mardi 31 mars 2026

C'est frais, c'est aux fruits

 

Aigri, on ne l'est jamais assez. Seul non plus. L'aigreur, la solitude, c'est comme le Banga : on n'en boit jamais trop — si tant est que l'on puisse parler de boire pour la solitude.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Quête spirituelle

 

Les personnes poursuivant une « quête spirituelle » sont immensément comiques. Imagine-t-on une fourmi, fût-elle longue de dix-huit mètres et portât-elle un chapeau sur la tête, poursuivre une « quête spirituelle » ? Non. — Alors ?
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Commotion

 

Au moment précis où vous prenez conscience que, comme Socrate, vous êtes mortel, un lourd morceau de plâtre tombe de votre « conscient intérieur », y laissant un trou aux contours de la Sicile.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Un conconino

 

Le monstre bipède brille si peu par son intelligence qu'on pourrait croire qu'il habite la ville de Concón (dans la conurbation de Valparaiso).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

lundi 30 mars 2026

Tous des Poitou

 

Nonobstant qu'on ne nous a pas décerné la Légion d'honneur et que nous n'exerçons pas nos talents dans la chaussure, nous sommes tous des André Poitou.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Bien dur

 

Le « vieux jeton » n'est plus dans la course, c'est ça qu'il faut qu'il se mette dans le crâne. Mais c'est dur, oh, c'est bien dur.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Un Mède

 

S'il faut en croire Georges Récipon, le sculpteur Bourdelle avait les mœurs non d'un Assyrien mais d'un Mède. Il se vêtait comme un Mède, s'exprimait dans la langue des Mèdes, disant par exemple skapa pour chien, et cætera.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Ruine du Tasse évitée de justesse

 

S'il n'avait pas été renfloué in extremis par l'Arétin, le Tasse aurait bu le bouillon, ça ne fait pas l'ombre d'un doute : il était perclus de dettes.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

dimanche 29 mars 2026

Lampe Pigeon

 

Parménide dit que les cadavres sont encore sensibles au froid, au silence et à l'obscurité. Pour le grand voyage, il recommande de se munir d'un slip en laine et d'une « lampe Pigeon ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Condition humaine

 

Temporalité du temps ; mortalité de l'être mortel ; sentiment malaisant d'être une « chose particulière » ; solitude existentielle... Les conditions sont dures, dans la cave de M. Podlaha !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Kafka au bistrot

 

Kafka a exprimé le désespoir de l'homme devant l'absurdité de l'existence, puis il est allé boire un bon coup au bistrot, au dire de Max Brod. L'auteur du Procès voulait sans doute « oublier tout ça », suppose Brod.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Un mec pas dérangé

 

L'Hippolyte de Phèdre est ce qu'on appelle un « mec pas dérangé ». Il se vante d'avoir poussé la vertu jusqu'à la rudesse. Il tient pour acquis qu'on sait de ses chagrins l'inflexible rigueur et affirme que le jour n'est pas plus pur que le fond de son cœur. Il ne faut pas être dérangé pour dire des choses pareilles.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

samedi 28 mars 2026

Langue pure du Tasse

 

On ne peut manquer d'en être frappé quand on lit La Jérusalem délivrée : c'est une langue d'une pureté incomparable que ce diable de Tasse manie.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Andréa c'est toi

 

L'homme est si peu fait pour la solitude qu'il ne recule devant aucune humiliation pour y échapper. Il se tourne vers la première créature venue et, suivant le conseil du chanteur Boby Lapointe, la supplie de dire à mémé qu'on s'en va.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Synesthésie

 

Quand le mnémoniste russe Solomon Cherechevski était confronté au nombre quatre-vingt-sept, une image se présentait immédiatement à son esprit : celle d'une grosse femme accompagnée d'un homme tortillant sa moustache. Le mnémoniste mourut à l'âge de soixante-douze ans. Soixante-douze : un homme tortillant sa moustache accompagné d'une femme de haute spiritualité.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Attends, toi, tuouaouar

 

Patience Escalier est un jardinier provençal dont Van Gogh a fait le portrait. Son nom est entré dans le langage commun. À quelqu'un qui ne perd rien pour attendre, par exemple le facteur Joseph Roulin, on dit : « Patience, escalier ! » Ou si on ne le dit pas, on pourrait le dire.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

vendredi 27 mars 2026

Un gros con : le videur du Panthéon

 

« Toi, tu peux entrer ; mais ton terrible cortège, là, ça ne va pas être possible.
— Pourtant, M. Malraux a dit...
— Je me fiche de ce qu'a dit M. Malraux. Ils n'entrent pas. T'as vu comment ils sont nippés ? »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Monet get away

 

On veut bien qu'il n'y ait pas de sot métier, mais tout de même, peindre des nymphéas... Qu'est-ce que cela veut dire ? Le monde n'est pas assez absurde ? Il faut lui ajouter des nymphéas ? Monet ! Get away ! Get a good job with more pay and you're okay !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Bananages en série

 

« Il faut croire que ce n'était pas assez de se faire bananer par toutes les choses, le monde, la mer, les forêts ; il fallait encore se faire bananer par toutes les roses que l'hiver prépare en secret.
— Mon pauvre vieux. Je te plains. »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Bien cachée

 

À l'intérieur de toute mégère difforme au faciès d'hippopotame se cache une jeune fille giralducienne. Mais pour la retrouver dans tout ce gras...
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

jeudi 26 mars 2026

Peindre malgré tout

 

Dans son traité Sur le non-étant, Gorgias a démontré que : premièrement, rien n'existe ; deuxièmement, même s'il existe quelque chose, l'homme ne peut l'appréhender ; troisièmement, même si on pouvait l'appréhender, on ne pourrait ni le formuler ni l'expliquer aux autres. Et cela paraît sensé, mais puisque rien n'existe, l'argumentation de Gorgias n'existe pas non plus, ce qui explique que le monstre bipède continue de faire des tableaux de peinture comme si de rien n'était. Il faut dire que peindre, c'est sa passion.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Henry Chinaski's lesson of life

 

Charles Bukowski a réussi à tenir soixante-treize ans et demi, malgré cet effrayant pichtegorne dont il s'imbibait sans interruption ou quasi. Son incroyable longévité est aussi une magnifique leçon de vie.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Inventivité du lypémane

 

Que peut-on faire ? On ne sait pas quoi faire. Alors on s'invente des occupations, comme de dormir sur un canapé en laine, la casquette rabattue sur le nez.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

L'art n'empêche rien

 

« Avoir tout l'œuvre de Callot et cependant commettre l'homicide de soi-même », a écrit Luc Pulflop. Et en effet, l'art n'empêche rien. Exemples : Jules Pascin (pendaison) ; Nicolas de Staël (défenestration) ; Mark Rothko (vénisection) ; le Parmesan (éparpillement dans un plat de linguine à la crème).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mercredi 25 mars 2026

Acrophobie

 

Les stylites étaient des gars qui n'avaient pas le vertige, il faut leur reconnaître ça.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Le destin attendra

 

En supposant même que notre destin nous attende à Pouldreuzic ou à Piatigorsk sous la forme d'une merveilleuse beauté bigoudène ou nord-caucasienne, tant pis, il attendra. Pour la différence que cela fait... On sait déjà comment ça se termine, le destin.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Le gouffre

 

Pour cent personnes qui sortent du lot, il n'y en a pas une qui méritait de sortir du lot. Comme disait Baudelaire, tout est abîme. En haut, en bas, partout, la médiocrité. Le vide affreux et captivant. Il faudrait ne jamais sortir des nombres. Parce que les êtres...
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Prévisions météorologiques

 

Les expressions de « ciel de traîne » et de « couloir rhodanien » nous courroucent. Assez de ciels de traîne ! Assez de couloirs rhodaniens ! Du possible ! Du possible, sinon nous étouffons !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mardi 24 mars 2026

Lassitude de Giacometti

 

Le 11 janvier 1966, en fin de matinée, le peintre et sculpteur Alberto Giacometti regagne à pied son domicile en suivant la rue de la Gaîté. Il vient d'acheter de la charcuterie. Tout à coup il s'arrête, pose à terre son paquet, s'assied sur le trottoir et meurt. Comme l'architecte David Vincent, il était « un homme trop las pour continuer sa route ». Si un vaisseau spatial s'était posé dans les parages quelques minutes après, ç'eût été le bouquet — mais non.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)