vendredi 4 janvier 2019

Interlude

Jeune fille lisant la Mélancolie bourboulienne de Léon Glapusz

Cryptogramme fétide


Les excréments ont mille ruses pour faire croire qu'ils apportent un mystérieux message, qu'il suffit de prendre la peine de déchiffrer. L'esprit le mieux défendu finit par succomber à cet appel du « cas » tant est irrésistible pour l'homme la tentation de prêter un sens à tout ce qui, à la fois, se présente comme pouvant en avoir un et qui résiste indéfiniment à le livrer.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

La pensée et le mouvant


L'ennui est un hamac fictif.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Interlude

Jeune fille lisant Forcipressure d'Étienne-Marcel Dussap

Harmonie fugitive


L'étrange plénitude qu'apporte à l'homme du nihil l'acte défécatoire lui semble le signe d'un accord avec le monde. Cette rapide impression de connivence avec le Grand Tout abolit pour quelques secondes l'étendue et la durée. Il devine dans les « crottes » le noyau du monde, et dans leurs figures, son chiffre. Une sérénité brève l'en assure, qui n'a rien de commun avec l'éclair et les transports de l'illumination mystique. Il ressent avec une netteté plus vive le réseau de duplications et d'interférences qui, irrigué par l'idée du Rien, est sa façon accoutumée de considérer l'univers.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Un renégat


Le suicidé philosophique ne se considère en aucune façon comme un bon héritier des nominalistes britanniques.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

jeudi 3 janvier 2019

Interlude

Jeune femme lisant l'Appel du nihil de Martial Pollosson

Boussole


« C'est comme si l'idée du Rien m'avait aidé, comme quelque Petit Poucet, à retrouver mon chemin perdu dans le margouillis de l'existence, à m'affranchir par instants des limites d'un être précaire, membre interchangeable d'une espèce elle-même provisoire. » (Gragerfis, Journal d'un cénobite mondain)

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Impopularité du nihilique


« Un grand nombre de chiens m'ont environné ; une assemblée de personnes remplies de malice m'a assiégé. Ils ont percé mes mains et mes pieds ; et ils ont compté tous mes os. Ils se sont appliqués à me regarder et à me considérer. » (Psaumes, XXI, 17)

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Interlude

Jeune femme lisant les Exercices de lypémanie de Marcel Banquine

Art nouveau


Quand tout se passe sans anicroche 1, l'homme du nihil se sent approuvé dans la singulière entreprise qui consiste à chercher dans la rigueur géométrique du suicide une poësie inédite. Il en conçoit une satisfaction fugace et quitte le monde, sinon apaisé, du moins quelque peu rasséréné.

1. Ce fut le cas, par exemple, pour l'écrivain dadaïste Jacques Rigaut.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Rouleau compresseur


Selon Gragerfis, un rouleau compresseur serait un engin de compactage motorisé, caractérisé par des roues cylindriques lisses ou à relief dit « pied de mouton », servant à tasser le sol. Cette machine — improbable ancêtre du cheval-vélo ? — possèderait en sus un vibreur à balourd interne.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

mercredi 2 janvier 2019

Interlude

Jeune fille posant devant les œuvres complètes de de Robert Férillet

Remous


Le nihilique, par son refus de procréer et même de produire des concepts, se trouve désaffecté de la fonction originelle dévolue à l'homme. Sa situation peut se comparer à celle d'une particule sans emploi dans un milieu sans matière. Il n'a d'autre solution que de susciter dans cet univers fluide et inconsistant le seul remous capable de s'y répercuter : l'homicide de soi-même.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Poëme en V


Veuglaires, vexillaires, lentisques vésiculeux...

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Interlude

Jeune fille lisant Prière d'incinérer. Dégoût de Luc Pulflop

Un flair de pointer


Comme Gérard de Nerval, l'homme du nihil est convaincu qu'un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres. Aussi extravagant que cela puisse paraître, il décèle sous l'ingrate enveloppe d'un galet de marcassite... l'esprit du pachynihil !

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Rechute


De nouveau, c'est l'errance dans le cliquetis des mots, l'enlisement dans l'ocre palustre du vocable reginglette et de ses dérivés.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

mardi 1 janvier 2019

Interlude

Jeune femme lisant l'Océanographie du Rien de Raymond Doppelchor

Communication impossible


Contraint pour des raisons pratiques de « communiquer » avec le monstre bipède, l'homme du nihil se risque, non sans provocation, à une extrapolation scandaleuse : il passe des figures d'un rognon de silice aux fables qui racontent la construction des murailles de Thèbes et la destruction de celles de Jéricho. Dans son esprit, le seul pouvoir de vibrations régulières, à l'occasion insonores, fait charnière. — Hélas ! Comme il était prévisible, le monstre bipède n'y comprend goutte et le prend pour un « fada ».

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Pouah


Par macération, je dormais sur le fécal.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Interlude

Jeune femme lisant les Pensées rancies et cramoisies de J. Zimmerschmühl

Musée des horreurs


De l'accablante bêtise qui caractérise l'être, on retrouve la marque en chaque corridor de l'immense dédale du Grand Tout, depuis le noyau massif et muet jusqu'aux orifices innombrables de la périphérie poreuse. Mais de celle-ci, ne s'échappe à vrai dire qu'une particule si ténue et d'une durée si brève qu'elle s'apparente au néant : le « monstre bipède » — le fameux « autrui » du philosophe Levinas.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Littérature


Le « conceptus inféré » de se venger du réel.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

lundi 31 décembre 2018

Interlude

Jeune femme lisant Georges Sim et le Dasein de Maurice Cucq

Ou bien... ou bien


Le Rien résume et comble, pour l'homme du nihil, la capacité d'ouverture et de stimulation qu'il a vainement recherché dans les objets de la « réalité empirique ». Son exploration du pachynihil l'a conduit au pied de l'ultime cloison où il puisse atteindre, celle d'une ligne de partage entre l'impassibilité minérale du mâchefer et les émotions éphémères, les choix sans cesse à reconduire ou à reprendre du « monstre bipède ».

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Adieux au monde


N'articulant le geste ni le vocable, je procède in petto à la crémation rituelle de ma toge de cénobite mondain.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Interlude

Jeune fille lisant le Monocle du colonel Sponsz de Hermann von Trobben

Illumination


« Au début des années cinquante, alors que je contemplais le corps d'un suicidé que l'on venait de retirer de la Seine, il m'apparut que l'idée du Rien était l'aboutissement d'un tâtonnement millénaire, d'une expérience cosmique, d'une puissance de rupture dont la fission de l'atome venait de procurer un terrible exemple. Par elle, le monde avait sans doute commencé. Elle seule existe sur les étoiles encore sans vie. Je décidai aussitôt d'en faire l'alpha et l'oméga de ma pensée. » (Stylus Gragerfis, Journal d'un cénobite mondain)

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)