« Qu'est-ce,
au juste, qui fonde l'historialité du Dasein, si ce n'est la finitude de
la temporalité ou, si l'on préfère, l'impuissante surpuissance de la
mort ?
— Je ne sais pas. La reine d'Angleterre ? Le pape François ? Ce n'est pas facile, comme question ! »
« Sois raisonnable, quoi... Tu es vieux, tu es vieux, qu'est-ce que tu veux que je te dise... Ça ne sert à rien de se rebiffer.
— Mais c'est que je ne veux pas être raisonnable, moi ! Je ne veux pas
qu'on me jette dans le feu, moi ! Je ne veux pas qu'on me martyrise avec
des couteaux empoisonnés, moi ! Mais surtout, surtout, je ne veux pas
que le Rien me regarde avec ses yeux ! »
Le poëte
Ghérasim Luca a déclaré dans sa lettre d'adieu que s'il se suicidait,
c'était « parce qu'il n'y a plus de place pour les poëtes dans ce
monde ». Il s'est jeté dans la Seine, du coup.
Outre
Verlaine lui-même, le « groupe Verlaine » incluait Arthur Rimbaud,
Tristan Corbière et Germain Nouveau. Ces quatre poëtes, quoique de
sensibilités diverses, étaient mus par un même idéal : l'isolation par
l'extérieur (avec contrat de maintenance et aides de l'État).
D'après Émile
Cioran, la défaite nous apporte une vue plus exacte de nous-mêmes,
alors que Simone, ce n'est pas du tout la même chose, elle nous apporte
une tarte aux poireaux. Oh là là, mais c'est que ça a l'air délicieux !
Un jour, le
philosophe Jankélévitch décida de « penser la mort ». Et c'est ce qu'il
fit ! Il « pensa la mort » ! Le résultat de ses investigations peut être
consulté dans son ouvrage Penser la mort.
Heidegger
déconseille au Dasein de porter des sous-pulls en viscose, car d'une
part ça gratte, d'autre part le Dasein est alors « empêtré » et
« empêché » de retrouver son être le plus propre, que seule la
conscience authentique de la mort peut lui restituer.
« 7 octobre.
Je rencontre Bergson, fusil en bandoulière. “Bonne chasse ?” Il ne
répond pas mais me gratifie d'un sourire jusqu'aux oreilles, ouvre son
carnier et me montre les concepts qu'il a abattus, parmi lesquels se
trouve... l'élan vital ! Je n'en crois pas mes yeux. » (Léon
Brunschvicg, Journal spinoziste, Paris, Alcan, 1907)
Devenu
aveugle, l'écrivain Borges se trouva victime d'un « trouble de stress
post-chromatique ». Il disait qu'il était complètement « dans le pâté ».
Il ne distinguait plus les couleurs.
Chaque
aphorisme est un message que l'on jette à la mer en espérant qu'il
arrivera jusque dans les mains du Président de la République et que
celui-ci, ému par notre détresse, nous procurera argent, santé, ainsi
qu'une femme pourvue de volumineux « biberons Robert » qui nous aimera
malgré notre mauvais caractère.
Triste
destinée que celle de Régine Olsen. Après avoir été « l'écharde dans la
chair » du philosophe Kierkegaard, elle devint une « milf » puis une
« mature woman » et finalement... fut restituée au néant.
Chez Camus,
le gars Meursault a l'air un peu trop détaché de tout pour être honnête.
Sa comédie est assez au point, mais quand même, on n'est pas né d'hier.
Il n'y a pas
que l'œuvre de Bove : la nôtre aussi, si nous en avions une et qu'elle
eût été oubliée pendant quelques années, resurgirait sûrement « intacte,
sans une ride, avec la perfection insolite d'un codicille ». Bove,
Bove, il n'y en a que pour Bove.
Tous ces
romans, toutes ces sonates, tous ces tableaux de peinture, à quelle fin
ont-ils été créés ? À une seule et unique fin : promouvoir le Moi de
leur auteur.
Les
énergumènes qui aiment la vie s'exclament chaque matin en s'éveillant :
« Ô joie suprême ! Ô bonheur ineffable ! Nous sommes vivants ! » Et en
effet ils sont vivants, les monstres.
« Oublie tes
soucis et viens faire la folie ; on t'invite à la magie, y a pas de
raccourci », entend-on parfois dire. Mais si ! Il y a un raccourci ! Et
ce raccourci s'appelle : l'homicide de soi-même.
On croise un
quidam dans la rue et l'on se demande : « Est-il possible que ce quidam
présente de l'intérêt pour quelqu'un ? Manquerait-il à quelqu'un s'il
disparaissait ? » La réponse est oui, presque toujours, mais cela ne
nous empêchera pas de continuer à nous poser la question.
Interroger le
partisan de l'Algérie française Pierre Lagaillarde à propos de bottes
d'oignons (pour voir ce qu'il peut en dire en rapport avec les
événements).
En sortant de
l'école, âgés de dix ans à peine, nous rencontrons un grand chemin de
fer qui nous emporte, lentement mais sûrement, au pays des « vieux
jetons ». Après moult péripéties, nous arrivons à destination, et là, on
n'a plus qu'une chose à faire : attendre de clamecer.