La
dyne est une ancienne unité de mesure de la force. Elle est définie
comme la force requise pour accélérer de 1 gal une masse d'un gramme. Il
en découle qu'une dyne vaut exactement un cent-millième de newton. On
dit — mais cela est-il vrai ? — que la physicienne connaît le prix
d'une dyne pure.
La
joie qui submerge le suicidé philosophique au moment où il presse la
queue de détente ne peut se comparer qu'au bonheur ineffable de La
Fontaine quand il fut admis à l'Académie française (en 1684).
Non
contents de s'opposer sur des questions de logique, Bertrand Russell et
Ludwig Wittgenstein s'accusaient mutuellement d'avoir volé l'orange du
marchand. Appelé à arbitrer leur conflit, G.E. Moore déclara que la
notion de bien était indéfinissable au sens classique et que la seule
définition qui pût en être donnée était une définition ostensive,
c'est-à-dire hors du langage.
On
n'échappe pas à l'imposture, même par l'homicide de soi-même. Tous les
suicidés sont des imposteurs. Ils font « jore ». « Regardez comme je me tue ! » — Le Moi, toujours le Moi !
Le
philosophe Heidegger est une sorte de « commissaire Pellegrini de
l'ontologie ». Il s'est emparé du dossier de l'être et veut savoir qui a fait
le coup. Il enquête, il interroge des témoins, il fait des filatures...
mais au final ne trouve rien. Les éons ont tous un alibi.
Ils étaient « au bistrot à jouer aux petits chevaux ».
Ces
pays dont on ne sait trop comment prononcer le nom, par exemple la
Bouriatie, sont irritants au plus haut degré. On voudrait n'être jamais
venu au monde.
Est-il
vrai que Hugo avait l'entrain de Javert ? Il faudrait pouvoir le
demander à Juliette Drouet. Quant à ceux qui prétendent que Flaubert n'a
jamais été sosie d'Homais, on aimerait savoir d'où ils le tiennent.
Comment en être sûr ? C'est impossible !
Les
Incas pratiquaient les sacrifices humains alors qu'Émile Cioran,
pourtant un misanthrope renforcé, prônait un rapport plus apaisé, moins
sévère à Viracocha. Il n'exterminait qu'en paroles.
Dans
la réalité empirique, il y a plusieurs sortes de chaque chose. Le Dasein est donc obligé
de faire des choix à tout instant, par exemple quand il doit « meubler
son intérieur ». Comme choisir est extraordinairement
compromettant, il préférerait qu'il n'y ait qu'une seule
sorte de tout.
Dans
la Bible, Simon dit Pierre est pittoresque et entreprenant, il est
l'incarnation du « gars sûr » — tandis que Judas personnifie le garagiste de La Bourboule.
On
peut se coller un couvercle de bocal de cornichons entre la lèvre
inférieure et la gencive autant qu'on veut, on n'aura jamais l'air aussi
con que le vrai « cacique Raoni ». C'est comme ça, la vie. Rien ne
marche. On essaie de bien faire et on se fait rabrouer.
Le
véritable « cabossé de la vie » passe inaperçu, y compris à lui-même.
Dans sa naïveté, il ne sait pas qu'il est un « cabossé de la vie ». Le
faux, au contraire, porte un petit chapeau et chante d'une voix éraillée
en s'accompagnant au piano. Toutes ses mélopées disent la même
chose : « Regardez comme je suis cabossé ! Je suis un cabossé de la vie ! » Et ça paye. Le faux cabossé roule carrosse pendant que le vrai se déplace à
pied ou à mobylette.
« Levez-vous
vite, oranges du marchand, qui devez emporter René dans les espaces
d'une autre vie ! » Ainsi disant, Crevel marchait à grands pas, tel un
prophète hébreu.
Il
y a des gensses — des disciples de Protagoras ou de Marsile Ficin ? — qui veulent mettre l'humain au centre du monde, il paraît. S'ils
réussissent, ça va être beau. Au centre du monde ! L'humain ! Ce pou !
La
femme ne conçoit pas qu'on puisse souhaiter passer sa vie au lit à
rêvasser. Elle veut « faire des choses ». Elle veut « visiter des sites ». On dirait qu'elle n'a pas d'âme. Weininger avait
raison.
Après
toutes ces années passées en tête-à-tête avec le Moi, on ne peut plus
le voir en peinture. On aimerait le fuir aussi loin que possible.
Peut-être dans les Vosges ? Peut-être à Saint-Dié ? Ça doit être pas
mal, Saint-Dié ? Ou peut-être Remiremont ?
Parmi
les choses les plus hideuses fabriquées par le monstre bipède figurent
les constructions du Corbusier. La chapelle Notre-Dame du Haut à
Ronchamp — Ronchamp ! — est d'une laideur quasi surnaturelle. Quand
on voit ça, on est obligé d'exalter prodigieusement son dynamisme
fluidique, parce que sinon...
Drôle
de destin, que d'être fait d'atomes s'enchaînant les uns aux autres par
des liaisons covalentes ! On est comme qui dirait un « composé
organique ». Comme tel, on n'a pas d'avenir. On se sent, tel le dronte,
promis à l'extinction. Il aurait mieux valu être une pierre dure
rotacée.
Il
n'y a que dans les journaux que les gens s'éteignent. Dans la réalité,
ils clamecent et c'est beaucoup moins jojo. « Untel s'est éteint »,
peut-on lire. Ou encore : « Untel a disparu. » Il a disparu ? Comment ça,
il a disparu ? On ne disparaît pas comme ça ! — mais il faut croire
que si.
Si
quelqu'un vous demande : « Comment c'est, Dostoïevski ? », vous devez lui
répondre : « Le maître russe a pénétré plus avant que personne dans les
labyrinthes de l'âme slave. » C'est une solution JEUNE et qui marche
pratiquement à tous les coups.
Le
nom Urba-Gracco nous fait penser à la fois à Kafka — à cause du
chasseur Gracchus dont la barque est mue par « un vent qui souffle dans
les plus profondes régions de la mort » — et à un mainate nommé Gérard.
Flaubert
ne pouvait pas sacquer Casimir Delavigne. Il l'appelait « un médiocre
monsieur » et le tenait pour un opportuniste, un lèche-cul et un sucepin
(hypopitys monotropa).
L'étant
existant est un être-pour-la-mort, comme l'a bien vu Heidegger. Depuis
le jour de sa naissance, il a rendez-vous avec la mort. Il ne peut pas
se permettre d'être en retard, car il s'exposerait à des pénalités.
Cependant, il n'y a pas à tortiller, il doit d'abord passer chez
Jéricho. Et il a beau savoir que Jéricho sert illico, il n'est pas
tranquille.