Quand,
se lançant sur les traces des philosophes grecs, on part à la recherche
de la vérité, il arrive que l'on tombe sur un amas plus épais de la
couche granuleuse, le disque proligère. On n'y est pas encore, il faut
continuer à chercher.
On
dort, on se croit « peinard », quand tout à coup, on voit défiler à la
queue leu leu des brachiopodes marins à coquille lisse légèrement
ondulée. Recrudescence rectiligne des térébratules ! Même en rêve, il
faut que le réel nous assaille avec ses satanées bestioles !
Pythagoricien
protéiforme, le suicidé philosophique, en se faisant « sauter le
caisson », exprime son rejet de l'ordre cosmique, mais il récuse aussi un
ordre social qu'il voit « en forme d'auge ».
Les
citernes éloquentes du Rien, on aimerait s'y noyer mais il n'y a pas
mèche vu qu'il ne s'y trouve pas bézef d'eau. À parler franchement,
elles sont vides. Avec le Rien, c'est toujours la même chose.
L'ignominie
de l'homme, il n'est que de lire Tacite pour le constater, est toujours
égale à elle-même, et cette permanence fait contraste avec les exquises
mouvances végétales, minérales et animales : que l'on pense aux poils toruleux du lycaon, de
l'hyène et du lynx !
Réfléchir
est toujours une affaire risquée, mais la pensée est particulièrement
néfaste au littérateur, car elle l'affaiblit et lui ôte les forces
nécessaires à la coction et à l'expectoration des vocables.
Luc
Pulflop a comparé le monde aux génitoires d'un âne. Mais on ne voit pas
trop quelle est la logique sous-jacente à cette comparaison. Il aurait
dû dire plutôt une gerboise damasquinée. Car comme la gerboise, le monde
peut effectuer des bonds de deux mètres et courir à une vitesse
avoisinant les vingt-cinq kilomètres par heure. Et il est enchâssé
d'ornements en relief (il est damasquiné).
Le
philosophe Pascal conseillait de rester au repos dans
une chambre, mais cela présente aussi des risques. On
rumine, l'idée devient un cimeterre, le vocable un pal sécant — quand
ce n'est pas un garou effrayant.
Quand
l'âme-grue est atteinte de phyllodie, on constate la présence
anormale d'une pigmentation verte dans certaines de ses parties. Ce
phénomène est appelé la « virescence de l'âme-grue ».
Celui
dont la vie n'est qu'un grand rire nerveux doit prendre un peu
d'aspirine et un léger purgatif, il doit se faire quelques frictions
avec du vinaigre et « ça passera ».
Arrivée
à un certain âge, la femme se met à ressembler à une créature difforme
au faciès d'hippopotame, mais elle n'acquiert pas pour autant la
débonnaireté de cet animal. Elle possède toujours les dents féroces du
requin, les griffes lacérantes d'un falconidé, et l'indifférence morbide
d'une renoncule. Pourtant, ce n'est pas une coquecigrue.
On
peut voir le Rien en maintes choses. Dans la femme, mais aussi dans l'orcanète, cette plante des
régions méditerranéennes dont la racine rouge fournit une matière
colorante et qu'on appelle aussi anchusa.
Ce que Heidegger n'a pas vu, c'est que l'être est une pièce de clavecin
désordonnée dans laquelle l'étant existant est une simple appogiature,
quand ce n'est pas une acciaccatura.
Sur
son cotre en bois d'acajou, le nihilique vire lof pour lof, mais le
changement d'amure ne suffit pas à dissiper l'odeur. De sa cambuse émane
toujours un funeste fumet : suicide...
Le
nihilique l'avoue sans honte : comme Émile Cioran, il s'est trémoussé
(dans cet univers aberrant). Il s'est même tellement trémoussé que sa
vie pourrait être comparée à une gavotte. Circonstance atténuante :
c'était une « gavotte de l'anéantissement ».
On
dit souvent que les gens « puent de la gueule ». C'est une exagération.
Ils ne puent pas de la gueule parce qu'ils ne sont pas. Pour puer de la
gueule, il faut être. — Ou bien ?
Il est notoire que le quadrige est un char antique monté sur deux roues, attelé
de quatre chevaux disposés de front. En général, le quadrige est terne
et peu divertissant. Cependant, il arrive
qu'il se montre cocasse, haut en couleur, pittoresque et original, qu'il
étonne et réjouisse par ses excès. On parle alors d'un « truculent
quadrige ».
Le
suicidé philosophique, en accomplissant son geste fatal, entend faire
sécession d'avec le reste de l'humanité. Mais son acte lui-même est humain, ce qui donne à sa dissidence une consistance spongieuse :
c'est un schisme cotonneux.
Empoigner
le vocable, un marteau, et s'en servir pour fracasser les tenants de la
thèse aspectuelle, ces fadas qui accordent une importance
prééminente aux données de la morphologie. Défendre au contraire la
thèse temporelle et donner la primauté aux faits d'emploi, à l'usage qui
est fait des formes dans le discours, aux valeurs qui leur sont
attachées dans les divers énoncés.
Une
idée a beau être brillante et gratinée, elle ne vaut pas grand chose si
elle n'est pas en sus, comme celle du Rien, farcie d'une avoine
transmutatrice.
Nostalgie
de ce monde antérieur à l'ineffable homme des cavernes, où ne
pullulaient que les arthropodes et les amphibiens, dans d'immenses
forêts de lycophytes, de sphénophytes, de progymnospermes et d'aimables
ptéridospermales.
Selon
Basile Munteanu, le négateur Émile Cioran portait sans
cesse des coups de fourchette à la gorge de l'être, au point que c'en
était gênant pour les autres convives et qu'il se faisait rabrouer par
Simone.
Le
vulgaire est si chichiteux, il s'offense si facilement que l'on peut,
par la simple mention du terme pachynihil, rubéfier son éternelle face
de rat (ou de porc).