Tout ce qu'on
retiendra de Jaccottet, c'est que son œuvre est crispée sur un fond de
silence et d'indéfinissable tristesse. On ne l'a pas lu mais on sait ça — et ça devrait nous suffire pour la suite de notre périple dans le
« désert de Gobi de l'existence ».
À l'instar du
chanteur Fugain, l'homme est seul dans l'univers. Il a peur du ciel et
de l'hiver, des fous et de la guerre, sans oublier le temps qui passe,
dis. Pour atténuer sa solitude, il imite le Mientus de Ferdydurke et
tente de fraterniser avec un valet de ferme, mais il a beau explorer
toutes les fermes des environs, il n'en trouve aucun, en tout cas aucun
de convenable.
Le futur
s'avère toujours plus horrible que le présent. Les choses ne peuvent
aller que de mal en pis. C'est pourquoi il faut se dépêcher de... de
quoi, exactement ? Deleuze dirait de créer des concepts.
Les
bouddhistes prétendent que le joyau est dans le lotus, caché derrière
les pétaux et les sépaux. Ils paraissent y attacher une grande
importance. Ils le répètent tant de fois qu'on a envie de les assommer.
Le preneur de
vignettes est un être funambulesque, loquace et pathétique. On dirait
un personnage de Georges Schehadé. Il est une pure figure de l’exil,
souffrant d’un mal inguérissable qui a pour nom la vie.
Le chanteur
Fugain nous rappelle que l'oiseau vit d'air pur et d'eau fraîche et que
jamais rien ne l'empêche, l'oiseau, d'aller plus haut. Il nous exhorte à
l'imiter, mais c'est justement ce qui est impossible ! Comment
pourrions-nous « faire comme l'oiseau » alors que nous n'avons pas
d'ailes et que nous sommes tout imprégnés de philosophie marcellienne ?
C'est impossible, voyons !
Dans le
compartiment de chemin de fer dont il est question au début d'Un soir
chez Blutel, les femmes, nous dit Bove, avaient accepté que les hommes
fumasses. N'avaient accepté ?
Il est
inconcevable qu'à notre époque moderne et même postmoderne, des
individus s'autorisent encore à « faire chabrot ». Il est à croire que
ces sinistres individus n'ont lu ni Deleuze, ni Foucault, ni Derrida.
Sinon, l'envie leur serait passée de « faire chabrot ». On n'a jamais vu
ça.
Si Soupault
n'est pas l'auteur d'une œuvre consacrée à peindre les jaillissements de
la liberté dans l'histoire ou dans l'art, en revanche, Cassou l'est.
Si vous
voulez vous familiariser avec la force de Lorentz, la loi de Faraday et
les équations de Maxwell, ne lisez pas l'ouvrage de Soupault et Breton.
On en sort gros-jean comme devant. Ces auteurs présentent les choses
dans un style exalté qui rend caïman impossible de comprendre les
principes physiques sous-jacents.
Lors de son
séjour à Loches, le plasticien Hans Bellmer rencontra-t-il madame
Bellepaire, connue pour avoir de la conversation ? Nous ne pouvons ici
que poser la question.
Quand le
chanteur Gérard Lenorman a le toupet de nous dire qu'il vient nous
chanter la ballade, la ballade des gens heureux, nous phantasmons de le
jeter dans le Bosphore, enfermé dans un sac de cuir plein de vipères,
comme on faisait jadis aux parricides. Au cul, les gens heureux ! Au
cul, le mariage d'André Salmon ! Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ?
Le monstre
bipède aspire par-dessus tout à être aimé, mais quand arrive son tour,
il s'entend dire que l'amour, c'est comme le boudin pour les Belges : il
n'y en a plus.
Mort, on est
tranquille comme Baptiste, vivant, intranquille comme Pessoa. Le choix
devrait être vite fait, pourtant on hésite. Il y a dans la mort quelque
chose d'inimaginable, quelque chose de pointu qui nous rentre dans le
cul et — c'est terrible à dire — nous empêche de marcher !
Que faire
quand votre âme est malade ? Quand, le printemps étant trop vert, elle a
mangé trop de salade ? Il faut prendre un vomitif tel que le sirop
d'ipéca ou — encore plus efficace — la poésie de Bobin.
Nous
observons une glace à la pistache, et nous frappe soudain l'évidence que
la vie est un cône de Roithamer — alors que nous avions toujours cru
que c'était une mansarde Höller. Nous devons sans délai « trier et
mettre en ordre ».
Beckett,
Ionesco et Adamov n'étaient pas emballés par l'expression « théâtre de
l'absurde ». Ils ne voyaient pas où était l'absurde dans leurs pièces.
Après s'être concertés, ils proposèrent plutôt « pelote de laine à
tricoter » ; mais « théâtre de l'absurde » avait déjà pris, c'était trop
tard.
La mort nous
apporte une immense tranquillité d'esprit. On n'a plus à se sentir
coupable de ne rien faire puisque chez les défunts l'inaction est pour
ainsi dire la règle. On est comme libéré d'un poids.
Si on était
Jünger, on écrirait : « Reçu la visite de Friedrich Georg. » Plus
quelques observations d'insectes et le tour serait joué. Mais loin
d'être Jünger, on est de Bezons ! On ne sait pas quoi écrire !
Comme le
Victor Bâton de Bove, on aimerait avoir des amis. On discuterait de
Kierkegaard, de Maritain... Oui mais va te faire fiche : des amis, il
n'y en a pas plus que de beurre au cul.
On est
allongé dans son lit, la couverture remontée jusqu'au nez, on se dit que
ce serait le moment idéal pour mourir, alors on prononce le nom
redoutable de Yog-Sothoth et... rien ne se passe.