La femme, ou quand on n'a que son fiacre (et ses biberons Robert) pour unique raison, pour unique chanson et unique secours ; quand on n'a que son fiacre à offrir en prière pour les maux de la terre en simple troubadour.
À la buvette de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, André Leroi-Gourhan se désaltérait d'une onde pure. Claude Lévi-Strauss survient à jeun, qui cherchait aventure. Il se met à parler de Bororos. Leroi-Gourhan voudrait ne jamais être né.
Le maire d'Empeaux (Haute-Garonne) est décrit par beaucoup comme un « bougre las ». Il faut dire qu'administrer les Empeusiens, ce n'est pas une sinécure.
« Hé, Ravel ! Tu vas où comme ça ? — Chez Debussy. Il organise un tournoi de boules. Il y aura Satie et Chabrier, peut-être aussi Poulenc. — Méfie-toi de Chabrier. Il est drôlement fort. Avec sa Marche des Cipayes et tout ça... — D'ac'. Allez, à plus. — Ouais, à plus. »
Il est assez connu que le philosophe Jean-Paul Sartre était le « jules » de la femme de lettres Simone de Beauvoir. Quand celle-ci rencontrait des amis, elle s'entendait souvent demander : « Alors, comment va ton jules ? » Elle répondait : « Bien. Il écrit des trucs existentialistes. Ça va, il ne faut pas se plaindre. »
Parce qu'il s'était blessé en explorant les gouffres, l'écrivain Henri Michaux disposait d'une carte lui donnant le droit d'occuper, dans les transports en commun, une place réservée aux mutilés de cul. Il s'en vantait au négateur Émile Cioran que cela faisait bisquer.
Dans son poëme Comédie de la soif, Arthur Rimbaud déclare qu'il veut « aller où boivent les vaques ». La question qui vient immédiatement à l'esprit est : pourquoi ? Veut-il se distraire en regardant les vaques s'abreuver ? Dit-il ça simplement pour faire l'intéressant ? Dans un cas comme dans l'autre, il nous fatigue. La poésie, ça commence à bien faire si c'est comme ça.
Quand le Mômo ne pouvait pas mettre la main sur du péyote ou de l'opium, il lisait du George Sand : François le Champi, parfois La Petite Fadette. C'est le docteur Toulouse qui le lui avait conseillé. Ça le calmait un peu, mais ce n'était quand même pas la même chose.
Selon Bergson, le néant n'est « qu'un pseudo-concept sans essence ou une simple contre-possibilité de l'être affirmé » — et cette assertion suffit à nous le rendre odieux. Déjà qu'il nous faisait suer avec sa « durée », son « intuition » et son « élan vital », mais là il passe les bornes. Un pseudo-concept sans essence !... Le néant !... Il vaut mieux entendre ça que d'être sourd.
Quand ils habitaient rue Lhomond, dans les années quarante, les Ponge avaient des occupations très absorbantes. Francis prenait le parti des choses pendant qu'Odette cousait ou faisait la vaisselle.
C'est Roland Dorgelès qui a perdu son zippo, alors il demande à Henri Barbusse s'il a un briquet ou des allumettes. Manque de pot, Barbusse n'a rien. Alors Dorgelès dit que puisque c'est comme ça, il va demander à Maurice Genevoix. « Je pourrais aussi demander à Erich Maria, remarque. »
Le fondateur du théâtre de l'Œuvre prétendait avoir lugné l'écrivain américain Edgar Allan Poe. Mais il ne put jamais le prouver, ni même expliquer clairement ce qu'il entendait par lugner.
Maxime Du Camp était convaincu que Flaubert aurait fait un bon maire d'Eu, mais malgré ses instances, l'auteur de Madame Bovary ne voulut jamais briguer le suffrage des Eudois.
La frénésie du Mômo est amusante, sa dilection pour le péyote également, ainsi que sa manie d'être envoûté, mais lui-même paraît manquer totalement d'humour. On ne l'imagine pas demander au docteur Ferdière comment il va yau de poêle.
Ce qu'on nous vend pour le réel est louche, plus que louche. Tout y semble plus ou moins gélatineux. Et pourtant, ce « réel », tout le monde a l'air de le prendre pour argent comptant. Ce n'est pas pour parler comme Baldur von Schirach, mais la question se pose : comment se (rudol) fait-ce ?
Il n'y a pas que Ramón Pérez. Émile Cioran non plus ne pouvait pas dormir. Ce n'est pas tellement qu'il se bilait pour ceci ou pour cela, mais il pensait tout le temps à des choses. Par exemple à l'exclamation du dernier poëte païen Rutilius Namatianus : « Plût aux Dieux que la Judée n'eût jamais été conquise ! » Ça le mettait dans de ces états... Après, il ne faut pas s'étonner.
Berkeley, Schopenhauer et Merleau-Ponty ont fait chou blanc, mais il se peut très bien que quelque quidam allongé au crépuscule dans un champ de coquelicots ait résolu le problème central de l'univers. Si c'est le cas, il s'est bien gardé d'en parler. Mais ça vaut peut-être mieux comme ça, et puis ce n'est pas dicible, si ça se trouve.
À cause du négateur Émile Cioran, on ne peut pas ramer sur l'étang de Soustons sans penser à la phrase « all is of no avail », ni descendre dans la rue sans que nous vienne aussitôt à l'esprit le mot extermination. On est devenu un véritable automate de Vaucanson !
Comme plus tard Ludwig Wittgenstein, Confucius refusait de parler des choses qui se trouvent « au-delà des mots » car il avait une peur terrible, presque panique, de « passer pour un con ».
On traverse la rue Racine, et immanquablement, on pense au négateur Émile Cioran traversant la rue Racine et pensant à la tombe de Celan. C'est pratiquement un réflexe conditionné.
Quelqu'un qui vous dit « frère, il faut mourir », que lui répondre ? Qu'on est au courant ? Mais alors on risque de passer pour un « monsieur-je-sais-tout ». Peut-être simplement « ah ? »
Schopenhauer va un peu vite en besogne. C'est trop résumer, de dire que la vie est un pendule qui oscille de la souffrance à l'ennui. Certes, il y a la souffrance, il y a l'ennui, mais il y a aussi... les grosses dondons ! Et ça... — c'est le pis.
Dans un de ses poëmes, Longfellow parle du « long et mystérieux exode de la mort ». Mais — car il y a un mais — cela ne s'applique pas au poëte Carlos Grünberg. En effet, la mort ne l'a pas totalement englouti puisque ses vers sont dans notre mémoire. En tout cas ils y étaient jusqu'à récemment.