dimanche 15 mars 2026

Vocation fatale

 

De tout temps, la vocation de Cesare Pavese fut celle d'un suicidaire. Il était condamné à penser au suicide devant n'importe quel ennui ou douleur. Son principe était le suicide, jamais consommé, qu'il était convaincu de ne consommer jamais, mais qui caressait sa sensibilité. Jamais ? Le 27 août 1950 pourtant, dans une chambre d'hôtel de Turin, Pavese met fin à ses jours en absorbant une vingtaine de cachets de somnifère. L'autopsie révélera « une sensibilité morale exacerbée » et « une capacité d'autoanalyse sans complaisance et sans concession sur le plan esthétique ».
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Assez de lacs sombres

 

Tout le monde en convient, Georg Trakl est le poëte des lacs sombres, des décadences et des transgressions. Son œuvre est composée de poëmes où prédominent « l'ambiance et les couleurs de l'automne, les images sombres du soir et de la nuit, du trépas et de la faute ». Écrire des vers permit à Trakl de tenir un certain temps, mais à la fin, il en eut assez des lacs sombres, des transgressions et de l'automne, et se suicida en absorbant une dose massive de cocaïne — ce qui lui valut le désagrément de se trouver d'abord en « urgence absolue ».
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Céléri

 

Nous ne pouvons que condamner l'usage du vocable céléri par des gredins — des scélérats ? — amateurs de rémoulade, de mélodrame et de macabre.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Lassitude de Roger

 

Le poëte Roger Gilbert-Lecomte s'entendait souvent demander si son prénom était Roger, Gilbert ou Lecomte voire Lecointre. Lassé de répondre Roger, il devint un pilier de la revue Le Grand Jeu et s'engagea dans un processus d'autodestruction par usage de toxiques.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)