vendredi 29 mai 2026

Une humiliante fascination

 

En s'adonnant à la science et à la philosophie, l'homme cherche à se libérer de l'humiliante fascination qu'il éprouve pour les « biberons Robert » — mais rien à faire. Être esclave, et de quelque chose d'aussi bête !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Un concept cousu de fil blanc

 

Qu'il puisse exister quelqu'un d'autre que soi-même est pratiquement inconcevable. D'ailleurs, personne n'a l'air d'y croire vraiment. Le concept d'autrui lévinassien, celui d'un être qui serait comme nous à ceci près qu'il prendrait les vignettes, ce concept est trop fantastique pour qu'on y adhère.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Un classique du contrepet

 

Jeanne-Claude est bonne hôtesse, mais le plasticien Christo n'a rien pour nous emballer.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

jeudi 28 mai 2026

Fausse bonne idée

 

Si fabriquer sa propre bouillie bordelaise est une fausse bonne idée, que dire alors de vivre !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

En voie d'extinction

 

Grâce à l'action conjointe des livres de développement personnel et des triazolobenzodiazépines, l'espèce des suicidés philosophiques tend à disparaître, « ainsi que disparurent de la terre l'aurochs et l'okapi ». Finis les Weininger, les Rigaut, les Giauque, les Caraco, les Crisinel ! De la gaieté ! De la bonne humeur ! Du positif !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Dernier refuge

 

Quand on a tout dit sur le Rien et qu'il faut cependant continuer à parler si l'on ne veut pas sombrer dans la folie, on se réfugie dans le calembour. On dit des choses telles que : « Comment allez-vous, yau de poêle ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Joséphin

 

Appeler son râteau Joséphin en considération du fait qu'un râteau n'est finalement qu'une pelle à dents.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mercredi 27 mai 2026

Un maître pointilleux

 

Comme le mathématicien Charles Hermite était affligé d'un pied bot, il exigeait de ses élèves qu'ils fissent tout « en bonne et difforme » — qu'il s'agît de résoudre des équations différentielles ou d'étudier des fonctions elliptiques.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Quand Guy lit, Guy lit

 

Il n'était pas question de déranger le ministre Guy Mollet quand il lisait la biographie de la bienheureuse Marie Alacoque. Il fallait se faire discret — et pour tout dire marcher sur des œufs.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Diacre

 

Le mot diacre nous fait penser à de la diarrhée sortant d'un fiacre — à un geyser d'excréments semi-liquides. Un vocable très déplaisant, nous n'osons dire excrêmement déplaisant.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Voiture dialectique

 

Si Georges Hegel avait vécu au vingtième siècle, sans doute eût-il fait comme le représentant placier Henri Serin et roulé en R16, car on n'imagine pas voiture plus dialectique. Oui, en vérité nous le disons : la R16 est la voiture dialectique par excellence.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mardi 26 mai 2026

Lecture pour tous

 

Il faut être un homme de bonne volonté pour lire Les Thibault — qui font quand même près de deux mille cinq cents pages. Par contre il n'est pas nécessaire de s'appeler Thibault pour lire Les Hommes de bonne volonté. On peut s'appeler Marcel, Jean-Loup ou Anatole Lit-de-Vache.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Éternel Segond

 

Le théologien suisse Louis Segond était surnommé « le Poulidor de la traduction biblique ». Malgré ses qualités de rouleur, il ne réussissait jamais à s'imposer car Lamennais le dominait dans la montagne (et plus encore dans l'ultramontagne).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Impatience de Lévy-Bruhl

 

Au début des années 1920, Lucien Lévy-Bruhl d'impatience. Il a percé les secrets de la mentalité primitive et veut les dévoiler sans attendre la calandre grecque que le garagiste a promis de poser sur sa Panhard.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Virtuoses de la traduction

 

Si nous devions établir la liste de nos traducteurs préférés, toutes langues confondues, nous mettrions en premier Boris de Schlœzer et en deuxième Louis Segond.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

lundi 25 mai 2026

Jacques est mon Bergier

 

Quand Louis Pauwels marchait dans la vallée de l'ombre de la mort, il ne craignait aucun mal, car il avait avec lui son ami Jacques Bergier dont la houlette et le bâton le rassuraient et avec qui il pouvait discuter de Bender et de Hörbiger.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Un mystérieux concert

 

Quel peut bien être ce « solitaire tacite concert » dont Mallarmé nous dit qu'il se donne, par la lecture, à l'esprit qui regagne, sur une sonorité moindre, la signification ? Un concert des Martin Circus ? C'est possible. Un complot ? Nous verrons.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Archipel du goulache

 

Parce qu'il avait épousé une Hongroise, Alexandre Soljenitsyne fut condamné à dix ans de goulache et cinq ans de silure au paprika. Son expérience du goulache, qui fut à coup sûr la plus marquante, constitue la matière première de son œuvre.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Wagon Stolypine

 

L'homme parcourt le monde, oui, mais dans un wagon Stolypine.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

dimanche 24 mai 2026

Académiciens en goguette

 

Jean d'Ormesson de lâcher un bon mot et Michel Mohrt de rire. Puis les deux d'aller casser une bonne graine et faire une ribouldingue à tout casser.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Imposture littéraire

 

Le livre dans lequel l'oulipiste Bénabou explique pourquoi il n'a écrit aucun de ses livres serait en fait l'œuvre d'un certain Papavoine.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Mal au fiacre

 

Hanuš de Lipa était un chef militaire de Bohême. Il fut seigneur par intérim de Rataje nad Sázavou avant que l'héritier Jan Ptáček de Pirkstein n'atteigne sa majorité. Dans sa Chronica Boemorum, Johannes Marignola dit qu'il était sujet aux hémorroïdes.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Cinq pour Josèphe

 

Quand Macrobe lui demanda combien de cartes il voulait, Quinte-Curce répondit « aucune », comme on pouvait s'y attendre. Polybe en demanda deux, ayant en main un brelan. Josèphe en réclama cinq car il n'avait, dit-il, « que de la daube ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

samedi 23 mai 2026

Saucisses à la pragoise

 

De novembre 1938 à mars 1939, c'est une demi-tonne de viande de porc que le président tchécoslovaque Emil Hácha. Pas moins.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Vieux motard que Jammes hait

 

Le poëte Francis Jammes poursuivait un motocycliste de sa détestation, un motocycliste assez âgé. C'est Paul-Jean Toulet qui le raconte.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Un gland

 

Maurice Barrès vouait au Moi un véritable culte. Il lui arrivait de rester pendant des heures sous la pluie pour simplement le voir passer. Mais il était trop timide pour l'aborder et se contentait de l'observer de loin avec des jumelles de théâtre. Anna de Noailles en faisait des gorges chaudes et lui disait qu'il était « un gland ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Hanussen préfère les loochs

 

Le mage Hanussen n'était pas fanatique des suppositoires, qu'il accusait de nuire à son dynamisme fluidique.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

vendredi 22 mai 2026

Discours de réception de Roger Caillois à l'Académie française et réponse de René Huyghe

 

Chez nous, à la maison, c'est moi le grand garçon. J'aime toucher à tout. Je m'appelle Caillois. Même si je suis grand, je pleure de temps en temps, mais ça ne dure jamais longtemps. J'ai écrit des livres sur les pierres, sur le mimétisme animal, sur la dissymétrie. J'ai traduit Borges. Je m'appelle Caillois. Caillois c'est moi. Voilà.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Pastis à l'Académie

 

Persuadé — bien à tort — que l'auteur morlaisien l'avait mal regardé, Jean d'Ormesson lui lança « tête de Mohrt » et lui demanda s'il avait un souci.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)