mercredi 31 décembre 2025

Vaines quêtes

 

L'être humain passe sa vie à chercher des choses que jamais il ne trouve : David Vincent, un raccourci ; Émile Cioran, deux robinets pour sa cuisine, « vieux modèle, hélas » ; Heidegger, ce que c'est que l'être ; Mallarmé, un mot qui rime avec Styx (qui ne soit ni onyx, ni phénix) ; monsieur Tartempion, l'amour. Il ne lui vient pas à l'esprit, à l'être humain, que peut-être ces choses n'existent pas ! Il est trop godiche pour y penser !
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Voracité des bêtes à Michaux

 

Un jour, Cioran accusa Michaux d'avoir laissé sa jument et le petit poulain de cette dernière passer dans le pré, avec comme résultat qu'il n'y avait plus de foin. Michaux dit qu'il était désolé et qu'il veillerait à ce que ça ne se reproduise pas. De façon complètement inattendue, il ajouta qu'il entendait le loup, le renard et la belette (sans doute une référence à Eliade et à ses mythes).
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Mystique sans Dieu

 

Paul Valéry était partisan d'une mystique sans Dieu. Mais malgré son bagout, il ne réussit pas à faire adopter son idée. « Une mystique sans Dieu ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? » — Les gens pensaient qu'il avait fumé de la « beuh » ou du « shit ».
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Timidité devant la vie

 

On se tient devant le portail d'entrée de la vie, et on est comme paralysé. Pour se donner du courage, on se dit qu'on est dans une situation analogue à celle de l'ancien Premier ministre du Japon : soi aussi, après tout, on n'a qu'à sonner — mais on n'ose pas.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

mardi 30 décembre 2025

Monde comme volonté

 

Personne — pas même Schopenhauer lui-même, probablement — n'a lu Le Monde comme volonté et comme représentation en entier. Il y a trop de mots, c'est écrit trop petit et — avouons-le — c'est vite lassant. Par contre, beaucoup de gens font « jore » qu'ils l'ont lu. Il faut dire que pour jouer les ténébreux, c'est moins onéreux existentiellement que le suicide.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Un lecteur de Deleuze

 

On passe sa vie à faire semblant, mais quand il faut mourir, il n'y a plus de semblant qui tienne. Les masques tombent et l'être humain se montre pour ce qu'il est : une machine-organe, un rhizome, un pli. Il a dû lire du Deleuze, ce n'est pas possible.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Mélodistes hors pair

 

Si nous entendons encore une fois l'expression « un mélodiste hors pair », nous allons voir rouge à un point que ce n'est même pas imaginable.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Schopenhauerisme viticole

 

Le pessimiste nous fait penser à ce vigneron qui, voyant que l'on dresse un gibet dans la cour, croit que c'est à lui qu'on le destine et se dit que la vie ne se présente pas sous les meilleurs auspices de Beaune.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

lundi 29 décembre 2025

Ânerie perrosienne

 

L'écrivain Poulot dit Perros prétend que l'eau, les femmes et la mort sont les seules choses qui nous prennent « à loilpé ». Elles nous changent, qu'il dit en plus, le narvalo.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Parle à ma main

 

En 1964, Gabriel Marcel rencontre Emmanuel Levinas à l'Université Libre de Bruxelles. Il l'attrape par son veston et lui dit : « L'été dernier, en Vendée, j'ai assisté à un spectacle équestre où il y avait — oublie-moi — un Hun ! » Levinas en reste bouche bée.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Révolte métaphysique

 

L'existence est une chose horrible et le Dasein en bave des ronds de chapeau. Doit-il se révolter, comme le préconise Albert Camus ? Sans doute, mais comment ? En envoyant des lettres salaces à Maria Casarès ? Elle risque de monter sur ses grands chevaux et alors... ça va être encore pis.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Maurice fait le golmon

 

Maurice Blanchot passe pour un homme grave et même austère, mais d'après Roland Barthes, dès qu'il était seul, il se lâchait et faisait le « golmon ». Toujours selon Barthes, il est arrivé plus d'une fois que Georges Bataille ou Pierre Klossowski se présentent chez lui alors qu'il faisait le « golmon » et lui disent : « Alors Maurice ? On fait le golmon ? »
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

dimanche 28 décembre 2025

Pickles existentiels

 

Pour obtenir des cornichons existentiels « à la Kierkegaard », on fait macérer des cornichons pendant douze heures dans de la saumure, après quoi on les lave à l'eau froide pour les dessaler un peu, on les égoutte, on les essuie avec un linge propre, et on les dépose dans des bocaux en les tassant et en les saupoudrant de considérations vaguement hypnagogiques sur l'être, le néant, la vie, la mort, etc.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Épouvantement

 

La terreur que l'on ressent en découvrant que le temps est irréversible ne peut se comparer qu'à celle que l'on éprouvait, enfant, en entendant la musique du générique des Dossiers de l'écran.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Un démon

 

La femme, par sa manie de procréer, mérite plus qu'Attila le sobriquet d'« ennemi du genre humain ».
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Guano temporel

 

Le temps laisse après lui un sédiment qui imite assez bien les excréments d'oiseaux marins. Si l'on met de côté sa couleur pourpre et sa faible concentration en azote, il a tout du guano. C'est pourquoi un être en proie à la mélancolie s'exclame volontiers : « Guano ! Sédiment pourpre du temps ! »
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

samedi 27 décembre 2025

Délires éruciformes

 

Quand Jean, dans sa première épître, dit : « N'aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde », ce qu'il veut dire en fait, c'est : n'aimez pas de façon démesurée les créatures, les coutumes, les modes du monde ; n'aimez pas sa splendeur, sa pompe, ses « philosophes de la déconstruction » et les volutes smorzando de leurs délires éruciformes.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Vor dem Gesetz

 

Devant la loi se dresse le gardien de la porte. Marthe Robert, la traductrice et spécialiste de Kafka, se présente et demande à entrer dans la loi. Mais le gardien dit que pour l'instant il ne peut pas lui accorder l'entrée. La dame réfléchit, puis demande s'il lui sera permis d'entrer plus tard. « C'est possible, dit le gardien, mais pas maintenant. » Le lendemain, Marthe Robert revient. Avant qu'elle ait eu le temps d'ouvrir la bouche, le gardien lui dit : « Tu as la comprenoire bouchée ? Dégage ! Du balai ! Va lire du Kafka, hé, pochetée ! Et bise-moi le cul, pendant que tu y es ! »
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Enchosement de Hašek

 

Loin de nous la pensée d'enchoser Jaroslav Hašek avec du sable et du gravier moulu !
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Reliques inertes

 

Les individus qui se mêlent de culture se croient vivants, ils écrivent des livres, peignent des tableaux de peinture, composent des pièces pour récitant, orchestre et bande magnétique, mais ils sont morts, secs, poussiéreux, hallucinés et fantomatiques : ce sont des reliques inertes.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

vendredi 26 décembre 2025

Mangonneau


Ce ne sont pas les outils qui manquent pour infliger des dommages à la « réalité empirique » des philosophes. En premier lieu, on pense évidemment au mangonneau, cette forme médiévale de l'onagre qui permettait de lancer des projectiles contre les murs des châteaux forts.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Crudité du suicide

 

Pour parler véridiquement de l'homicide de soi-même, il faudrait en montrer toute la crudité, c'est-à-dire les carottes râpées, les radis, la salade de tomates ou d'endives qu'il contient. Ce serait assez fastidieux.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Mythe de Cioran

 

L'effort lui-même pour se hisser jusqu'aux cimes du désespoir suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Émile Cioran heureux.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Déception de Rimbaud

 

Au Yémen, dit-on, il y a tout ce qu'il faut : Houthis et matériaux. C'est sur la foi de ce ouï-dire que Rimbaud, désireux de se procurer de nouveaux matériaux pour ses poëmes, se rendit à Aden en août 1880. Hélas, quelle ne fut pas sa déception ! Tout ce qu'il trouva là-bas, ce fut une chaleur à tout casser !
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

jeudi 25 décembre 2025

À la Bukowski

 

Celui que « l'être » exaspère a toujours la solution de s'enfermer dans une chambre palléale de mollusque (avec les branchies et le tube digestif) et de se rendre saoul à en crever.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Drap du motus

 

Le nihilique n'a rien à dire à personne. Il est taiseux comme un géranium délicat. Son nez coule-t-il ? Il se mouche dans le drap du motus.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Kafkaïen

 

Franz Kafka avait le chic pour inventer des situations kafkaïennes, et le pis, c'est qu'il se retrouvait parfois lui-même prisonnier des labyrinthes qu'il avait conçus. Ainsi lorsqu'il écrivit une « lettre au père » ; ou lorsqu'il se lança dans d'absurdes « préparatifs de noce à la campagne ».
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Un auteur pécressiste

 

L'écrivain italien Cesare Pavese avait non seulement le courage de dire (il a écrit plusieurs livres) mais encore la volonté de faire (il s'est suicidé) : il était pécressiste (comme le chien Douglas).
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

mercredi 24 décembre 2025

Vents carnassiers

 

Au dire du professeur Munteanu, le négateur Émile Cioran ne sortait dans la rue que pour « baigner sa face jaunie dans les vents carnassiers ». Il disait que ça lui donnait un coup de fouet ; qu'après ça, il pouvait être négatif pendant au moins huit heures non-stop.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Arcanes branchus

 

Les organes (foie, cœur, cerveau, etc.) ont certainement une utilité, mais ils sont aussi — et peut-être surtout — « les arcanes branchus de notre déchéance ».
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Pensée-moignon

 

C'est par abus de langage que les philosophes sont appelés des penseurs. Car on a beau chercher, on ne trouve dans leurs systèmes pas plus de pensée qu'il n'y a de beurre au fiacre. Ne s'y trouve que de la « pensée-moignon ».
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Larrons larviformes

 

Tandis qu'il pousse son chariot dans les allées du supermarché, le nihilique a l'impression d'être un Christ en croix entouré de larrons larviformes (les autres clients du supermarché).
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

mardi 23 décembre 2025

Décevants insectes

 

L'écrivain Ernst Jünger croyait possible de découvrir le sens caché de l'univers en observant les insectes. Mais il eut beau observer et observer, il n'arriva à rien de tangible.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Bitoniaux


Le « progrès technique » dont le monstre bipède s'enorgueillit tant, ce « progrès » n'a fait qu'amplifier la malignité des objets. Avant, on tapait dessus du plat de la main, on leur donnait un coup de pied et ils arrêtaient leurs singeries. Mais maintenant qu'ils sont bardés de bitoniaux, leur vice ne connaît plus de bornes.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Retenez-nous

 

Nous recevons de la vie force bourrades, et à la fin la moutarde nous monte au nez. Comme Émile Cioran, nous ne savons pas encore ce que nous allons faire mais ça ne va pas être beau.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Malheur presque parfait

 

Solitude, vieillissement, alopécie, sentiment d'être méprisé parce qu'on ne prend pas les vignettes... Pour être superlativement malheureux, il ne nous aura manqué que d'être roumain.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

lundi 22 décembre 2025

Lecture consolante

 

En lisant l'Ecclésiaste, on se pénètre de l'idée que tout est périssable, et c'est là une pensée infiniment apaisante pour celui que martyrise une mégère difforme au faciès d'hippopotame. Oui, en vérité, telle est la leçon de l'Ecclésiaste : les mégères aussi sont périssables, et leur ressemblance avec un hippopotame ne saurait les préserver de l'annihilation.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Foucaldisme pariétal

 

Ce besoin, chez l'homme, de « créer des concepts »... Déjà l'ineffable homme des cavernes... Avec son petit panier de cerises sauvages et ses morceaux de silex... N'était-il pas une sorte de Foucault embryonnaire ? La folie, les prisons, la « mort de l'homme »... Pour qui sait regarder, tout est déjà dans ses peintures rupestres.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Souffrir, écrire

 

« Je souffre trop, il faut que j'écrive. Mais je ne sais pas quoi écrire, si ce n'est que je souffre trop. Monsieur Pipo, aidez-moi ! »
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Picucule


Que picucule soit le nom usuel du dendrocolapte, nous voulons bien le concéder, mais en contrepartie, nous aimerions qu'on nous permette de détruire le monde ou tout au moins de bien l'esquinter.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

dimanche 21 décembre 2025

Aime Chagall ou meurs (socialement)

 

Un type qui trouve le Chagall moche, que peut-il faire ? Une seule chose : dissimuler. Car sinon... gare à lui !
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Autokitschification de Giacometti

 

« Tiens, et si je faisais un homme qui marche ? », se dit Alberto Giacometti un jour de 1947. Aussitôt dit, aussitôt fait. Sans en avoir conscience, le sculpteur venait de se « kitschifier » de façon irréversible. On lui avait pourtant dit d'être prudent, avec son argile, son bronze et tout ça — mais il n'écoutait rien.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Long vers la fin

 

Une vie entière à se demander « pourquoi diable suis-je ? », c'est long — surtout vers la fin.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Erreur de calcul

 

Dans Les Possédés, Kirilov se tue pour prouver au vulgum pecus qu'il est Dieu. Mais c'est un échec, personne ne croit qu'il est Dieu. Il a fait une erreur de calcul quelque part. Il a voulu dériver le laplacien en coordonnées sphériques et il s'est trompé, à tous les coups.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

samedi 20 décembre 2025

Jambonneau


Les théologiens affirment que la tristesse est un péché contre l'espoir. Mais évidemment, cela n'a jamais dissuadé personne d'être triste. L'espoir ! Chacun sait que l'espoir est un salop qui ne tient jamais ses promesses et vous prend pour un « jambonneau ».
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Loin du Giorgion

 

On peut dire bien des choses du suicidé philosophique, mais certainement pas que ses œuvres se ressentent de la manière suave du Giorgion ; surtout pas son œuvre maîtresse, l'homicide de soi-même.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Un veinard

 

Heureux Job, qui n'avais pas besoin de montrer ton fiacre pour gagner ta vie, comme l'antiphysique de Charles Aznavour !
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Sublimité porcine

 

Dans ses meilleurs moments, la vie atteint à une sorte de sublimité porcine qui n'est pas sans rappeler le masque mortuaire de Martin Luther.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

vendredi 19 décembre 2025

Sans surprise

 

En début de soirée, nous avons le choix entre premièrement : regarder le journal télévisé ; deuxièmement : lire un livre ; troisièmement : contempler, devant la maison, l'étang tout brillant de la lumière flavescente du crépuscule, et caresser pour la millionième fois la pensée de nous détruire. — Nous choisissons la troisième solution.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Souffrance

 

Les chrétiens pensent que la souffrance a une signification, qu'elle vous rachète. Du moins le pensent-ils jusqu'au moment où ils attrapent un panaris.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)