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mardi 16 juin 2026

Prise de confiance du monstre bipède

 

L'être humain agit comme s'il était immortel. Au lieu de dire : « À demain si je suis toujours vivant » — ce qui serait logique vu sa précarité — il dit simplement : « À demain ». En un mot comme en cent, il a « pris la confiance ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Connaissance inutile

 

Avoir étudié la botanique, et cependant ne rien comprendre à « cette triste et lamentable végétation qu'on appelle la vie ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Le Bezonnais dans la tribulation

 

Si seulement on savait comment il faut juger des adversités temporelles, en quelles dispositions on doit les souffrir, quel usage il est nécessaire d'en faire, et quels avantages on peut en tirer lorsqu'on s'y soumet volontiers et avec un esprit humble ! Mais loin de savoir comment opérer son salut, on est de Bezons !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Saxifraga verna


Voyant qu'on a une teinte ictérique et la langue blanche, on se dit qu'on aurait intérêt de se procurer de la coloquinte ou du séné, ou encore de la saxifraga verna, dont l'infusion légère dans de la bière parvint à guérir sans douleur et en peu de jours un parent de Kenelm Digby des écrouelles, au dire de Boyle. Mais étant frappé d'acédie monastique, on ne fait rien ; on « laisse courir ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

lundi 15 juin 2026

Scène d'épouvante

 

René Maheu dit que le spectacle de Jean-Paul Sartre « besognant » Simone de Beauvoir lui évoquait celui d'une grosse mouette s'affairant sur un cadavre de mammifère, sarigue, marmose, cayopollin, et dévorant ses chairs putrides.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Mission impossible

 

« Votre mission, si vous l'acceptez, est de trouver un souverain plaisir dans la contemplation des perfections du Grand Tout et de ses grandeurs, de l'excellence de son être et de la félicité qu'il possède.
— Je suis désolé mais je ne l'accepte pas. »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Ludwig n'y croit plus

 

Comme George Edward Moore l'exhortait à garder espoir, lui disant qu'il allait peut-être, finalement, réussir à tracer les limites du sens, donc réussir à séparer ce qui peut être dit de ce qui ne peut pas l'être, Wittgenstein répondit qu'il n'y croyait plus, et que quoi qu'il en soit, il ne voulait plus faire de philosophie car les gens de la ville lui avaient « pris son panier ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Souffleter Miller

 

L'auteur Henry Miller parle de l'importance du moment présent : « Développez un intérêt pour la vie telle que vous la voyez ; les gens, les choses, la littérature, la musique — le monde est si riche, tout simplement palpitant de riches trésors, de belles âmes et de personnes intéressantes. Oubliez-vous. » — On a envie de le gifler.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

dimanche 14 juin 2026

Antonymes

 

Comme échalas l'est de nabot, purotin est de richard antonyme. Mais que c'est triste un train qui siffle dans le soir !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Asphyxie de Lebeziatnikov

 

Dans Crime et châtiment, quand Catherine Ivanovna Marmeladova dit à Loujine qu'elle l'a vu glisser cent roubles dans la poche de Sonia, le colocataire de Loujine, Lebeziatnikov, suffoque d'indignation. Il est comme George Floyd : he can't breathe.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Avec le bifteck-frites

 

Le nihilique a tellement marqué son époque, avec son « infini infundibuliforme » et son « pachynihil », qu'il mériterait d'être dans les Mythologies de Barthes, aux côtés de Minou Drouet, du bifteck-frites et de l'abbé Pierre.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Amuseurs du néant

 

Nous savions sans Camus, sans Cioran, sans Beckett et sans Ionesco que ce monde est un « monde de néant ». Nous l'avions découvert par nous-même, en contemplant une biscotte confiturée. Nous n'avons lu ces auteurs que pour voir comment ils présentaient l'affaire, mais nous avons été déçu : ils « amusent la galerie ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

samedi 13 juin 2026

Réminiscence tractatussienne

 

Vous êtes en train de lire un poëme de Hölderlin quand soudain un pigeon défèque sur votre véhicule. Aussitôt vous pensez à cette intuition décisive du philosophe Wittgenstein : « Le monde est tout ce qui a lieu. »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Phonèmes

 

L'être humain, pour faire oublier ses origines honteuses, s'est lancé dans les « choses de l'esprit ». Mais tout ce qu'il a pu produire en fait de « choses de l'esprit » se résume à ba be bi bo bu !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Pincemi lémanique

 

Edmond-Henri Crisinel, Jean-Pierre Schlunegger et Francis Giauque sont dans un bateau— un genre de « lougre existentiel ». Ils tombent tous les trois à l'eau.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

vendredi 12 juin 2026

Climatisation mentale

 

À la façon d'un climatiseur mental, la pensée de l'homicide de soi-même assure le refroidissement des installations. C'est Thrasylle le Mendésien qui l'affirme.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Religiosité du Grandiloque

 

Quand il écoutait Les Sept paroles du Christ de Haydn, le négateur Émile Cioran arrivait toujours à la conclusion que son scepticisme était au fond religieux et que ce n'était pas pour rien que les esprits dont il se sentait le plus proche étaient Pascal — l'homme de main du Mexicain — et Dostoïevski.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Ce qui existe

 

Hermogène : Le passé n'existe plus, l'avenir n'existe pas encore. Le présent, qui se dissout à la fois dans le passé et dans le futur, n'existe pas non plus. Alors qu'est-ce qui existe ?
Cratyle : Mon cul ! Voilà ce qui existe ! T'es content ? Et tu peux le biser, pendant que tu y es !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Décidabilité

 

Gödel se trompe. Tout énoncé est décidable. Il suffit d'y mettre un peu du sien, de faire preuve d'un peu de « volontarisme ». Un exemple typique est l'énoncé « Guy Debord est un con. » On décide qu'il est vrai, et aussitôt il le devient.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

jeudi 11 juin 2026

Big mostoche

 

Il y a fort à parier que sans sa grosse moustache, le « penseur paradoxal » Frédéric Nietzsche ne serait jamais passé à la postérité. Les « pensées paradoxales » sont distrayantes jusqu'à un certain point, mais une grosse moustache, c'est tout de même autre chose : ça marque.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)