Des
nombreux problèmes qui exercèrent la téméraire perspicacité de Lönnrot,
aucun ne fut aussi étrange — aussi rigoureusement étrange,
dirons-nous — que le vocable zingibéracé.
Si,
comme le postule l’existentialisme sartrien, Dieu n'existe pas, alors
il n’y a plus de nature humaine, plus de normes morales, plus de bien ni
de mal a priori, plus rien sur quoi s'appuyer. L'étant existant se
retrouve à poil de Nicosie.
Peut-être
inspirés par le chef Chaudard, les gnostiques alexandrins pensaient que
le démiurge avait attiré les éons dans la forêt de Machecoul avec des
petits morceaux de fromage et des rondelles de « à l'ail » pour les piéger
dans une « tenaille existentielle ».
Locke,
au XVIIe siècle, imagina de définir une langue dans laquelle chaque
chose individuelle, chaque pierre, chaque oiseau, chaque saucisse d'un
chapelet de saucisses, etc., eût un nom spécifique. Mais il y renonça à
cause des difficultés posées par les poils de fiacre, ces derniers se ressemblaient
trop.
L'écrivain
portugais Fernando Pessoa souffrait de cénestopathie. Quand il avait
une crise, il ne sentait plus ses doigts de pied. Or les crises
pouvaient lui tomber dessus à tout moment. Alors il était assez
intranquille, ça se conçoit.
Les
réchauffistes disent de leurs adversaires qu'ils confondent la
météorologie avec Ladislav Klima, l'auteur du Monde comme conscience et comme rien. Mais
on ne voit pas très bien comment ce serait possible.
Chaque
fois que Beckett, Ionesco et Eliade arrivaient à « il est des nôtres »,
c'était réglé comme du papier à musique, le négateur universel fondait
en larmes. Il était des leurs ! Il avait bu son verre comme les autres !
Ô joie suprême ! Ô bonheur ineffable de La Fontaine !
On
ne fait pas plus ridicule que le prénom Saint-John. « Saint-John, tu as
bientôt fini, là-dedans ? » « Saint-John, c'est toi qui as lâché une
caisse, espèce de saligaud ? »
Charles
Baudelaire a raison : il est bien le cas que le poëte est semblable à l'albatros. Son bec long, épais et crochu porte des narines
tubulaires. Grâce à ses métaphores, il parcourt de grandes distances
sans effort. Il se nourrit de poissons, de calamars ou de krill, et
cætera.
Le
philosophe Levinas nous fatigue, avec son sacré « autrui ». Il n'a pas
autre chose à penser ? D'après lui, « l'avenir, c'est l'autre ». Il faut
espérer qu'il se trompe car on a déjà assez de problèmes comme ça.
D'après
Jacques Bouveresse, Wittgenstein ne trouvait pas particulièrement drôle
le passage de l'autobiographie de Pierre Dac où ce dernier révèle qu'un
de ses ancêtres est mort à Bouvines et un autre à bout de souffle. Il
s'en plaignit plusieurs fois à son frère Paul (le pianiste), craignant
de manquer de sens de l'humour. Pour exonérer le philosophe, Bouveresse
note qu'en allemand, tout le sel ou presque est perdu (à bout de souffle
se dit atemlos).
Non,
chers amis Polacres, tout n'est pas « w porządku » dans la réalité
empirique. Il y a même un sacré « bałagan » pour ne pas dire un terrible « burdel » — sans lien toutefois avec le disciple et ami de Rodin.
Une
des phrases les plus angoissantes de la littérature est celle que
prononce Henry Baskerville en sortant d'une soirée : « Quelle belle nuit.
Je pense que je vais rentrer à pied. » On en a des palpitations. On
voudrait le retenir, mais il est déjà parti. On
l'aperçoit au loin, il marche dans la lande et d'un coup disparaît. Il s'est fait dévorer par le molosse !
Il
est de bon ton de s'extasier devant l'Homme qui marche de Giacometti
mais en fait, quand on y réfléchit, c'est juste un homme qui marche, ça
ne casse pas trois pattes à un canard. À moins qu'il n'y ait dans cet
Homme qui marche quelque chose qu'on n'ait point vu ? C'est peut-être
une allégorie ? Mais de quoi ? Dans tous les cas, cette œuvre semble
mériter le qualificatif de « guez », comme aussi l'araignée de la femme
Bourgeois.
Les gens faux disent que l'authenticité n'existe pas. Ça arrange leurs petites affaires. Mais elle existe. Par exemple, on peut être un « authentique crétin ».
La
nature est insensible à nos souffrances. Les arbustres poussent comme
si de rien n'était. On peut bien crever, pour ce que ça leur fait, à ces
salops.
User
en littérature des choses du sexe pour provoquer et pour se donner des
allures de rebelle, cela a tellement été fait que le faire encore...
c'est comme si l'on voulait se frapper soi-même de « gênance ». Cela
provoque, certes, mais seulement l'ennui et la pitié (peut-être aussi
le chagrin).
La
sagesse populaire dit que les produits laitiers sont nos amis pour la
vie, mais regardez le camembert ; regardez le livarot. Ils sont beaux,
les amis !
Théophile
Gautier disait, il disait comme ça que tout passe ; que l'art robuste
seul a l'éternité ; que le buste survit à la cité. C'était un original
fieffé.
Tadeusz
Szulc raconte que Frédéric Chopin, quand on le présenta à George Sand,
demanda à la romancière si elle était bien « la véritable George Sand du
lac Balaton ». Elle répondit que non, qu'elle était de Nohant dans
l'Indre.
Quand
plusieurs personnes se rencontrent dont chacune a fait l'expérience, au
sortir d'un rêve agité, de s'éveiller transformée dans son lit en une
véritable vermine, elles forment un égrégore Samsa.