Pour être
pris au sérieux, quand on est écrivain, il faut se donner l'apparence
d'être farouche, lugubre, profondément ruiné de l'intérieur ; il faut
être d'une noirceur à la Lautréamont, à la Lucrèce. Sinon, on passe pour
un bredin.
« Au
troisième top, il sera trois heures du matin. » C'est le message que
l'on entend à intervalles réguliers quand on est plongé dans la nuit
noire de l'âme de saint Jean de la Croix. Il est transmis par des
haut-parleurs. On a l'impression que ça ne va jamais se finir.
Avoir un ptyx
dans son salon est le rêve de tout homme que la vie a mal regardé.
C'est une sorte de revanche, une façon de dire : « T'as vu ? Quand même ? »
Peu d'auteurs
nous sont immédiatement antipathiques comme Poulot dit Perros. Il nous
tape sur les nerfs d'emblée. Il faut dire qu'il fait « jore » à un point
extraordinaire.
Le tableau de
Salvador Dali intitulé La Métamorphose de Narcisse est une métonymie,
toute autre conjecture serait pépiage. Cette métonymie, précisément
cette syllepse, se déploie à partir de l'idée obsédante que l'artiste a
un oignon dans la tête.
Il faut se
battre de toutes ses forces contre les livres qu'on lit, sinon on
devient minéral, on devient de l'eau, on devient n'importe quoi, hormis
un homme.
Le pire
ennemi du paranoïaque, c'est lui-même. Mais il ne s'en rend compte
qu'une fois arrivé rue Lepic avec ses valises de cochon — et il est
trop tard pour se corriger.
Il paraît
comme ça que, spectateur peu concerné de sa propre vie, le héros bovien
est à la fois veule et désinvolte, retors et spontané ?... Mais c'est
nous ! C'est tout à fait nous, le héros bovien !
Quand on est
vieux et mal fichu, on se dit qu'il va bientôt être l'heure de rejoindre
François Donati non pas à la Bourse de Paris mais — inutile de
tourner autour du pot — au cimetière.
L'ethnographe
Lévi-Strauss était déçu par les tropiques. Il trouvait qu'ils
manquaient de rythme, de vitalité... Or lui, le rythme, la vitalité,
c'est ça qu'il adorait. Il aimait bien Djadja, il aimait bien Doudou, il
aimait bien Hypé... Mais les Bororos l'ennuyaient.
On a dépensé
toute son énergie à n'être ni ceci ni cela, et finalement on a échoué
puisqu'on est devenu « celui qui n'est ni ceci ni cela », c'est-à-dire
tout de même quelque chose de particulier !
L'axiome du
choix, énoncé pour la première fois par Peano en 1890, affirme que l'on a
tout à fait le droit de se pendre avec ses bretelles, que ce n'est
l'affaire de personne d'autre que soi-même. Cet axiome implique à la
fois le théorème de Zermelo et le lemme de Zorn.
Enfant, vous
croyez que l'adjectif parmillié sert à désigner une certaine qualité
de jouets. Plus tard, bien sûr, la vie, avec son terrible cortège de
phénomènes, vous dessille brutalement.
Se pendre
avec une ficelle qu'on a attachée au portique d'entrée du potager n'est
ni un acte de dialogue au sens de Bunt (on ne parle à personne) ni un
acte gratuit au sens gidien (on a une idée derrière la tête). Mais ce
n'en est pas moins un acte !
Chez les Zay,
il y avait Jean, le ministre, il y avait Guy, le constructeur de
pyramide, il y avait Francis et Sébastien — et puis Paulette. Quand on
approchait la rivière, on déposait dans les fougères nos bicyclettes.
Keats prenait
les vignettes ; Hölderlin prenait les vignettes ; Kierkegaard prenait
les vignettes ; Baudelaire prenait les vignettes ; Edgar Poe prenait les
vignettes ; Tchekhov prenait les vignettes ; Kafka prenait les
vignettes ; Fernando Pessoa prenait les vignettes ; le négateur Émile
Cioran prenait les vignettes... Ils prenaient tous les vignettes. Edgar
Poe avait même la carte du magasin.
L'homme
politique libanais Georges Haoui avait ceci de plaisant qu'il ne
contredisait jamais son interlocuteur. Il acquiesçait même, la plupart
du temps.