl, Pensées rancies et cramoisies)

Résistance passive


On a longtemps fait porter la responsabilité de la rétention fécale au « Suisse » lui-même, le soupçonnant de mettre en œuvre sournoisement le principe de l'« atermoiement illimité » qui, dans le bouddhisme tibétain, est présenté comme l'une des issues possibles, ou plutôt comme l'une des formes de condamnation qui sanctionnent les existences fourvoyées. Mais les savants modernes estiment plutôt que c'est une carence en fibres, solubles et insolubles, qui est cause de ce désordre.

(Raymond Doppelchor, Océanographie du Rien)

Ciel vide


La vie est absence de volucre.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Interlude

           La Pulflopina lisant Prière d'incinérer. Dégoût

Espace lusinien


Un espace mesurable est dit lusinien ou standard s'il est isomorphe à une partie borélienne d'un espace polonais muni de la tribu induite par la tribu borélienne. Un théorème de Kuratowski assurerait dit-on que tous les espaces mesurables lusiniens non dénombrables sont isomorphes, mais quant au suicidé philosophique, il préfère s'en remettre à la merveilleuse précision de son colt Frontier au canon de dix centimètres pour se rendre isomorphe au Rien, une bonne fois pour toutes.

(Włodzisław Szczur, Mathématique du néant)

Sommeil noir


Boue, bourbe, barbon, boule, bouboule, bubon, Darie Boutboul, barbaque, borborygme... Bourboule ! — Un grand sommeil noir tombe sur ma vie, dormez tout espoir, dormez toute envie. — Paul Verlaine.

(Léon Glapusz, Mélancolie bourboulienne)

Toute-puissance de l'idée du Rien


« La pensée de l'homicide de soi-même s'impose à l'esprit du sujet pensant, non par un défaut de raisonnement, une paresse d'esprit, par une ignorance, par l'influence d'une passion, mais par la force tyrannique, invincible de l'idée du Rien, devant laquelle la générosité de la nature, les traditions de la religion, les enseignements de la morale, les conseils, les exemples expirent impuissants ou ne conservent tout au plus qu'une autorité dérisoire. » (Albert Lemoine, Le suicidé philosophique devant la morale et la société, Paris, 1862)

(Robert Férillet, Nostalgie de l'infundibuliforme)

Un parallèle osé


Le chien de garde du docteur J.W. Müller dans l'Île Noire est un féroce dogue allemand arlequin. Quand Milou se fait voler son os par ce molosse, il pleure à chaudes larmes : « wouhou ! houhou ! hou ! » Son affliction nous rappelle celle du constipé dont la vie incertaine et chancelante paraît devoir finir à chaque instant et qui, incapable d'extraire de lui-même la « matière vivante du réveil » possède à peine la force nécessaire pour exister, et pour annoncer par des gémissements dignes du prophète Jérémie les souffrances qu'il éprouve.

(Hermann von Trobben, Le Monocle du colonel Sponsz)

Interlude

   Femme avec conversation lisant l'Océanographie du Rien de Raymond Doppelchor

Plaisanterie de mauvais goût


« En présence de la réalité, je n'ai que des opinions, plus ou moins vraisemblables, plus ou moins probables. Cet objet fuselé que j'entrevois dans le corridor d'un hôtel, je le prends pour un serpent dans l'obscurité ; mais si j'affine mon expérience perceptive, je vois qu'il ne bouge pas, qu'il n'a pas la couleur d'un serpent, je l'examine dans tous ses détails et je parviens à une représentation plus probable, celle d'un "cigare japonais" qu'un malotru a déposé sur un plateau d'argenterie plein de tartines beurrées et de croissants. » (Ligaturo Mazop der Saj, Scepticisme et mondanité, J.-B. Baillière, Paris, 1844)

(Raymond Doppelchor, Océanographie du Rien)