Il faut se
représenter Paul Morand au milieu d'un champ de blé, un mouchoir sur la
tête, la pierre à affûter à la ceinture, la faux à la main, coupant les
épis ; Paul Morand aoûtant.
Exaspéré par
l'exubérance de Saint-Exupéry, on cherche un auteur qui exprimerait ses
sentiments avec moins de vivacité et d'enthousiasme, et on le trouve en
la personne d'Émile Cioran — dont les écrits sont par ailleurs un
antidote à l'humanisme saint-exupérien.
Parce que la
vie est souffrance, on imite Deleuze, on saute par la fenêtre et on
annule ainsi son polynôme caractéristique, comme fait tout endomorphisme
d'un espace vectoriel de dimension finie sur un corps commutatif
quelconque (selon le théorème de Cayley-Hamilton).
En
reconnaissant que « l'anguille, c'est visqueux », on reconnaît du même
coup que le monde existe, alors... il vaudrait mieux faire attention à
ce qu'on dit.
Eliade ne
vivait que pour les mythes. Il était l'homme des mythes à défaut d'être
celui du Picardie (ce qui eût été un rude coup pour Christian Barbier).
Petit, on ne
comprenait rien aux choses : au monde, à la mer, aux forêts ; aux roses
que l'hiver prépare en secret... Et on en souffrait. Maintenant qu'on
est grand, ce n'est plus pareil. Les choses, on ne les comprend guère
mieux, mais on marche le soir avec ceux de la bande du Richard-Lenoir,
et cette marche vespérale nous console de notre incompréhension.
Celui qui
s'échoue sur les vasières ou dont le bateau accompagnateur s'échoue sur
les vasières alors qu'il chasse le canard au pédalo sur le bassin
d'Arcachon, celui-là se trouve soudain dans un guêpier existentiel que
l'on peut qualifier de kierkegaardien. Il doit sans perdre une minute
effectuer le « saut de la foi ».
Bergson
proposait aux « milfs » qu'il rencontrait de leur montrer son « élan
vital » et son « évolution créatrice ». Albert Camus séduisit Maria
Casarès en l'invitant à admirer son « absurde » et son « mythe de
Sisyphe » — qu'il avait, il faut le dire, particulièrement développé.
On pouvait
discuter de tout, avec la princesse von Thurn und Taxis : de la Marne
quand il s'y passait quelque chose, du prix des denrées, de la poésie de
Rilke, de celle de Pindare...
Le ŻOB
(Żydowska Organizacja Bojowa) est une organisation militaire juive
fondée le 28 juillet 1942 dans le ghetto de Varsovie pour résister à
l'occupation nazie. Le POUM (Partido Obrero de Unificación Marxista) est
un mouvement communiste espagnol, antistalinien, créé en 1935, qui
participa activement à la guerre d'Espagne.
Si un
maronite vous colle un marron, il faut tout de suite appeler Béchir
Gemayel. Si un Druze vous séquestre dans les Abruzzes, il faut appeler
Oualid Djoumblatt. Si l'on cherche à vous étouffer avec une galette des
rois, la personne à contacter en priorité sera Soleimane Frangié.
Au début, on
aime la vie, mais on constate vite que cet amour n'est pas réciproque.
Elle, celui qu'elle aime, qu'elle a dans la peau, c'est Bibi la Crème.
Et pourquoi ? Parce qu'il est costaud !
Quand il
s'agit de questions insolubles — le vrai ; le faux ; le laid ; le beau ; le dur ; le mou qui a un grand cou —, nous devrions tous faire
comme Boileau et imiter de Conrart le silence prudent.
Le poëte
hongrois Attila József se jeta sous un train pour protester contre le
fait qu'il n'avait pas d'amis. Ce n'était pourtant pas faute d'en
chercher. À l'autrui du philosophe Levinas, il s'offrait « à poil de
Nicosie » et lançait ce seul cri : « Aime-moi ! » Mais à cet appel ne
répondait jamais que le silence — alors à la fin, n'est-ce pas... Le
poëte avait trente-deux ans au moment de la collision fatale.
Georges
Enesco raconte : « Avec l'ami Celibidache, on ne se quitte jamais
attendu qu'on est tous deux natifs de la Moldavie roumaine. » Et en
effet, ils le sont : Enesco de Liveni, Celibidache de Roman. Ce n'est
pas le même district administratif, ce sidi.
Pour savoir
si la vie possède un sens, il faut adopter la méthode expérimentale de
Claude Bernard. On enferme un philosophe dans une vessie pour observer
s'il va produire du concept — que l'on verra alors suinter à travers
la membrane. S'il produit du concept, c'est que la vie possède un sens
(reste à savoir lequel). S'il n'en produit pas... Mais il va en
produire, c'est sûr.
Que penser de
tous ces livres qui ne seront plus jamais lus par personne — s'ils
l'ont été un jour —, par exemple Le Pape des escargots ? Rien, si ce
n'est qu'ils ont permis à leurs auteurs de se prendre et se faire
prendre pour des écrivains, ce qui n'est déjà pas mal.
Il vaut mieux
vider une chopine avec Samir Geagea que se faire marronner par un
maronite ou dévorer par des punaises de lit à la solde de Oualid
Djoumblatt.
Dans l'œuvre
de Barrès, il y a la terre, il y a les morts, mais ce n'est pas tout :
il y a Fernand, il y a Firmin, il y a Francis et Sébastien — et puis
Paulette. Quand on approchait la rivière, on déposait dans les fougères
nos bicyclettes.
Dans ce
« monde de néant », tout est bête, profondément bête, mais certaines
choses, en plus d'être bêtes, vous brisent le cœur. Et personne ne peut
vous aider, pas même Parapine, le spécialiste de la typhoïde.
Comme le
négateur Émile Cioran, produire une œuvre ironique et apocalyptique,
marquée du sceau du pessimisme, du scepticisme et de la désillusion,
c'est ça qui serait bath.
On peut,
comme Bernanos, être obsédé par le problème du mal tout en étant par
ailleurs grand amateur de charcuterie. On écrit alors le Journal d'un
pâté de campagne (un roman du nihilisme et de la grâce).
Chaque fois
qu'il se trouvait en présence de la princesse von Thurn und Taxis, le
poëte Rilke brûlait de lui dire : « Suivez cette voiture ! » Mais timide
comme il l'était, il n'osa jamais.
Dans son
Dictionnaire hagiographique, l'abbé Pétin affirme que la bienheureuse
Marie Alacoque n'était à l'aise que sur le plat. Elle appréhendait les
étapes de montagne.