vendredi 21 août 2026

De ce qu'être homme, c'est s'éprendre de grosses mochetés

 

Dans le roman de Cervantes, Don Quichotte est tellement « à l'ouest » qu'il se convainc que Dulcinée est une beauté alors que c'est un trumeau certifié, un thon, un cageot, un boudin, une grosse mocheté. Mais n'est-ce pas le cas de tout homme ? Qui pense et qui sent ? Être homme, n'est-ce pas s'éprendre de grosses mochetés ?
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Plaidoyer pro domo de Sabato

 

L'écrivain argentin Sabato affirme que l'univers réel forme un tout comportant des horloges, des bicyclettes et — il faut se pincer — des écrivains latino-américains. Il prêche pour sa paroisse !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Memento mori

 

À partir d'un certain âge, étant décatie, la femme n'évoque plus une rose, un blanc flocon de neige ou du pain d'épice mais une réalité beaucoup plus lugubre : la mort. Il faut fuir sa présence si l'on ne veut pas être envahi par des idées noires.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Traduction de l'Edda

 

Avez-vous jamais essayé de traduire l'Edda prosaïque de Snorri Sturluson ? Pour y parvenir, la technique consiste à lui tirer l'oreille pour l'obliger à desserrer la mâchoire. La saga islandaise ne récrimine guère, c'est tout juste si elle maugrée vaguement, heureuse de s'en tirer — pense-t-elle — à si bon compte. Son éloquence ravalée avec le pharmakon, elle n'émet que des borborygmes avant de se taire à jamais.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

jeudi 20 août 2026

Arthur Rimbaud, 12 rue Napoléon, Charleville-Mézières

 

Cher monsieur,
Je suis au regret de devoir vous informer que quoique âgé de dix-sept ans, je suis sérieux et je vous emmerde. Vous pouvez me biser le cul par-dessus le marché.
Bien à vous,
Bigeard.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Dégonflement de Nizan

 

Vingt ans est le plus bel âge de la vie. Nous répétons : vingt ans est le plus bel âge de la vie. T'entends, Nizan ? Tu vois, tu ne nous fais pas peur !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Il pleure dans notre cœur

 

Écouter le bruit doux de la pluie par terre et sur les toits, au début ça va, c'est agréable, mais au bout d'un moment on sent comme une langueur qui pénètre son cœur et c'est un peu « malaisant ». On a le cœur qui s'écœure et le pis, c'est que ce deuil est sans raison.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Ça

 

Borges raconte que c'est après s'être cogné la tête contre un volet métallique qu'il entreprit d'écrire des contes fantastiques. Et c'est ça ! C'est exactement ça !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

mercredi 19 août 2026

Période ermanesse

 

Il est assez courant que le monstre bipède passe par une « période ermanesse » durant laquelle il lit Le Loup des steppes, Siddhartha ou tout autre roman d'Hermann Hesse. Mais le moins qu'on puisse dire est que ça ne le rend pas plus intelligent (plutôt le contraire).
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Ressentir

 

Avant de mourir, le monstre bipède s'efforce de ressentir un maximum de choses. « Allez, on ressent, on ressent, on se dépêche ! Tu m'entends, Baleine ? Et efface ce sourire de ta gueule de con ou je te fais gicler les yeux des orbites ! »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Voici que la saison décline

 

Victor Hugo : Août contre septembre lutte. L'océan n'a plus d'alcyon. Chaque jour perd une minute, chaque aurore pleure un rayon.
Frédo : Plus d'alcyon, tu dis ? Comment c'est possible, une histoire pareille ? T'es sûr ? T'as bien regardé ?
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Réminiscence de Cadou

 

« Odeur des pluies de mon enfance, derniers soleils de la saison !... » — La rouge pomme à couteau de René-Guy Cadou nous aura poursuivi. Peut-être pas à mobylette, mais elle nous aura poursuivi.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

mardi 18 août 2026

Assez de salamalecs

 

Les écrivains ne devraient être autorisés à traiter que d'un seul sujet : la mort. Assez de petites histoires qui n'intéressent personne ! Assez de salamalecs !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Jour des boueux

 

Le négateur Émile Cioran rêvait — du moins se plaisait-il à l'affirmer — d'un monde où l'on se tuerait pour une virgule. Mais Simone ne l'entendait pas de cette oreille car il devait d'abord descendre les poubelles, c'était le jour des boueux.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Mauvaise surprise

 

Posséder des idées et des mots inconnus à tout autre, et pourtant, quand on s'ouvre, ne trouver en soi-même que le vide ! Comme Sophocle avec sa boîte de cannellonis !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Plus de lumière

 

Saint Grégoire l'Illuminateur, né vers 257 et mort en 331, est le saint qui a évangélisé l'Arménie. Il vous évangélisait, mais il était aussi capable de vous poser des « spots » et des appliques murales pour un prix très raisonnable. Il avait toujours ses outils avec lui. On y voyait tout de suite mieux dans la cambuse.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

lundi 17 août 2026

Barthes sociologue

 

Dans les années cinquante, le travail que Barthes abat dans la rue des Martyrs porte sur les filles de nuit qui attendent le jour en vendant du plaisir. C'est un travail de sociologue plutôt que de sémiologue.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Les monstres

 

Nous sommes entourés de monstres. Ces monstres, ce sont les individus qui n'ont pas lu Maritain et ne soupçonnent même pas son rôle central dans le renouveau du thomisme. On les reconnaît à leurs survêtements et au fait qu'ils se sentent continuellement « mal regardés » — et pas seulement par Maritain mais par l'autrui lévinassien en général (bien qu'ils n'aient pas lu non plus Levinas).
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Un philosophe pétillant

 

Alain Badiou est un philosophe non seulement minéral et naturel, mais encore pétillant. Grâce au concept de mathème qu'il a repris de Lacan et auquel il fait capter « l'impasse du réel », il permet à chacun de s'hydrater — métaphysiquement ! — à tout moment de la journée.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Envoi de Géorgiens au réel

 

Un pigeon ayant une fois de plus déféqué sur votre véhicule, vous avertissez le réel que si ça se reproduit, vous allez le faire disparaître. Vous allez le faire disparaître en lui envoyant des Géorgiens.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)