vendredi 28 décembre 2018

Haussmannien


Le suicide est aussi un immeuble bourgeois.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Pêche à la foëne


20 novembre. — La foëne est très utilisée pour la pêche des anguilles, dans les flaques d'eau laissées par la marée descendante, ou encore dans les herbiers ; en effet, comportant de nombreuses dents (sept, par exemple, voire neuf), la foëne permet de capturer aisément ce poisson, difficile à saisir autrement.

(Barzelus Foukizarian, Journal ontologique critique)

jeudi 27 décembre 2018

Interlude

Jeune femme lisant l'Appel du nihil de Martial Pollosson

Couleur optique


Sur les ailes de certains papillons, par exemple le Mars changeant — mais on pourrait également citer le morpho —, le gris poussière du Grand Tout bascule d'un coup dans le bleu électrique du Rien suivant l'incidence de la lumière. De telles métamorphoses n'ont rien pour étonner l'homme du nihil : que la morosité le prenne, qu'il soit exposé à l'idéalisme fichtéen, et un banal flacon de taupicide lui paraît soudain un chatoyant paradis.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Déroute existentielle


Les vertus laxatives de l'heure font du suicide une orge pressante, trop pressante.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Présent de l'hyène


18 novembre. — Une hyène apporta un jour son petit, qui était aveugle, à Saint Paphnuce, qui le guérit ; le lendemain l'hyène apporta au saint une grande peau de brebis, qu'on appela le présent de l'hyène ; Paphnuce la donna à Sainte Mélanie l'aïeule. (Pallade, Hist. Lausiaque, l. VIII, c. 20).

(Barzelus Foukizarian, Journal ontologique critique)

Interlude

Jeune femme lisant les Exercices de lypémanie de Marcel Banquine

Langage


Le nihilique trouve dans la rigueur du langage un garde-fou salutaire contre le laisser-aller qui procède sournoisement de l'idée du Rien. Il se défend d'ajouter aux mots des suffixes qui rendent nécessaire de délibérer pour en saisir le sens. Il prise la sobriété dans le syntagme comme en toute chose. Ainsi, il ne parvient pas à croire qu'un mot de plus de quatre syllabes soit nécessaire pour signifier la notion capitale de pachynihil.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Synthèse


Je voudrais que ma vie se résumât à un mot — celui zingibéracé.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Les bêtes aussi


31 décembre. — Le gloméris, animal arthropode voisin du cloporte, peut se rouler en boule, tandis que le réduve est un insecte hémiptère carnassier dont la larve se cache dans la poussière.

(Barzelus Foukizarian, Journal ontologique critique)

mercredi 26 décembre 2018

Interlude

Jeune fille lisant la Nostalgie de l'infundibuliforme de Robert Férillet

Beau sexe


Autre caractéristique de l'homme du nihil : la fascination et le recul devant l'immensité spongieuse de la femme, qu'il imagine, on ne sait pourquoi, « gorgée de miasmes, de pestilence, de fermentations délétères ».

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Heautontimoroumenos


L'individualité irréfutable du « Suisse » fait du sujet déféquant un bourreau de soi-même, un heautontimoroumenos.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Une histoire à peine croyable


17 novembre. — Capitolin raconte que Maximin le fils, encore jeune, ayant été invité à la table de l'empereur Alexandre Sévère, et n'ayant point d'habit de table, on lui en donna un de la garde-robe de l'empereur.

(Barzelus Foukizarian, Journal ontologique critique)

Interlude

Jeune fille lisant Prière d'incinérer. Dégoût de Luc Pulflop

Réel fossile


L'homme du nihil n'aime la « réalité empirique » que broyée — si possible réduite à un tas de sciure — ou fossile — quand le temps a enfin saturé de silice ses fines cellules. L'état pétrifié est à vrai dire celui qu'il préfère. Changé en pierre, le rébarbatif réel n'a plus les odeurs nauséeuses de la forêt après la pluie, mais une seule et pour toujours : celle du Rien, plus délectable que les effluves insinués du santal et que ceux suaves et douceâtres du cèdre.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Brrr !


Rien n'égale la glaçante étrangeté de cette révélation : la sarigue est pédimane.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Page de journal


16 novembre. — Ce n'est que fort tard que les Romains montrèrent des hyènes dans les jeux du cirque. D'après Jules Capitolin, c'est l'empereur Gordien le jeune qui, le premier, dans le premier tiers du troisième siècle de notre ère, montra, à Rome, dix de ces animaux, à l'occasion de son triomphe sur les Perses.

(Barzelus Foukizarian, Journal ontologique critique)

mardi 25 décembre 2018

Interlude

Jeune fille lisant l'Océanographie du Rien de Raymond Doppelchor

Réminiscence


Étang de Soustons, deux heures de l'après-midi. Un peu à l'écart, un suicidé philosophique échafaude impunément ses losanges de bronze dans la stupeur solaire. L'hygrométrie de l'air est nulle. Pas une goutte d'eau non plus à terre, dans une épaisseur hostile de verre pilé. — Suicidés philosophiques, victorieux des mers et des déserts, qui suscitez, de nos jours encore, d'étranges témoignages sur votre pouvoir de résistance et de prolifération, je vous salue !

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

La vérité sur les féculents


Progressons dans la voie du suicide : enfermons tout l'encéphale dans une pluche de pomme de terre.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Conversation avec un lama


19 novembre. — « Tu dis que Bouddha est unique ; dans ce cas-là, que seront le Talé-Lama de Lhassa, le Bandchan-Remboutchi du Djachi-Loumbo, le Tsong Kaba des Sifan, le Kaldan, le Tolon Noor, le Guison-Tamba du Grand-Kouren, de Hobilgan, de la ville-Bleue, les Houtouktou de Péking, et puis tous ces nombreux chaberons 1, qui résident dans les lamaseries de la Tartarie et du Thibet ? — Tous sont également Bouddha. — Je ne m'en mêle plus. »

1. En style lamanesque, nous dit le Père Huc, on nomme chaberons tous ceux qui, après leur mort, subissent des incarnations successives ; ils sont regardés comme des Bouddha vivants.

(Barzelus Foukizarian, Journal ontologique critique)

Interlude

Jeune fille lisant les Pensées rancies et cramoisies de J. Zimmerschmühl

Immortalité


Les coquilles des mollusques, les ramures des cervidés, l'ivoire et la corne, la carapace des tortues, l'ambre gris des cétacés... On n'en finirait pas d'énumérer les appendices extérieurs des corps vivants qui, parce qu'ils échappent à la décomposition organique, ont instillé dans l'esprit du monstre bipède l'extravagante idée de l'immortalité. Mais quant à l'homme du nihil, il n'est pas si facile à duper : il a lu Marc Aurèle.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Une drôle d'idée


« À cette époque, j'imaginai de mettre un point final à la littérature en y instaurant la dictature de la fécalité, en remplaçant dans les brochures les mots par des étrons. »

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Page de journal


15 novembre. — Selon Procope, la prise de Rome par Alaric fut si prompte, et l'on s'y attendait si peu, que quand on dit à l'empereur Honoré que Rome était perdue, il crut qu'on lui parlait d'une poule à laquelle il avait donné ce nom.

(Barzelus Foukizarian, Journal ontologique critique)

lundi 24 décembre 2018

Interlude

Jeune femme lisant Georges Sim et le Dasein de Maurice Cucq

Végétation


La nature selon Gragerfis : « une immense et comme invincible réserve de forces femelles, à la fois passives, sournoises et voraces ». Dans son Journal d'un cénobite mondain, l'infatigable polygraphe confie que ce déchaînement lent et silencieux lui a toujours causé « une peur atroce ».

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Passe-temps morbide


Toujours, j'invente de nouveaux modes d'inquiétude.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)