mardi 30 juin 2026

Imitation de Li Po par Émile Cioran

 

Devant le vin, le soir a surpris le négateur. Les fleurs tombées couvrent sa chemise et son falzar. Ivre, il poursuit la lune dans l'eau. Simone lui dit de faire attention de ne pas tomber. S'éloignent les oiseaux, se dispersent les hommes.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Gaffe schopenhauerienne

 

Après une visite au bagne de Toulon, Arthur Schopenhauer, alors adolescent, écrit dans son Journal de voyage : « Il n'y a pas à dire, c'est beau, une ville, la nuit. » Il avait pris le bagne de Toulon pour une ville la nuit et les forçats pour le philosophe Jean Grenier !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Misère entomologique des littérateurs

 

Les écrivains nous font part de leurs réflexions sur la vie, la mort et le reste, mais la plupart d'entre eux ne seraient pas capables de reconnaître un crache-sang d'une volucelle zonée.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Horizon des événements

 

Pas plus qu'à celle d'un trou noir, on ne peut échapper à l'attraction gravitationnelle du Rien si l'on se trouve à l'intérieur de son « horizon des événements ». Un exemple archétypal est celui du peintre Vincent van Gogh qui, le 27 juillet 1890, se suicide d'un coup de revolver dans la poitrine ou — les avis divergent — l'abdomen, dans un champ d'Auvers-sur-Oise.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

lundi 29 juin 2026

À pattes

 

Louis-Ferdinand Céline surnommait Montherlant Buste-à-pattes, mais en polonais, une « liste à pattes » est un mois de novembre.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Maurice le profond

 

La vie de Maurice Blanchot fut entièrement consacrée à la littérature « et au silence qui lui est propre ». Blanchot ne parlait pas à la légère, au contraire il était connu pour ne dire que des choses extrêmement profondes. Il était si profond que quand il devait se livrer à un acte trivial ne nécessitant aucune profondeur, par exemple se gratter le fiacre, il était complètement perdu.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Insomnie batracienne

 

La grenouille de Pérez est une petite grenouille verte dont la tête est aussi longue que large, avec des yeux rapprochés et un museau arrondi. À l'instar d'Émile Cioran, la grenouille de Pérez ne peut pas dormir. Elle s'est couchée à neuf heures, mais rien à faire.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Tombe de Celan

 

Dans la vie, on ne peut pas faire que penser à la tombe de Celan. Mais il faut y penser — ne serait-ce que de temps en temps.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

dimanche 28 juin 2026

Is it safe ?

 

Avant de se lancer dans « cet exercice continuel, impossible à ajourner, qui s'appelle vivre », on aimerait faire comme le cruel dentiste du film Marathon Man et demander si « c'est sans danger ». Mais à qui le demander ?
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Fragrances troubles

 

« Enfant, le nihilique lisait dès le matin quelques pages de l'Ecclésiaste ; les effluves délicats du Rien emplissaient ses narines et repoussaient pour la journée l'odeur plus forte des étables.
— Des étables ? Il vivait dans une ferme ? »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Révélation des choses de la viande

 

« En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : Je te loue, Léon Dessertine, de ce que tu as caché aux sages et aux intelligents les choses relatives au négoce de la viande, et de ce que tu les as révélées aux bredins. Oui, Léon Dessertine, je te loue de ce que tu l'as voulu ainsi. Toutes choses m'ont été données par mon Père, et personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père ; personne ne connaît le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. » (Matthieu, 11:25)
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)
 

De toute évidence, certains auteurs ont écrit certaines phrases de leurs livres avec l'espoir qu'elles deviennent plus tard des citations — et cela nous courrouce au plus haut point. Quand Tacite, dans La Germanie, dit que « le vrai tombeau des morts, c'est le cœur des vivants », on dirait qu'il veut se prendre un bon coup de chicote sur le fiacre.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

samedi 27 juin 2026

Balance de Job

 

Job dit que s'il était possible de peser sa souffrance et ses calamités, elles se révéleraient plus lourdes que le sable de la mer. Il veut nous faire comprendre qu'il en a pris plein la figure. Il entre ensuite dans les détails et explique comment calibrer une balance Roberval chez soi sans stress. Il faut commencer par la nettoyer et s'assurer qu'elle repose bien à plat, puis utiliser des masses étalons. C'est un peu fastidieux mais « il faut ce qu'il faut ». 
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Le Grandiloque aura ta peau

 

Le négateur Émile Cioran était un fanatique de la vengeance. Il voyait la vengeance comme une libération, ou tout au moins comme un moyen d'éliminer les impuretés qui font se congestionner l'âme — un genre de « savon surgras existentiel ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Sans queue ni tête

 

Comme le film d'animation Mon voisin Totoro, notre vie est une histoire à dormir debout, et nous n'avons pas même l'excuse d'avoir été créé dans les studios Ghibli, étant de Bezons.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Sensitivity Reading

 

« Le père mort, les fils vous retournent le champ. Deçà, delà, partout ; si bien qu'au (Francis) bout de l'an, il en rapporta davantage. » Dans cet extrait du Laboureur et ses enfants, on remarque une allusion à la Milice française. Elle est certainement involontaire de la part de La Fontaine, mais nous remplacerons tout de même le passage scabreux par « à la (Francis) fin de l'année », quitte à sacrifier la métrique.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

vendredi 26 juin 2026

Pas de Vulcani pour Giacomo

 

La vie n'a pas été tendre pour Leopardi. Il était bossu, souffreteux, et personne ne s'intéressait à ses poëmes. Totalement découragé, il disait qu'il était « mûr pour la mort ». Pour se requinquer, il lui aurait fallu un bon coup de « vermouth des intrépides », mais Recanati n'était pas sur la tournée d'Antoine Robinaud.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Indices

 

Le négateur Émile Cioran estimait que la musique de Bach, sans être exactement une preuve de l'existence de Dieu, donnait quand même fichtrement à penser. Mais ce qui l'amena à deux doigts de croire, ce fut d'apprendre que la formule de Stirling permet de calculer un équivalent asymptotique de la suite des nombres de Catalan, « et que cette formule, tenez-vous bien, fait intervenir la racine carrée de pi ! »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Pis-aller du pis-aller

 

Comme il n'y avait plus de grives et pas davantage de merles, nous avons mangé des frites, une fois.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Veine du lépidoptère

 

Le papillon ne sait pas qu'il est un papillon. Il ne s'avise même pas qu'il existe — et ne parlons pas du fait qu'il doit mourir. Il a « trop de la chance » — comme Claudel.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

jeudi 25 juin 2026

Accès de méchanceté du Grandiloque

 

Le négateur Émile Cioran avait remarqué qu'il ne devenait méchant que lorsqu'il était profondément mécontent de lui-même. Malheureusement, cela lui arrivait souvent car il n'était à la hauteur dans aucun domaine — hormis la négation.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Chez les gentils de l'au-delà

 

Après la mort, on sera enfin, ce ne sera pas trop tôt, dans l'infini infundibuliforme. On flottera, libre de toute pesanteur, au milieu d'un nuage de gluons. On discutera d'irréparable avec Émile Cioran. Ce sera « aux pommes ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

La traversée de l'existence

 

À l'instar du peintre Grandgil et du chauffeur de taxi au chômage Marcel Martin, le Dasein heideggérien porte des valises de cochon entre la rue Poliveau et la rue Lepic. C'est ce que le philosophe allemand appelle son « destin » (Schicksal). Le Dasein « résolu », libre vis-à-vis de sa mort, « s'en remet à soi-même en embrassant une possibilité dont il est l'héritier, mais que cependant il choisit parce qu'il a la capacité de faire face à ce qui vient à son encontre », écrit François Fédier. — Vision exagérément optimiste, car en fait, il est arrêté par une patrouille de « feldgrau » et termine à la Kommandantur.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Pachynihil attaque

 

Chez le nihilique, ce n'est pas l'amour qui est « éternel, pas artificiel » mais le dégoût. À moins que ce ne soit le chagrin ? Ou la pitié ? En tout cas, ce n'est pas l'amour.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mercredi 24 juin 2026

Je ne suis pas bien portant

 

Il faut chérir son hypocondrie car elle nous sauve de la solitude. On voit des médecins... On présente sa « carte vitale »... On discute de posologie avec des pharmaciens... On est réintégré dans la « grande famille humaine ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Une créature fausse et cupide

 

La femme peut bien feindre de s'intéresser au Rien, elle peut bien s'afficher lisant du Cioran ou du Luc Pulflop, elle peut bien réciter de l'Ecclésiaste, en réalité, tout ce qui l'intéresse, c'est les pépettes.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Cerisier de l'illusion

 

La défaite de 40, l'Occupation et la Libération avaient convaincu le négateur Émile Cioran que l'illusion est un péché — d'autres disent un cerisier.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Meilleur des mondes possibles

 

Si sa femme l'avait trompé avec un garagiste de La Bourboule, Leibniz serait sans doute revenu sur ses positions et aurait concédé que le monde n'était peut-être « pas si génial que ça en fin de compte ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mardi 23 juin 2026

Froid aux pieds du Grandiloque

 

Malgré sa couette et ses chaussettes en laine, et malgré la présence de Simone à ses côtés, Cioran avait froid aux pieds la nuit. « La musique est le refuge des âmes ulcérées par le bonheur », se lamentait-il.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Grande idée

 

Ramollir la courbure de l'espace-temps, voilà le but pharamineux de ceux qui, tel le poëte Crevel, ouvrent le robinet du gaz — ce qu'ils appellent « la grande idée ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Nombre d'Avogadro

 

Dans Le Rouge et le noir, Mathilde de la Mole est une aristocrate exigeante et gâtée par la vie, gorgée de lectures et d'idées élevées sur l'amour, la séduction, etc. Mais le plus ironique est qu'elle contient exactement autant d'entités élémentaires qu'il y a d'atomes dans douze grammes de carbone !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Caisse proustienne

 

Marcel Proust se trouvait dans le salon de la comtesse Greffulhe, sirotant un thé au jasmin, quand on lui annonça la mort du marquis de Bréauté-Consalvi. Sous le coup de l'émotion, il largua une énorme « caisse ». Aussitôt, pour qu'on ne le soupçonne pas, il s'écria : « Quelqu'un a largué une caisse ? Que cette personne se dénonce ! De suite ! Ah mais ! C'est formidable, ça ! »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

lundi 22 juin 2026

Enseignement du Rien

 

Le Rien n'est ni une religion ni un système philosophique ni une école de « sagesse transcendantale ». Il ne nous enseigne que deux choses : premièrement, la vie est une indicible rémoulade (eine unsägliche Remoulade) ; deuxièmement, l'être est un margouillis exophtalmique (eine exophtalmische Margouillis).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Aigle noir du nécessiteux

 

On s'apprête à prendre sa voiture pour aller faire les courses quand soudain, semblant crever le ciel et venant de nulle part, surgit... un pigeon. On saisit l'occasion et on s'adresse à lui à la manière de la chanteuse Barbara : « Dis, l'oiseau, oh dis, emmène-moi ! Retournons au pays d'autrefois, comme avant, dans mes rêves d'enfant, pour cueillir en tremblant des étoiles, des étoiles. » Mais le sacré volucre ne trouve rien de mieux que de déféquer sur notre véhicule !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Frédo, Bébert et le mysticisme helvétien

 

« Bébert, il faut que je te dise quelque chose, et écoute bien parce que c'est important. Si un jour tu as la vision d'un cheval boulottant un lys, c'est que les soucis relatifs à la vie matérielle (le cheval) dévorent ta vie spirituelle (le lys) et qu'il est temps pour toi de te consacrer entièrement à la contemplation. All right ?
— Pas de problème. Ça marche. »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Provocation capillaire

 

Quand on est plus ou moins calvitié, on s'irrite de voir le surréaliste Breton exhiber à tout propos une grosse masse de cheveux. On ne ressent pas pour lui un « amour fou » mais plutôt de la haine.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

dimanche 21 juin 2026

Bal chez Temporel

 

Si nous revenons jamais danser chez Temporel, il y a de fortes chances pour que nous pensions à tous ces énergumènes qui ont laissé leur nom gravé auprès du nôtre. Il y a des années, en effet, nous avons gravé avec un canif sur le mur des ouataires : « Merde à celui qui le lira, signé Bigeard ». Et depuis, il y en a sûrement une flopée qui nous ont imité. Alors on pensera à eux.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Saint Ambroise ne touche pas les acédiques

 

Un quidam frappé d'acédie monastique, même la lecture de saint Ambroise est impuissante à le tirer de sa torpeur existentielle. Il l'abandonne au bout de quelques pages. Il ne parvient pas à s'intéresser à l'éthique chrétienne ni aux catéchèses sur les sacrements du baptême, de la confirmation et de l'eucharistie. Comme l'Ivanov de Tchekhov, il est « enlisé dans l'existence » et comme le Bartleby de Melville, il « préfère ne pas » — lire du saint Ambroise, en l'occurrence.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Belles paroles

 

Tchouang-Tseu dit que si l'on reste impassible face à toute perte et tout changement, on entrera dans l'initial ciel pur et on assistera à l'apparition et à la disparition des phénomènes infinis, mais ce ne sont apparemment que de « belles paroles » : on a été impassible autant comme autant, mais en fait d'initial ciel pur, on est toujours à Bezons (quand ce n'est pas à Livry-Gargan).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Géologie du Cantal et pulsion de mort

 

Pour « montrer dans sa vraie lumière l'antique paysage cantalien », il faudrait dresser une carte indiquant les cratères adventifs, les failles, les filons, les sources minérales, les tourbières, les monuments et les débris des âges préhistoriques... Pour un suicidaire, un tel « turbin » est inimaginable, tout simplement.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

samedi 20 juin 2026

Intransigeance zététique

 

Les sceptiques admettent que l'on dise « Je pense que la lune existe », mais ils interdisent qu'on prétende savoir quoi que ce soit de ladite lune, sous peine que ça aille mal.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Rétribution

 

Alors Jéhovah dit : « Je me suis réservé la vengeance, c'est moi qui rétribuerai. » Et chacun aussitôt de s'écrier : « Non, moi ! Moi aussi, je veux rétribuer ! » — chacun voulait rétribuer. Finalement, Jéhovah choisit de se faire aider par Léon Tolstoï.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Monotonie bouddhique

 

Pourquoi les Bouddhas naissent-ils invariablement en Inde ? Pourquoi obtiennent-ils tous leur rédemption au pied d'un arbre sacré ? Pourquoi ont-ils tous trente-deux stigmates et cent huit signes à chaque pied ? Ça ne leur dirait pas, de varier un peu ?
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Seul bon souvenir

 

Alors qu'on approche de la fin de son périple dans le « désert de Gobi de l'existence », on fait le tour de ses souvenirs et l'on se remémore la douceur des soirs à Saint-Clément quand les souffles légers portaient l'odeur des foins et le parfum miellé des clématites. On se dit que ce n'était quand même pas mal, cette douceur des soirs à Saint-Clément. Mais tout le reste... on s'en serait passé.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

vendredi 19 juin 2026

Quel remède à l'existentialisme danois

 

À une poule dont les ailes sont pendantes et les plumes hérissées, on donne de l'eau dans laquelle on a fait bouillir des orties-grièches, ou bien de l'orge mêlée d'un peu de coing haché. Mais à un homme tourmenté par le « vertige du possible » et par la « suspension téléologique de l'éthique » ? Que donne-t-on ?
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Chance abusive des ascètes

 

Il est notoire qu'à la suite de longues abstinences, les brachmanes, les disciples de Zoroastre, les anachorètes de la Thébaïde connaissaient des extases où ils voyaient ou entendaient des choses miraculeuses. Ils conversaient avec des anges ; ils participaient aux jouissances célestes dans le monde des invisibles ; ils apercevaient des météores enflammés, des êtres mystérieux, des animaux emblématiques. Ils avaient « trop de la chance » — comme Claudel.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Et on suppliciera tous les affreux

 

Jadis, en France, les parricides étaient condamnés à la question extraordinaire, à avoir le poing droit coupé et à être rompus vifs sur la roue. On brûlait ensuite leur corps et l'on en jetait la cendre au vent. Bien qu'ils ne fussent pas à proprement parler des parricides, nous aimerions faire subir ce supplice aux chanteurs Gilbert Bécaud — pour avoir dit que « la solitude, ça n'existe pas » — et Gérard Lenorman — pour être venu nous chanter la « ballade des gens heureux ». Et tant qu'on y est, aussi au chanteur Claude François pour avoir affirmé que le lundi au soleil, « c'est une chose qu'on n'aura jamais ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Nouvelles expériences sur le vide

 

On place un philosophe dans un récipient qui communique avec une pompe à vide constituée d'un cylindre de cuivre dans lequel glisse un piston. Le récipient est posé sur une platine. Après qu'on a élevé plusieurs fois le piston et fait échapper l'air par un pertuis qu'on a pratiqué à cet effet dans le robinet situé entre le fond de la pompe et la platine, on constate que le philosophe ne produit plus aucun concept. On est soulagé.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

jeudi 18 juin 2026

Vésicules

 

Le lentisque et le térébinthe sont quelquefois couverts de galles dont on se sert en Orient pour teindre la soie en superbe écarlate. Ces galles, on les appelle aussi — thaumaturgie du mot ! — vésicules.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Déambulations

 

Enfermé dans l'être et dans le Moi, on n'a rien à faire, alors on se promène sans but, on « trace des sentiers sur le gazon ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)