samedi 5 octobre 2024

I buried Pan

 

Suétone raconte que du temps de Tibère on entendit crier dans les forêts : « Le grand Pan est mort ! » Tacite penche plutôt pour : « Sauce à la canneberge ».
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

Va donc chez Blanchot

 

Nous n'allons pas faire au réel le plaisir de parler de lui sérieusement. S'il veut du sérieux et du profond, il n'a qu'à s'adresser à Blanchot ou à Brice Parain.
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

Parasitisme

 

On peut être d'accord avec le professeur Körber quand il dit, dans son ouvrage Parerga lichenologica (Breslau, E. Trewendt, 1865), qu'il n'y a chez le lichen aucune évidence de parasitisme. Mais chez la femme, c'est autre chose. Vivre aux crochets d'une « poire » est chez elle une vocation.
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

vendredi 4 octobre 2024

Monde éternel, monde engendré

 

Le monde pris en soi, dans sa substance, dans son être, abstraction faite des qualités qui le déterminent, est éternel. Par contre, le monde tel qu'il est aujourd'hui, dans son mouvement actuel, est engendré. Ça vous en bouche un coin, hein, les pots de pisse ?
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

Pauvreté stylistique et homicide de soi-même

 

Presque toujours, si l'on se pend, c'est faute de posséder un style aussi riche que celui de Tite-Live ou aussi véhément que celui de Salluste pour exprimer son dégoût de la vie.
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

Bataille de Philippes

 

Il y a fort à parier que comme Brutus, le poëte Paul-Jean Toulet eut le triste présage du sort qui l'attendait à la bataille de Philippes. Ça se sent dans ses poëmes. Dans chacune de ses contrerimes, on sent le quidam qui sait qu'il va mourir à la bataille de Philippes. Et de fait, le lundi 6 septembre 1920...
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

Pas libre

 

« Je peux pas, là, je suis pas libre.
— Comme Claude-Emmanuel ? Le compositeur du Prélude à l'Après-midi d'un sexe aphone ? »
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

jeudi 3 octobre 2024

Monde étagé

 

Quelle mouche a bien pu piquer Jean Philopon pour qu'il s’oppose à la théorie du monde étagé de Cosmas Indicopleustès ? Elle est pourtant astucieuse, cette idée d'un univers réparti sur deux étages superposés... D'un univers en forme de parallélépipède rectangle... Il faut dire que Philopon avait la manie de tout dénigrer. Il s'en est même pris à Théodore de Mopsueste et à Proclus. C'est tout juste s'il n'a pas attaqué Basile de Césarée. Une vraie tête à claques.
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

Un plaisir d'esthète

 

Contempler un tableau de Bram van Velde, le soir, au fond des bois... Avec en arrière-plan le son du cor et les aboiements de la meute... Ah ! Quel délice !
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

Syndrome de l'écrivain

 

Nous avons tous des moments de faiblesse, comme de penser à la tombe de Celan ou de ramer sur l'étang de Soustons. Mais de là à le publier ! De là à en informer la terre entière !
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

L'endroit où l'on en bave des rondelles

 

La capitale de la douleur, ce n'est ni Paris — contrairement à ce que soutient le poëte Éluard — ni Bichkek — qui est la capitale du Kirghizstan — mais Bezons, dans le Val-d'Oise. On y dérouille comme ce n'est pas permis.
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

mercredi 2 octobre 2024

Une extravagante obsession

 

Beaucoup de gens pensent et même « croivent » que pour n'avoir pas à reconnaître, au moment du bilan, qu'ils ont gâché leur vie, ils doivent s'efforcer d'être heureux un maximum de minutes, d'heures et de jours. Mais il y aurait beaucoup à dire là-dessus ; car le bonheur pue pas mal du cul. Et puis gâcher sa vie... Qu'est-ce qu'on peut faire d'autre ?
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

On demande des moroses

 

Les gens à joie de vivre, on aimerait leur faire rentrer leur joie de vivre dans la gorge à l'aide d'une pince à circlips. Ils nous dépriment, avec leur joie de vivre. Nous, ce qu'on veut, c'est des moroses. Des moroses, vous entendez ?
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

Scepticisme thrace

 

Plusieurs entre les Thraces niaient l'immortalité de l'âme, mais lesquels précisément, nous ne saurions le dire.
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

mardi 1 octobre 2024

Lapins


Parmi les individus, et ils sont nombreux, qui méritent le supplice du pal, il y a ceux qui aiment répéter qu'il ne faut pas les prendre pour des « lapins de six semaines ». À ces individus, nous disons solennellement : trouvez autre chose ou vous allez finir empalés, c'est clair ?
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

Physiognomonie

 

D'après Lavater, la narine petite est le signe d'un esprit timide, incapable de hasarder la moindre entreprise. Or regardez, nous avons justement la narine petite ! N'est-ce pas extraordinaire ?
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

Explosions


Humboldt raconte que lors de son séjour sur la côte de l'Équateur, le 4 janvier 1803, les détonations du volcan Cotopaxi ébranlèrent les fenêtres dans le port de Guayaquil, et qu'alors son secrétaire Bonpland fit semblant de croire que c'était lui, Humboldt, qui avait largué une série de caisses. La marrade !
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

Pourquoi l'homme

 

La Bible nous informe que Dieu a créé l'homme mais elle ne dit pas pourquoi. La réponse est simple : l'homme a été créé pour nous pourrir la vie. Il faut toujours qu'il prenne des articles où il n'y a pas le prix ! Ou encore pis, il veut une facture !
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

lundi 30 septembre 2024

Sentiment du bonheur

 

Le bonheur est le sentiment d'avoir comparativement de la chance, et le malheur, celui d'avoir comparativement de la malchance. Une solution pour se trouver heureux est donc de ne se comparer qu'à des individus affublés de dondons acariâtres et frappés d'un panaris (à supposer qu'on ne le soit pas soi-même).
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

Trois écoles

 

Pour détruire les pucerons, Pallade dit (De re rustica, liv. I, ch. 35.) d'employer le jus de jusquiame mêlé de fort vinaigre. Ferrari conseille (Flora, liv. III, ch. 4.) d'employer l'huile de pétrole. Doppelchor propose une méthode toute différente : il préconise (Océanographie du Rien, ch. 3) de se pendre avec une ficelle qu'on a attachée au portique d'entrée du potager. Car en se tuant, assure-t-il, on détruit le monde et les pucerons avec.
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

Naître en Belgique

 

Quoi qu'en dise le poëte Baudelaire, on naît en Belgique aussi bien qu'ailleurs. Il eût d'ailleurs été un comble que l'obstétrique fût négligée dans la patrie de Palfin !
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

dimanche 29 septembre 2024

Un fruit amer

 

Une fois inculpé par le juge Boizette dans l'affaire Pechiney-Triangle, c'est l'orange amère du désespoir que Roger-Patrice pela.
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

Nudisme existentiel

 

D'après Lawrence Durrell, ce n'est pas à Limassol qu'il faut se promener à poil de Nicosie, mais bel et bien à Paphos. Il y a moins de monde et on se fait moins remarquer.
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

Adieu, Bourboule aimée !

 

Au premier siècle de notre ère, rapporte Valère Maxime, quand on habitait Marseille et qu'on était fatigué de vivre, on pouvait se présenter devant le conseil des Six-Cents, et on expliquait aux timouques pourquoi on en avait assez. Si on était suffisamment convaincant, ils vous fournissaient une potion à la ciguë et on pouvait dire adieu aux rhumatismes, à La Bourboule — ainsi bien sûr qu'à la philosophie marcellienne.
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

Ermanesse

 

Il n'y a rien de plus déplaisant qu'une personne qui lit des livres. Elle veut, comme on dit vulgairement, « péter plus haut que son fiacre ». En plus, il faut voir ce qu'elle lit ! De l'ermanesse !
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

samedi 28 septembre 2024

Doctrine cynique

 

« Diogène de Sinope, selon Lucien, recommandait d'avoir un visage renfrogné, la mine barbare et les manières farouches ; de gronder tout le monde et de trouver à redire à tout ; d'être sans douceur, sans pudeur, sans humanité ; de vivre dans la foule comme s'il n'y avait personne. Il disait aussi que celui qui s'ennuie de vivre, il lui suffit de prendre un grain d'arsenic pour s'envoyer dans l'autre monde. Tout cela constitue ce qu'on appelle la doctrine cynique.
— Par ma foi ! Il y a plus de quarante ans que je suis cynique sans que j'en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m'avoir appris cela. »
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

Monde carré

 

Dans son épitaphe pour Dungal, Alcuin écrit : « Te precor, omnipotens quadrati conditor orbis », c'est-à-dire « Je te prie, tout-puissant créateur du monde carré ». Il tient pour acquis que la terre est carrée, mais contrairement à Bender, il ne suppose pas que nous vivons à l'intérieur.
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

Georges le méconnu

 

On ne sait trop si l'on doit classer Georges Chœroboscus parmi les rhéteurs — il n'a composé qu'un seul traité sur les figures, outre ses écrits qui appartiennent à la grammaire —, mais une chose est sûre, on doit le classer parmi les gens peu connus. Les grammairiens byzantins du IXe siècle, on dirait que tout le monde s'en fout !
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)

Épitaphe

 

« Il vécut sous les empereurs iconoclastes et mourut exilé pour la foi orthodoxe. » Voilà une épitaphe qui pourrait nous convenir. Ça ne sonne pas mal. En plus, les gens croiraient que c'est saint Clément l'Hymnographe qui est enterré là. On se paierait leur tête, à ces pots de pisse..
 
(Lucien Ganne, Syllogismes de la mer Rouge)