Tous ces
romans, toutes ces sonates, tous ces tableaux de peinture, à quelle fin
ont-ils été créés ? À une seule et unique fin : promouvoir le Moi de
leur auteur.
Les
énergumènes qui aiment la vie s'exclament chaque matin en s'éveillant :
« Ô joie suprême ! Ô bonheur ineffable ! Nous sommes vivants ! » Et en
effet ils sont vivants, les monstres.
« Oublie tes
soucis et viens faire la folie ; on t'invite à la magie, y a pas de
raccourci », entend-on parfois dire. Mais si ! Il y a un raccourci ! Et
ce raccourci s'appelle : l'homicide de soi-même.
On croise un
quidam dans la rue et l'on se demande : « Est-il possible que ce quidam
présente de l'intérêt pour quelqu'un ? Manquerait-il à quelqu'un s'il
disparaissait ? » La réponse est oui, presque toujours, mais cela ne
nous empêchera pas de continuer à nous poser la question.
Interroger le
partisan de l'Algérie française Pierre Lagaillarde à propos de bottes
d'oignons (pour voir ce qu'il peut en dire en rapport avec les
événements).
En sortant de
l'école, âgés de dix ans à peine, nous rencontrons un grand chemin de
fer qui nous emporte, lentement mais sûrement, au pays des « vieux
jetons ». Après moult péripéties, nous arrivons à destination, et là, on
n'a plus qu'une chose à faire : attendre de clamecer.
À force
d'élaguer, de décanter, de quintessencier sa pensée, on obtient quelque
chose qui ressemble à un os de seiche — un os qui resplendit non dans
la cage d'un serin mais dans le silence rutilant du vide.
Chez Hegel,
la raison forme le rationnel comme objet de pensée, contrecarrant
incessamment les initiatives de l'infini infundibuliforme. Cela,
pensons-nous, doit s'arrêter, et le plus tôt sera le mieux.
Quel est ce
mystérieux « institut d'Angers qui opère sans danger des plus jeunes aux
plus âgés on peut presque tout changer excepté ce qu'on ne peut pas » ?
Un piège ? C'est possible. Un complot ? Nous verrons.
À cause de
Lautréamont, il est pratiquement impossible d'emprunter la rue de
Castiglione sans penser à un rhinocéros. C'est caïman un réflexe
conditionné.
Au dire du
situationniste Guy Debord, « nous tournons en rond dans la nuit et nous
sommes dévorés par le feu. » — Et pourquoi pas, après tout ? Ce ne
serait pas pour nous surprendre !
Celui qui,
comme Émile Cioran et les bouddhistes, révoque en doute la réalité du
monde réel, il est mis au ban de la société des hommes. Sa situation
rappelle celle de l'arien Théonas de Marmarique, condamné par le concile
de Nicée pour avoir contesté la divinité du Christ. On ne plaisante pas
avec ces choses-là.
Les méthodes
brutales du destin — le « fatum » des Romains — ainsi que son culte
du chef nous font soupçonner qu'il s'agit d'un ancien cagoulard,
peut-être Jacques Corrèze.
« Je ne
fréquente pas Beckett, moi ! Je ne converse pas avec Ionesco, moi ! Je
ne discute pas de mythes avec Eliade, moi ! Je ne veux pas qu'on me
martyrise avec des couteaux empoisonnés, moi ! Et surtout, surtout : je
ne veux pas que le néant me regarde avec ses yeux ! »
Nonobstant la
rumeur et la contre-rumeur, le pessimisme n'est pas un
anti-inflammatoire non stéroïdien. Voir tout en noir ne soulages pas —
tout le contraire, même.
On aurait
bien besoin d'aide pour affronter tout ça — la vie c'est-à-dire —,
mais de l'aide, autant en demander à un âne dans les Cévennes ou à un
canoë sur les rivières du Nord.
L'une des
incongruités de la vie est qu'on se sent moins seul quand on l'est
réellement que quand on est avec des gens qui prétendent vous connaître
mais qui en fait n'ont pas idée.