Comme
le fakir hindou, le sceptique adhère à une morale de l'inconfort. Il
est capable de rester une vie entière le fiacre entre deux chaises, entre
l'être et le néant, ni ceci ni cela.
Être né à Melo, ville aux coloniales maisons, au milieu de
cette panique plaine qui a la double et terrifiante caractéristique
d'être interminable et proche du Brésil, c'est ça qui serait bath. On serait comme le poëte Emilio Oribe, un peu.
Et
si Bergson avait raison ? Si la durée n'était rien d'autre que la
pénétration mutuelle d'états de conscience hétérogènes, ainsi que leur
apparition continue sans ordre ni interruption ? On serait dans de beaux draps et même dans de beaux drillards !
Dans ses Cahiers, le
négateur Émile Cioran dit que la mort de son ennemi juré Lucien Goldmann lui inspira des sentiments contradictoires
où se trouvait de tout, même du regret. Sa rancune était devenue sans
vigueur. Le négateur était victime d'un phénomène de dévitalisation !
En mourant, le négateur Émile Cioran nous a laissés dans une solitude
existentielle, une finitude et un absurde assez semblables à ceux d'un
gigot glacé.
Martin
Heidegger : Dis donc, Hannah, il y a une question qui me turlupine. À
quoi pense-t-on quand on ne pense à rien ? À un point mathématique ? Au
pape François ?
S'il
n'existait rien de plus triste qu'une
fête foraine, on pourrait dire que le monde est triste comme une fête
foraine. Mais il y a plus triste qu'une fête foraine, il y a... le vocable victuailles. Il faudra donc dire que le monde est triste comme le vocable victuailles.
De
même que le saint-honoré a son centre garni de crème chiboust — ce
mélange de crème pâtissière et de meringue italienne —, l'existence
humaine est farcie de... nous préférons ne pas dire quoi mais ce n'est pas une matière agréable.
Ni
le bouddhisme zen, ni l'entreprise maritainienne placée sous le signe
du thomisme, encore moins le merleau-pontisme, ne parviennent à donner
un sens à la séquelle de minuscules anecdotes en quoi consiste une vie
humaine (par exemple le remplacement d'un chauffe-eau).
Le « vieux jeton » échappe à la temporalité du temps. Il vit dans une
étroite éternité semblable à celle que lui procuraient jadis les manèges pour enfants et --- dans une moindre mesure --- les « roudoudous ».
Si
vous cherchez dans la littérature une réponse à la question « comment
vivre », bon courage. Entre Bartleby qui préférerait ne pas et Barkis qui
veut bien, il y a de quoi être déboussolé.
Contrairement
à l'espace-temps d'Albert Einstein, l'infini infundibuliforme
du nihilique n'est pas un espace courbe quelconque : il est en forme d'entonnoir.
Le
nihilique est aussi transparent que la robe gélatineuse —
la « mésoglée » — d'une méduse, et guère plus bruyant que les grands
fonds marins. Il passe facilement inaperçu.
Les
journées qui s'écoulent en défaites, cela finit par taper sur le
système. On rêve de s'approprier le substrat d'un rotond caillou (son
sage silence, la componction de ses grains élémentaires) ou d'une
sémillante marguerite des prés.
Si
l'idée du Rien était pourvue d'une capsule de déhiscence — septicide,
transversale, valvulaire, n'importe —, peut-être inonderait-elle le
monde de ses propagules ? Avec bienveillance ?
“Achingly
beautiful! Coruscating! Wickedly funny! Ribémont's Mémoires d'un gluon
holds the reader's attention in an iron grip. It will appeal to the
serious scholar and general reader alike. A stunning debut!”
“Mémoires
d'un gluon is a groundbreaking achievement, impeccably researched and
brilliantly argued. Louis Ribémont's work is accessible but also
comprehensive, really turning the topic on its head and taking an
unflinching look at the concept of pachynihil. This is an ambitious and
timely piece that absolutely cannot be ignored.”
“A
rollicking good time! Louis Ribémont is known for his razor-sharp wit,
and Mémoires d'un gluon is no exception. Hilarious and
thought-provoking, this book had me laughing out loud from beginning to
end. An absolute delight, compulsively readable. I can't wait to see
what Louis Ribémont does next.”
« Néant ! Matrice des madrépores ! », s'exclame Philothée O'Neddy dans son
poëme Incantation — voulant sans doute dire par là que du
Rien sont sorties toutes choses (dont les madrépores).
« Un
matin, au sortir d'un rêve agité, Grégoire Samsa s'éveilla transformé
dans son lit en une véritable vermine. Il était couché sur le dos, un
dos dur comme une cuirasse, et, en levant un peu la tête, il s'aperçut
qu'il avait un ventre brun en forme de voûte divisé par des nervures
arquées. » (Pierre Ménard, L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la
Manche, Paris, Les Belles Lettres, 1932)
« Ce
trésor sera à toi, à la seule condition que tu ne penses pas à un
gloméruleux pélican, ni même aux mots gloméruleux pélican, pendant que
tu le déterreras. »