Est-ce son
teint blafard ? Son crâne en pain de sucre ? Son intranquillité
pessoaïenne ? La sonorité de son nom ? Difficile à dire, mais le général
Bagration nous a toujours fait penser à un amphibien anoure, autrement
dit à un batracien.
Ce Pinard
dont les gerbes flambaient souvent ; ce Pinard qui, dans le Loiret,
armé, guetta ; ce Pinard qui pulvérisa le passant Pénon à coup de
chevrotines... qui cela peut-il être, sinon le négateur Émile Cioran ?
Pénon, on le devine, c'est Eliade. L'extralucide Fénéon avait tout
pressenti.
Confronté à
une attaque de « totos » ourdie par l'ambassadeur Abetz, Charles Maurras
se frictionna vigoureusement la tête avec du vinaigre. Les parasites ne
demandèrent pas leur reste.
Dans son
poëme Le Pont Mirabeau, Apollinaire s'exclame : « Vienne la nuit, sonne
l'heure ! » Si l'on comprend bien, le poëte considère que l'heure, à
l'instar de tel premier ministre japonais, « n'a qu'à sonner ».
À l'acte V de
la tragédie de Racine, quand Athalie exprime son intention de faire
déloger les réfugiés du temple, Joxe dit qu'il n'est pas d'accord et
qu'il va en référer à Mitterrand. On sent qu'il aimerait bien que ça
barde pour le matricule d'Athalie (il n'a jamais pu l'encadrer).
La
souffrance, cela occupe à un point extraordinaire. Mais c'est le seul
bon côté car à part ça, c'est désagréable au possible. À tout prendre,
il vaut peut-être encore mieux s'ennuyer.
Dans Les
Travailleurs de la mer, alors qu'il cherche à attraper un crabe,
Gilliatt est attaqué par un diabolique céphalopode. Maintenant,
remplacez Gilliatt par Émile Cioran et le diabolique céphalopode par
Lucien Goldmann : vous avez tous les ingrédients d'un drame bourgeois à
la Nivelle de La Chaussée.
Après que les
gens de la ville lui eurent pris son panier — métaphysique ! —,
Ludwig Wittgenstein décida de s'installer dans un village du Tyrol pour y
exercer le métier d'instituteur. Les gens de la ville lui avaient fait
trop de mal. Il ne les supportait plus. Il se considérait
quant à lui comme un « rurbain ».
Un jour, son
culte du Moi faillit coûter cher à Maurice Barrès. Occupé qu'il était à
se contempler soi-même, il s'était assis par mégarde à une place
réservée aux mutilés de cul. Heureusement, le contrôleur se montra bonne
pâte et ça alla pour cette fois.
La poétesse
Anna de Noailles possédait une propriété à Amphion, en Haute-Savoie.
L'endroit lui plaisait mais elle trouvait que le maire ne sentait pas la
rose.
Dans ses
Souvenirs vendéens, Amédée de Béjarry dit que la femme du général de
Scépeaux portait bien son nom car elle en avait un joliment rebondi
(elle avait « un de Scépeaux, mon vieux »).
“A rollicking
good time! Gilbert Garistre is known for his razor-sharp wit, and Aveux
et anatropes is no exception. Hilarious and thought-provoking, this
book had me laughing out loud from beginning to end. An absolute
delight, compulsively readable. I can't wait to see what Gilbert
Garistre does next.”
Si Borges
avait rencontré la Clara Porges des Mutilés, il lui aurait sûrement
parlé d'Estanislao del Campo et d'Hilario Ascasubi, mais est-ce que ça
l'aurait intéressée, on peut en douter. Dans le roman d'Ungar, elle a
l'air de se ficher complètement de la littérature gauchesque.
Dans Sylvia,
Emmanuel Berl est ardent à deviner le secret de sa propre charade. Il se
scrute, il coupe en quatre chaque cheveu de sa « moumoute existentielle »
mais au final se casse le nez : la charade est trop compliquée pour
lui. Il aurait dû demander de l'aide à Gabriel Marcel, peut-être ? Parce
que Marcel, le « mystère de l'être », c'était pour ainsi dire sa
spécialité.
On est
heureux de vivre, on est allongé au frais, un mouchoir sur les oreilles
et un verre à portée de la main, on écoute les petits oiseaux, puis on
lit du Cioran et on se dit : « Merde ! »
À ceux qui
vous promettent de remplacer votre pare-brise atteint d'une fêlure
existentielle à la Scott Fitzgerald, il est pertinent de rappeler cette
phrase de Marie Lenérouge : « Rien ne console, parce que rien ne
remplace. »
Dans Macbeth,
le thegn de Lochaber, ayant répondu correctement aux questions bleues,
blanches et rouge, choisit de ne pas partir avec ses gains mais
d'affronter une question difficile pour tenter de gagner la somme —
énorme pour l'époque — de 1000 francs. Pour l'encourager, le public
scande : « Ban-quo ! Ban-quo ! » — mais il échoue et ne se voit offrir
qu'un jeu de société. Il est terriblement déçu.
Le désespoir a
une odeur sui generis, à l'instar du valet Petrouchka. Une odeur où il
entre du géranium, de la citronnelle et — après tout, pourquoi ne pas
le dire — du muguet.
Le ministre
Jean-Pierre Soisson était en train de manger des clovisses chez les
Stirn quand son vase fut cassé. Il ne put jamais savoir qui avait fait
le coup.
En novembre
1887, le poëte José-Maria de Heredia dut être hospitalisé car il s'était
cassé la figure dans les escaliers du Parnasse et souffrait d'une
césure à l'hémistiche. Il dut porter des béquilles pendant un certain
temps.
Ce n'est
pourtant pas Pourim, mais on est tellement miraud qu'on ne distingue
plus entre Aman et Mardochée ! Qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce que
c'est que ce « binz » ?
Nous ne
partageons pas tous les points de vue de Von Koren mais nous pensons
comme lui que Laïevski et ses semblables — c'est-à-dire tout le monde, pratiquement — sont des macaques ou pis. Dès qu'on sort de chez soi,
c'est l'île du docteur Moreau.
Les amiraux
Canaris et Miaoulis ; le général Colocotronis ; l'homme d'État
Mavrocordato... tous eurent leur heure de gloire au moment de la guerre
d'Indépendance grecque. Le général Bagration, lui, c'est autre chose :
il est mort d'une blessure reçue à Borodino. On se demande ce qu'il fait
là. — Comme soi-même, en un sens.