« Quand j'entends le mot vivre, je sors mon revolver ou du poison. » (Luc Pulflop)
mercredi 5 décembre 2018
Vigueur du pachynihil
Jamais plante ne fut plus vivace que l'idée du Rien : même le linceul de glace infusible de la raison pure ne peut en arrêter la croissance svelte.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Convexité salvatrice
Quand le vulgum pecus accepte sans discuter l'existence de la « réalité empirique », l'homme du nihil, plus puissamment bombé, oppose un bouclier efficace à l'invisible mais redoutable pression qu'exercent conjointement l'ontologie fichtéenne et ses propres organes sensoriels.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Règle numéro 11
Par l'homicide de soi-même, échapper au mécanicisme des états mentaux.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
mardi 4 décembre 2018
Une hypothèse suffocante
L'ignominie de cette conjecture — l'être — m'étourdit comme feraient les effluves morbifiques des jardins de La Canée.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Amulette inefficace
Contrairement à la pierre Corybas du Mont Mycène, l'idée du Rien ne préserve pas celui qui la porte des visions monstrueuses : le pachynihil se montre en effet impuissant à effacer tout à fait le « monstre bipède » — le fameux « autrui » du philosophe Levinas.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Yponomeute toujours
L'yponomeute est un insecte lépidoptère qui attaque les arbres fruitiers (cerisiers, pommiers, pruniers). À la différence de l'homme du nihil — qui « exulte dans sa solitude circulaire » —, les chenilles des yponomeutes vivent en groupe dans des nids qu'elles tissent sur les branches.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
lundi 3 décembre 2018
Tragédie lyrique
Étang de Soustons, deux heures de l'après-midi. On entend au lointain un son funèbre de trompettes mêlé de cris de douleur. Tout le monde est saisi d'un terrible pressentiment.
Alamire. Pleurez tous : je vous apporte une terrible nouvelle.
Irène. Eh bien ? Parle vite !
Antonine. Comme mon cœur bat !
Alamire. Voilà : rien n'a de sens. Dois-je le répéter ? Rien n'a de sens. — Pis encore : rien ne sert à rien.
Irène. Hélas !
Antonine. Quel coup !
Justinien. Si j'étais seul, je me jetterais instantanément à l'eau. Jamais je n'ai ressenti avec une telle violence le besoin de mettre un terme à tout ça.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Une idée vorace
L'idée du Rien est carnivore. Les êtres dont la pachyméninge s'ouvrent à cette idée sarcophage sont dévorés par elle en quarante jours, les dents exceptées. Elle boulotte aussi les miroirs, les brosses, les vêtements et les chaussures de l'infortuné. C'est Thrasylle le Mendésien qui l'affirme.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Solipsisme (en manchettes)
Encellulé dans l'icosaèdre du Moi, où toute « réalité empirique » se dilue.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Ornement de la vie
L'idée du Rien se dresse sur les escarpements de la montagne Ling-nan, élégante et belle, bien qu'elle n'ait pas subi l'action du ciseau ou de la doloire. On l'emploie comme ornement et comme remède aux innombrables horreurs de l'existence. C'est une panacée. Elle guérit les ulcères malins, les fistules ; elle chasse les fantômes, les mauvais esprits. Elle éloigne les miasmes. Cette idée est chose merveilleuse.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Phatique
Tout discours parlant d'autre chose que du Rien relève de la fonction phatique du langage.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
dimanche 2 décembre 2018
Hiérogramme
Le suicidé philosophique, son geste fatal accompli, ressemble à un arthropode pris dans un épaississement minéral qu'il fut impuissant à combattre et qui l'immobilisa définitivement. À l'instar de ces trilobites que l'on trouve dans les carrières de marne, seul subsiste de lui un dessin immuable, figure de la sédition au seuil de l'éternelle nuit.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Calcin
Comme l'idée du Rien, les déchirements du calcin peuvent amener des explosions.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Un fertilisant indispensable
Sans l'engrais du pachynihil, l'opulent univers n'existerait pas : il n'y aurait qu'une boue monotone et craquelée, parsemée de redondantes accumulations de pierres dures rotacées, et foulée par des hardes innombrables de ces mammouths à défenses enroulées dont la pointe inoffensive est, ridiculement, au centre de la spirale qu'elles dessinent.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Le Sar dîne à l'huile
La sardine est un petit poisson du genre alose, semblable au hareng, mais plus petit : la pêche de la sardine constitue l'une des plus grandes ressources des pêcheurs bretons. La sardine atteint jusqu'à 25 centimètres de long ; on la pêche de juin à novembre. On la consomme fraîche ou conservée dans l'huile en boîtes de fer-blanc. Ainsi préparée, c'est un article de commerce très important.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
samedi 1 décembre 2018
Dépouillement
Ce n'est ni en Oklahoma ni dans le désert de Mauritanie mais plus prosaïquement aux « goguenots » que l'homme approche le plus de la simplicité. Il en atteint à l'occasion le point extrême, celui après quoi il n'est plus guère que le néant.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Canaux
Dans la pachyméninge de l'homme du nihil, des canaux de feu étendent un peuple de radicelles que ne guette aucun épuisement prochain. Qu'un geste, un mot, rappelle le caractère insensé de l'existence, et voici leur fontaine bruire et miroiter, déverser l'ardente coulée du Rien dans les rigoles ménagées pour leur incandescence par la finesse réfractaire où elle se faufile et s'étale, pour finalement déboucher dans la mer plate que les savants appellent pensée de l'homicide de soi-même.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
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