jeudi 30 avril 2026

Tribulations météorologico-existentielles

 

Comme celle du « señor Météo » de la chanson, la grenouille du philosophe Heidegger était malade. Elle annonçait du beau temps et il pleuvait des cordes. Heidegger en était désespéré. Il avait déjà du mal avec l'être, maintenant c'était avec le temps !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Conversion de Sembat

 

Ce furent la stupeur et les tremblements chez les socialistes de tendance blanquiste quand leur leader Marcel Sembat se mit à la bossa nova. Ils avaient peur de ne jamais attraper le rythme.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Chefs communistes

 

L'homme politique Marcel Cachin était communiste et paimpolais. Il était donc en quelque sorte un « coco » de Paimpol. En revanche, Jacques Duclos n'était pas de Vougeot (Côte-d'Or) ni Thorez de Rodez.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Cacher Cachin

 

Qui n'a jamais rêvé de faire comme Anatole de Monzie durant l'Occupation ? Cacher Cachin ? Dans une cache ? Aux environs de Cahors ?
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mercredi 29 avril 2026

Inexorabilité de la mort

 

Malgré l'effort surhumain qu'il fit de « penser la mort », le philosophe Jankélévitch y passa comme les copains. La mort se fiche qu'on la pense, elle ne se laisse fléchir par rien. Elle est inexorable. Philosophe ou pas, pour elle c'est pareil.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Un dur à cuire

 

Un qui ne prenait pas les vignettes, c'est Georg Lukács. Même pour obtenir des draps de bain à moitié prix. À la suite de Marx, il critiquait le « fétichisme de la marchandise ». Il avait la carte non pas du magasin mais du parti.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Apprendre à vivre


« Qu'ils s'appellent Platon, Hegel ou Bergson, les philosophes vont vous apprendre à vivre, vous allez voir, tas de salops ! »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Progrès encore insuffisant


Quelqu'un qui comprendrait à fond une biscotte confiturée aurait fait un grand pas vers la compréhension de l'être et du temps. Mais pour ce qui est de « savoir y faire avec les gonzesses », il aurait fait du surplace, purement et simplement.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mardi 28 avril 2026

Le mythe du passé

 

Nous n'avons pas d'histoire. Nos souvenirs sont apocryphes. Le passé n'a jamais eu lieu. Nous avons tout inventé. La terre est creuse et nous vivons à l'intérieur.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Comme Maritain

 

Ce n'est pas seulement notre philosophie, c'est notre vie même que nous devons placer sous le signe du thomisme. Sinon à quoi bon ? L'être et l'essence ! L'essence et l'être ! Comme Maritain ! Comme Étienne Gilson !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Tous de La Bourboule

 

Matérialistes dialectiques, personnalistes mouniériens, empiristes logiques, sceptiques grecs, existentialistes chrétiens, tous ces amis de la sagesse ont une chose en commun : ils sont tous du Puy-de-Dôme ; ils sont tous de La Bourboule.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Pas d'appeau pour Giuseppe

 

Chaque fois que Giuseppe Ungaretti allait à la chasse au canard, il essayait d'emprunter l'appeau de Malaparte mais celui-ci ne voulait pas s'en séparer, il avait peur qu'on ne le lui rapportât « kaputt ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

lundi 27 avril 2026

Histoire des escargots

 

Un poëme de Jacques Prévert raconte l'histoire de deux escargots qui s'en vont aux obsèques d'une feuille morte. Ils ont, nous dit le poëte, « la coquille noire et du crêpe autour des cornes ». Les deux compères se mettent en route par un soir d'automne, mais ils sont tellement lents que quand ils arrivent à destination, c'est déjà le printemps et « les feuilles qui étaient mortes sont toutes ressuscitées ». Les escargots sont très déçus, comme on peut l'imaginer. Alors pour se consoler, ils font une ribouldingue à tout casser. Ce beau poëme est aussi une leçon de vie.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Bataille, Blanchot et l'existentialisme

 

Maurice Blanchot : Georges, est-ce que tu as remarqué que l'attente commence quand il n'y a plus rien à attendre, pas même la fin de l'attente ? L'attente ignore et détruit ce qu'elle attend. L'attente n'attend rien.
Georges Bataille : Tu ne parlerais pas ainsi si tu avais vu le nouveau chapeau de...
Maurice Blanchot : de Zozo ?
Georges Bataille : Oui.
Maurice Blanchot : C'est exact, je ne l'ai pas vu.
Georges Bataille : Pour être original, il l'est, ça je te le jure.
Maurice Blanchot : Pas la peine de jurer, je te crois.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

À vérifier


Est-il vrai, comme l'affirment Schopenhauer et Folantin, que seul le pire arrive ? Ce serait une chose à vérifier, si on avait le temps et l'opiniâtreté nécessaires.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Une chose à ne pas dire

 

Il est fortement conseillé de taire que ce qu'on ne peut dire il faut le taire. Le dire serait un coup à s'attirer des ennuis, et sérieux.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

dimanche 26 avril 2026

L'annonce faite à Marcel

 

« Frère, il faut mourir.
— Quoi ? Maintenant ?
— Peut-être pas maintenant mais bientôt. Dans une couple de semaines, mettons.
— Sacré nom d'une pipe. T'as bien fait de me prévenir. »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Superficialité de l'autrui lévinassien

 

Chez l'autrui lévinassien, ce n'est pas comme chez le laboureur de La Fontaine : c'est le fond qui manque le plus. Il est tout en surface, le gus.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal)

Méditation cartésienne

 

Quand on visite un aquarium, on en vient fatalement à se poser la question : « Pourquoi les poissons ont-ils tous des gueules de con ? » On aimerait trouver mieux en fait de « méditation cartésienne », mais ce n'est pas de veine, on manque complètement d'inspiration.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Faire les courses par temps d'acédie

 

Il ne faut pas aller dans un supermarché quand on est frappé d'acédie monastique. Il vaut mieux fréquenter les commerces de proximité. Ces derniers ont moins de chalands et de marchandises, et sont donc moins susceptibles d'entretenir la lassitude et l'amertume de l'âme. Par ailleurs, on contribue à revitaliser les centres-villes.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

samedi 25 avril 2026

Une ou deux choses que nous savons


Nous savons que la capitale du Guatemala est la capitale du Guatemala ; c'est Leibniz qui nous l'a dit et il n'est pas le gars à raconter des craques. Grâce à Ludwig Wittgenstein, nous savons aussi que ceci est notre main.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

À la pharmacie

 

« Catherine ! Une barquette de triazolobenzodiazépines pour monsieur Cioran !
— J'apporte ça tout de suite ! »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Peur irraisonnée

 

Quand on a passé la moitié de sa vie à dormir et l'autre moitié à ruminer (sur l'être, le néant, etc.), mourir ne devrait pas poser de problème. Et pourtant si. C'est plus fort que soi, on a le trac.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Bourlet

 

L'histoire des mathématiques ne nous dit pas si la femme du mathématicien Carlo Bourlet en avait — et si oui, s'ils affectaient la forme d'une clothoïde.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

vendredi 24 avril 2026

Theres's the rub

 

Hamlet était d'accord pour mourir, mais à la condition signée Couasnon de ne pas rêver. Il avait peur de faire des cauchemars.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Sens de la vie

 

On se plaint de ce que la vie n'a pas de sens, mais quand on essaie d'imaginer quel sens elle pourrait avoir, on sèche.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Questionnement mimétique

 

Pourquoi l'homme fait-il le mal ? Pourquoi, autrement dit, est-il un « pot de pisse certifié » ? C'est la question que se pose Primo Levi dans son livre Si c'est un homme. Et nous nous la posons aussi, forcément, ne serait-ce que par mimétisme.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Gran hombre de la literatura argentina

 

Il est difficile de trancher si le grand homme de la littérature argentine est Almafuerte ou Sarmiento quand on ne connaît ni l'un ni l'autre. Disons Sarmiento, alors — mais sans garantie.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

jeudi 23 avril 2026

Visitation

 

On est allongé sur un canapé en laine, abruti de fatigue existentielle et de dégoût, quand soudain on entend un léger grouillement. Il est là ! Il est vivant ! Le Rien !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Monotonie de l'échec

 

La solitude annule le présent et fait remonter le passé à la surface. On revit ses échecs antérieurs au lieu d'en fabriquer de nouveaux. Mais comme c'est toujours plus ou moins la même chose, ça n'a pas d'importance.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Comment vivre

 

Passé un certain âge, il devient ridicule de se poser encore la question « comment vivre ». Mais ridicule ou non, on attend toujours l'illumination.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Régicide fluide

 

L'assassinat de Dieu par l'homme, Frédéric Nietzsche l'appelle « le régicide fluide du mésomorphe phasitron » — considérant qu'il fut perpétré sans à-coups et que Dieu, avec son ossature forte, ses muscles solides et sa capacité de ventiler les patients, était un mésomorphe phasitron.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mercredi 22 avril 2026

Système chinois

 

La Chine a un système purement décimal dont l'origine se perd, au choix, dans Ravages de Barjavel ou dans La Nuit des temps du même auteur.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Camion sur Levi

 

L'écrivain Ferdinando Camion, poids-lourd s'il en est des lettres italiennes, dit de Primo Levi qu'il ne crie pas, qu'il veut faire crier. Et c'est tout à fait ça !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Peu emballant

 

Vivre est une occupation peu différente de celle qui consiste à contempler le derrière grumeleux d'un canidé.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Fondement de l'historialité du Dasein

 

« Qu'est-ce, au juste, qui fonde l'historialité du Dasein, si ce n'est la finitude de la temporalité ou, si l'on préfère, l'impuissante surpuissance de la mort ?
— Je ne sais pas. La reine d'Angleterre ? Le pape François ? Ce n'est pas facile, comme question ! »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mardi 21 avril 2026

Tout mais pas ça

 

« Sois raisonnable, quoi... Tu es vieux, tu es vieux, qu'est-ce que tu veux que je te dise... Ça ne sert à rien de se rebiffer.
— Mais c'est que je ne veux pas être raisonnable, moi ! Je ne veux pas qu'on me jette dans le feu, moi ! Je ne veux pas qu'on me martyrise avec des couteaux empoisonnés, moi ! Mais surtout, surtout, je ne veux pas que le Rien me regarde avec ses yeux ! »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Un gars pas contrariant

 

Blaise Pascal : Que l'homme contemple donc la nature entière dans sa haute et pleine majesté.
Soi : Eh bien c'est ça. Contemplons.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Du coup

 

Le poëte Ghérasim Luca a déclaré dans sa lettre d'adieu que s'il se suicidait, c'était « parce qu'il n'y a plus de place pour les poëtes dans ce monde ». Il s'est jeté dans la Seine, du coup.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Spéléologie du Moi

 

Henri Michaux et Charles Bukowski prenaient l'un de la mescaline, l'autre du Tigron pour explorer leurs « gouffres intimes ». 
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

lundi 20 avril 2026

Groupe Verlaine

 

Outre Verlaine lui-même, le « groupe Verlaine » incluait Arthur Rimbaud, Tristan Corbière et Germain Nouveau. Ces quatre poëtes, quoique de sensibilités diverses, étaient mus par un même idéal : l'isolation par l'extérieur (avec contrat de maintenance et aides de l'État).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Présents de la vie

 

D'après Émile Cioran, la défaite nous apporte une vue plus exacte de nous-mêmes, alors que Simone, ce n'est pas du tout la même chose, elle nous apporte une tarte aux poireaux. Oh là là, mais c'est que ça a l'air délicieux !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Vrombissement rhéographique

 

La vieillesse vous équarrit : on renonce à tout, on perd jusqu'au goût de l'ironie, on n'est plus qu'un « vrombissement rhéographique ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Penser la mort

 

Un jour, le philosophe Jankélévitch décida de « penser la mort ». Et c'est ce qu'il fit ! Il « pensa la mort » ! Le résultat de ses investigations peut être consulté dans son ouvrage Penser la mort.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

dimanche 19 avril 2026

Viscose

 

Heidegger déconseille au Dasein de porter des sous-pulls en viscose, car d'une part ça gratte, d'autre part le Dasein est alors « empêtré » et « empêché » de retrouver son être le plus propre, que seule la conscience authentique de la mort peut lui restituer.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Chasse au concept

 

« 7 octobre. Je rencontre Bergson, fusil en bandoulière. “Bonne chasse ?” Il ne répond pas mais me gratifie d'un sourire jusqu'aux oreilles, ouvre son carnier et me montre les concepts qu'il a abattus, parmi lesquels se trouve... l'élan vital ! Je n'en crois pas mes yeux. » (Léon Brunschvicg, Journal spinoziste, Paris, Alcan, 1907)
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

En el paté

 

Devenu aveugle, l'écrivain Borges se trouva victime d'un « trouble de stress post-chromatique ». Il disait qu'il était complètement « dans le pâté ». Il ne distinguait plus les couleurs.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Toi aussi, tu es mortel

 

L'être humain se croit goofy — il s'imagine que la mort, c'est pour les autres —, mais quand sonne l'heure, il se découvre regular.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

samedi 18 avril 2026

Pourquoi on écrit chacun de ses livres


Chaque aphorisme est un message que l'on jette à la mer en espérant qu'il arrivera jusque dans les mains du Président de la République et que celui-ci, ému par notre détresse, nous procurera argent, santé, ainsi qu'une femme pourvue de volumineux « biberons Robert » qui nous aimera malgré notre mauvais caractère.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Descente aux enfers

 

Triste destinée que celle de Régine Olsen. Après avoir été « l'écharde dans la chair » du philosophe Kierkegaard, elle devint une « milf » puis une « mature woman » et finalement... fut restituée au néant.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)