dimanche 17 février 2019

Constipation et révolution


Les révolutionnaires ont toujours soupçonné la constipation de porter les esprits à un désespoir stérile et à on ne sait quelle angoisse métaphysique qui détourne l'attention des injustices d'ici-bas, qu'ils désirent abolir, et de la condition des misérables, qu'ils sont pressés de transformer. Ils accusent ce désordre intestinal de provoquer d'obscures et vaines rêveries qui font apparaître à la fin tout effort — et pas seulement celui de « faire » — absurde et insensé. Va-t-on impunément laisser le « Suisse », par son mauvais vouloir, miner le moral des ouvriers de l'avenir?

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Exostose


L'idée du Rien, exostose où s'agglutinent les récréments de l'âme.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Interlude

Jeune fille lisant la Mathématique du néant de Włodzisław Szczur

Un pionnier de la nihilologie


En 1933, le recteur de l'université de Leyde, J. Huizinga, choisit pour thème de son discours solennel : L'Idée du Rien chez Raymond Doppelchor. Il en reprit et en développa les thèses dans un travail original et puissant publié en 1938, Homo nihilensis. Cet ouvrage, contestable en la plupart de ses affirmations, n'en est pas moins de nature à ouvrir des voies extrêmement fécondes à la recherche et à la réflexion. C'est en tout cas l'honneur durable de J. Huizinga d'avoir magistralement analysé plusieurs des caractères fondamentaux de l'idée du Rien et d'avoir démontré l'importance de son rôle dans le développement même de la civilisation.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Détachement cupressiné


Fastigié tel un cyprès, indifférent à la logique des cupulifères, je languis dans le hamac de l'haeccéité.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

samedi 16 février 2019

Interlude

Jeune fille lisant la Mélancolie bourboulienne de Léon Glapusz

À la grâce de Dieu


Loyola professait qu'il fallait agir en ne comptant que sur soi, comme si Dieu n'existait pas, mais en se rappelant constamment que tout ne dépendait que de sa volonté. Et c'est bien ce que fait le constipé « crispé sur son soliloque » !

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Sancta ignorantia


Je vis dans la futaille du non-savoir.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

jeudi 14 février 2019

Le monde


Les figures de cauchemar qui grouillent dans cet habitacle de l'ignoble renforcent mon inclination à la pochardise et au suicide.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Interlude

Jeune femme lisant les Exercices de lypémanie de Marcel Banquine

Dédain de la durée


Contrairement à l'artiste de l'âge classique, le sujet déféquant renonce expressément à la qualité, et par conséquent à la durée. Ce sacrifice lui coûte peu, car il désire justement que son œuvre soit actuelle et qu'elle réponde aux besoins — pressants ! — de l'heure. L'excrément n'a pas pour modèle le buste qui survit à la cité. Son créateur ne fait rien pour le sauver du désastre qui le guette. Il n'essaie même pas de lui assurer la longévité des palais et des temples. On dirait qu'il se contente de la plus fragile demeure : baraque de planches ou cabane de roseau.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Salop de cogito !


La pensée est infâme en tant qu'elle attise l'illusion d'exister.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

mercredi 13 février 2019

Interlude

Jeune femme posant devant les œuvres complètes de Robert Férillet

Critique littéraire


« Ausculter l'idée du Rien, étudier sa façon d'investir peu à peu la pachyméninge jusqu'à la soumettre entièrement ; décrire les cruautés de l'haeccéité ; raconter les souffrances de l'homme du nihil embouqué en d'usuelles asphyxies, et le soulagement fugace que lui procure le vocable reginglette ; peindre l'insolence du Moi, la vilenie du monstre bipède... Le plan était séduisant, majestueux et des plus instructifs ; mais Doppelchor n'avait-il pas trop présumé de ses forces en essayant de reproduire un tableau qui, pour être dignement exécuté, aurait exigé dans le même écrivain l'érudition de Denys d'Halicarnasse et de Plutarque, la sagacité et le coup d'œil de Polybe, la pompe de Tite-Live, la vigueur de Salluste, la vue perçante de Tacite et l'inimitable énergie de son mâle pinceau ? » (Stylus Gragerfis, Journal d'un cénobite mondain)

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Biture express


Je bois de l'alambic consciental au goulot.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Interlude

Jeune femme lisant Prière d'incinérer. Dégoût de Luc Pulflop

Ni dieu ni diable


Les constipés rapportent tout au sentiment de l'infini, qui les obsède. Ils supportent mal les bornes de la condition humaine et d'un même mouvement se dressent contre le Créateur, la création et les créatures. Renonçant à émouvoir le ciel, ils cherchent à mettre en branle les puissances de l'abîme. Mais c'est en vain : « quand ça ne veut pas, ça ne veut pas »... En désespoir de cause, ils doivent faire appel au médiateur du « cas » par excellence : le jus de pruneau.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

mardi 12 février 2019

Aventures de mer


À la barre d'un dogre postiche, glisser sur la surface molle du pachynihil, loin des récifs coupants de l'idée.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Interlude

Jeune femme lisant l'Océanographie du Rien de Raymond Doppelchor

Un lâche reniement


Au fond du monde ignoble des viscères, parmi une foisonnante et trouble fermentation, lentement mûrit l'excrément. Exegi monumentum ære perennius ! pourrait s'exclamer le « boyau culier » au moment du pousser. Hélas ! Sitôt projeté dans l'Ouvert rilkien, ce fruit d'une divine ardeur, anxieux de s'exhausser à l'impérissable, se hâte de renier son origine immonde ! — Ô vanité des vanités ! Ô rictus bestial de l'existence !

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Das Dasein liquidieren, ja ?


Comme j'aimerais à révolvériser l'exécrable Dasein pour parfaire enfin mon incomplète solitude !

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

lundi 11 février 2019

Interlude

Jeune femme lisant les Pensées rancies et cramoisies de J. Zimmerschmühl

La glorieuse incertitude du « faire »


La défécation est une aventure où, jusqu'au dernier instant, demeure une incertitude périlleuse et salutaire. De la machine, l'objet sort impeccable mais toujours identique ; et de la graine, au temps voulu, la même tige, la même fleur, avec la même splendeur. Tandis que du « boyau culier » !...

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Proème


Ce pistolet grenu et mafflu est l'exorde d'un discours, le préambule d'un chant : un simple proème.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Interlude

Jeune fille lisant Georges Sim et le Dasein de Maurice Cucq