Quand
Estragon dit à Vladimir : « Et si on se pendait ? », il a l'air de penser
que c'est à la portée de n'importe quel couillon, mais s'il avait lu
l'ouvrage d'Ambroise Tardieu sur la pendaison, la strangulation et la
suffocation (J.-B. Baillière et fils, Paris, 1870), il saurait qu'on a
vite fait de se luxer les vertèbres ou de se déboîter l'apophyse
odontoïde, et il ferait peut-être moins le malin.
Quand on contemple une magnifique paire de « biberons Robert », c'est comme quand on entend
Samson François jouer du Chopin : on a des frissons presque
partout. C'est un peu comme si on faisait une « crise de palu ».
Certains
disent que le meilleur moyen d'être heureux est de se tuer, quand
d'autres affirment que le suicide est contraire à la félicité de l'homme
et en veulent pour preuve que l'homicide de soi-même est en général « précédé des plus funestes agitations » et s'exécute « avec les symptômes
d'un affreux désespoir ». Comment savoir qui a raison ? Comment démêler
le vrai du faux ? Dans ce « monde de néant », tout est mou, marécageux et
plein de roseaux !
Dans
Les Possédés, l'ingénieur Kirilov se tue pour prouver sa liberté et son
insubordination, mais en fait, il prouve seulement qu'il n'a pas réfléchi au problème à fond.
Diogène,
le philosophe cynique s'efforçait de se libérer des conventions sociales
étouffantes de son époque. Il était un précurseur de
Jacques Kérouac.
Cosse
est le nom vulgaire donné aux valves des gousses et des siliques. Tout
le monde connaît les cosses du pois et du haricot, mais il y a aussi la
cosse de vivre, plus handicapante que celles du pois et du haricot
réunies.
Les
suicidés sont sympathiques à tout le monde. On les admire et on les
plaint. Pourtant, il y en a parmi eux qui, avant de se suicider, étaient
de franches canailles. Par exemple le dictateur roumain Nicolae
Ceauşescu.
Le
théologien Nicolas de Cues dit que même l'homme le plus savant
n'arrivera à la plus parfaite connaissance que s'il est trouvé très
docte dans l'ignorance même, et qu'il sera d'autant plus docte qu'il
saura que son ignorance est plus grande. Ce n'est donc pas la peine de
se « casser la nénette » à apprendre comment résoudre une équation de
Laplace par la méthode dite « des éléments de frontière ». Ce serait même
contreproductif.
La
théorie de la métempsycose doit être vraie car la vie inspire un « sentiment de dayjavou ». On a l'impression qu'on se faisait caguer avant
même le jour de sa naissance.
La
meilleure définition que l'on puisse donner d'un tas de fumier en
fermentation — et par extension de la réalité empirique — est celle
que propose le chimiste Raspail dans sa monographie sur l'acarus
marginatus : un foyer pullulant de la contagion et du parasitisme.
Horace
dit que « l'homme juste et ferme en ses desseins » doit demeurer
impassible, quand bien même la voûte céleste s'écroulerait sur lui ou
que sa bonne femme le tromperait avec un garagiste de La Bourboule. Mais on en reparlera quand ça lui arrivera, d'accord ?
Si
les savants voulaient se rendre utiles, ils découvriraient un fluide
gazeux capable de convertir en pierre l'étant existant — le fameux « Dasein » des existentialistes — sans altérer son organisation. Pour
l'étant existant, ce serait sinon le bonheur du moins la fin des ennuis.
Adieu gravelle et rhumatismes ! Adieu névralgies ! Adieu philosophie
marcellienne !
“Hippocastanacées
is a groundbreaking achievement, impeccably researched and brilliantly
argued. Henri-Marcel Chissant's work is accessible but also
comprehensive, really turning the topic on its head and taking an
unflinching look at the concept of monstre bipède. This is an ambitious
and timely piece that absolutely cannot be ignored.”
En
1964, Gabriel Marcel rencontre Emmanuel Levinas à l'Université Libre de
Bruxelles et l'informe qu'il a résolu le mystère de l'être. Ou sinon le mystère de l'être, du moins la question de sa
forme. « L'être est rond comme la roue d'une berouette », dit-il à
Levinas. Ce dernier lui répond qu'il aurait tout envisagé sauf ça.
Henri
Michaux était un drôle de faux jeton : il écrivait des livres et
mettait son nom dessus. S'il avait été d'Anvers, il aurait pu être
surnommé le Fourbe d'Anvers, mais il était de Namur.
Comme
au docteur Richet, il nous répugne de penser que l'appareil lacrymal
n'est qu'un hors-d'œuvre inutile, une superfluité. Ne nous servirait-il
qu'à pleurer sur les misères et les folies des hommes que ce serait déjà quelque chose.
Le
réel se sent trop faible pour agir « à drapeaux déployés ». Alors il
s'infiltre, il s'installe en tapinois dans chaque
compartiment de notre vie, il noyaute celle-ci qu'il voit comme une
organisation rivale... Il est lambertiste.
Voyager
est un leurre. D'une part, ça coule par les côtés ; d'autre part, où
qu'on aille, on transporte avec soi sa solitude et sa morosité. Et il y a encore autre chose : les gens d'ailleurs
sont encore plus louches que les gens d'ici — et ce n'est pas peu
dire.
“Achingly
beautiful! Coruscating! Wickedly funny! Chissant's Hippocastanacées
holds the reader's attention in an iron grip. It will appeal to the
serious scholar and general reader alike. A stunning debut!”
Pour
être heureux, une condition signée Couasnon est de manquer totalement
d'imagination. Quand on a la faculté de se représenter tout ce
qui pourrait arriver, on ne vit déjà pas — alors le bonheur...
Si,
après l'avoir affamé pendant plusieurs jours, on place le chat de
Schrödinger à égale distance de deux gamelles contenant des croquettes
Canaillou, il ne saura pas laquelle choisir et mourra de faim tout en
restant vivant d'un certain point de vue (celui de l'interprétation de
Copenhague).
“A
rollicking good time! Henri-Marcel Chissant is known for his
razor-sharp wit, and Hippocastanacées is no exception. Hilarious and
thought-provoking, this book had me laughing out loud from beginning to
end. An absolute delight, compulsively readable. I can't wait to see
what Henri-Marcel Chissant does next.”
Apollinaire
prétend qu'on a pavoisé Paris parce que son ami André Salmon s'y marie,
mais ça nous étonnerait beaucoup vu qu'André Salmon et son mariage,
tout le monde s'en tamponne le coquillard. Au cul, André Salmon ! Au cul, le mariage
d'André Salmon ! On a autre chose à penser ! On va clamecer, tu
comprends ?