À force
d'élaguer, de décanter, de quintessencier sa pensée, on obtient quelque
chose qui ressemble à un os de seiche — un os qui resplendit non dans
la cage d'un serin mais dans le silence rutilant du vide.
Chez Hegel,
la raison forme le rationnel comme objet de pensée, contrecarrant
incessamment les initiatives de l'infini infundibuliforme. Cela,
pensons-nous, doit s'arrêter, et le plus tôt sera le mieux.
Quel est ce
mystérieux « institut d'Angers qui opère sans danger des plus jeunes aux
plus âgés on peut presque tout changer excepté ce qu'on ne peut pas » ?
Un piège ? C'est possible. Un complot ? Nous verrons.
À cause de
Lautréamont, il est pratiquement impossible d'emprunter la rue de
Castiglione sans penser à un rhinocéros. C'est caïman un réflexe
conditionné.
Au dire du
situationniste Guy Debord, « nous tournons en rond dans la nuit et nous
sommes dévorés par le feu. » — Et pourquoi pas, après tout ? Ce ne
serait pas pour nous surprendre !
Celui qui,
comme Émile Cioran et les bouddhistes, révoque en doute la réalité du
monde réel, il est mis au ban de la société des hommes. Sa situation
rappelle celle de l'arien Théonas de Marmarique, condamné par le concile
de Nicée pour avoir contesté la divinité du Christ. On ne plaisante pas
avec ces choses-là.
Les méthodes
brutales du destin — le « fatum » des Romains — ainsi que son culte
du chef nous font soupçonner qu'il s'agit d'un ancien cagoulard,
peut-être Jacques Corrèze.
« Je ne
fréquente pas Beckett, moi ! Je ne converse pas avec Ionesco, moi ! Je
ne discute pas de mythes avec Eliade, moi ! Je ne veux pas qu'on me
martyrise avec des couteaux empoisonnés, moi ! Et surtout, surtout : je
ne veux pas que le néant me regarde avec ses yeux ! »
Nonobstant la
rumeur et la contre-rumeur, le pessimisme n'est pas un
anti-inflammatoire non stéroïdien. Voir tout en noir ne soulages pas —
tout le contraire, même.
On aurait
bien besoin d'aide pour affronter tout ça — la vie c'est-à-dire —,
mais de l'aide, autant en demander à un âne dans les Cévennes ou à un
canoë sur les rivières du Nord.
L'une des
incongruités de la vie est qu'on se sent moins seul quand on l'est
réellement que quand on est avec des gens qui prétendent vous connaître
mais qui en fait n'ont pas idée.
Visiter seul
un musée de peinture est une expérience traumatisante. N'avoir personne à
qui dire que tel tableau est « bien peint », cela fait naître en soi un
sentiment de déréliction.
Si les
individus qui tiennent un journal étaient honnêtes, ils se borneraient à
écrire « Aujourd'hui : rien ». Car c'est bien de cela qu'il s'agit.
C'est bien à cela que tout se résume.
C'est au
moment où le capitaine Achab perd son foc que l'on comprend que son sort
est scellé. Le Pequod n'étant plus manœuvrable, le diabolique cétacé va
avoir beau jeu de l'envoyer par le fond.
La vie est
pleine de déboires, de déceptions et de portes coulissantes. À chaque
instant, dans la rue, au bistrot, dans sa salle de bain, on risque se
faire pincer très fort (comme Serge le lapin). Il faut être constamment
sur le qui-vive.
Kafka était
trop bien élevé pour se suicider, mais l'être n'était pas son fort. Il
s'est forcé à écrire une couple de romans, mais il a fallu qu'il prenne
terriblement sur soi. Car tout le faisait suer à un point qu'on
n'imagine pas (ou difficilement).