mercredi 10 juin 2026

Véridicité de la terre (et des animaux)

 

Les humains affabulent beaucoup mais la terre, elle, ne ment pas — et les animaux non plus. Imagine-t-on une parcelle cadastrée dire que « le pour-soi, dans le surgissement contingent de son être, rejoint son passé » ? Ou une fourmi, fût-elle longue de dix-huit mètres et portât-elle un chapeau sur la tête, soutenir que la somme d'une série convergente de fonctions continues sur un intervalle est elle-même continue ?
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Boulisme impossible


Quand on connaît le monstre bipède comme nous le connaissons, on est dégoûté à jamais de toute participation à une vie collective. On ne veut même plus jouer aux boules, sachant qu'il va tricher en mesurant les distances au cochonnet, le vilain mâtin.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Dystopie

 

Si Tchekhov, au lieu de naître à Taganrog (Russie), était né à Chilly-Mazarin (Essonne), il n'aurait jamais écrit La Dame au petit chien. Par contre, il aurait pu s'acheter un « luminaire » au Leroy-Merlin de Massy.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mardi 9 juin 2026

Esse est percipi

 

L'homme n'oublie pas ce qu'a dit l'évêque Berkeley : être, c'est être perçu ou percevoir. S'il prend les vignettes, c'est pour être perçu par la caissière du City Market de Bezons — et par conséquent « être ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Dent dure de Rée

 

D'après Lou Andreas-Salomé, Paul Rée n'était pas facile à Sido (l'écrivain Colette), qu'il n'admirait pas et appelait une « romancière régionaliste ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Préservation par le vocable

 

Le mot pierre est nécessaire pour qu'il y ait des pierres dans chaque nouveau cycle cosmique, car c'est par la parole que Brahma crée un nouvel univers. Selon le même principe, l'existence de propriétés ou d'objets « relatifs au gingembre » est garantie par le vocable zingibéracé.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Coccyx qui se dévisse

 

Le temps qu'on aura passé, dans cette vie, à décrire ses symptômes à de médicales ganaches qui s'en fichaient royalement... C'est effrayant, po prostu.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

lundi 8 juin 2026

Aveu intempestif

 

Quand le poëte Neruda avoua qu'il avait vécu, sa bonne femme lui dit que ça n'allait pas se passer comme ça.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Splendeurs et misères des critiques

 

Le critique Albert Béguin avait un faible pour le beau sexe et s'entichait facilement. Quand il était payé de retour, cela rendait son confrère Edmond jaloux. Quant à Henri Ghéon, il préférait rester en dehors de tout ça.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Causes anthropiques

 

Quand des « réchauffistes » essaient par tous les moyens de lui faire porter le bada pour un prétendu dérèglement climatique, l'homme pense tout de suite à Ramón Bada, ce criminel qui, aidé de son complice Alonzo Perez, tente de s'emparer du fétiche des Arumbayas pour subtiliser le diamant qu'il contient.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

L'anti Raban Maur

 

Où a-t-on lu le nom de Raban Maur ? Peut-être chez Huysmans ? Il est l'un des principaux artisans de la Renaissance carolingienne. Il a écrit une encyclopédie intitulée De rerum naturis. Il a succédé à Odogaire comme archevêque de Mayence en 847. Quand il dirigeait l'école monastique de l'abbaye de Fulda, il a eu pour élèves Walafrid Strabon, Loup de Ferrières, Raoul de Fulda et Otfried de Wissembourg. Il a eu une existence bien remplie, il n'y a pas de doute. C'était un type qui se remuait. Il n'était pas frappé d'acédie monastique, lui. Il ne restait pas allongé sur un canapé en laine, la casquette rabattue sur le nez. Contrairement à vous-savez-qui.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

dimanche 7 juin 2026

Mauvais vouloir du temps


Le temps ne veut pas suspendre son vol. Il prétend qu'on l'a « mal regardé ». D'ici à ce qu'il nous demande si on a un souci...
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Lénification par le vocable

 

Ils appellent cette chose « la mort », et les voilà tranquillisés. Tout est dans l'ordre, ils ont un mot. — Ô monstre bipède ! Ne dirait-on pas que ton centre est garni de crème chiboust ?
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Apanage des chauves

 

Seul un individu ayant perdu tous ses cheveux avait quelque chance d'être créé cardinal par le pape Innocent VII lors du consistoire du 12 juin 1405. Cioran non ; l'évêque Antonio Calvi, si.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Husserl et le pélican

 

Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage, dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux, le philosophe Edmond Husserl court sur le rivage en le voyant au loin s'abattre sur les eaux et lui crie : « Toute conscience est conscience de quelque chose ! Toute conscience est conscience de quelque chose ! » Mais le pélican, vous pensez s'il s'en bat l'œil.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

samedi 6 juin 2026

Vagues de briques

 

Pour apprécier la poésie, il faut être bien disposé, mais justement nous ne le sommes pas (à cause de différentes choses). Quand Apollinaire fait « jore » qu'il est un pharaon et radote sur des vagues de briques, cela nous irrite. On a envie de lui dire de se les carrer dans le fiacre, ses vagues de briques.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Wovon man nicht sprechen kann

 

Face à l'ineffable, le philosophe Wittgenstein était d'avis qu'il valait mieux « fermer sa boîte à camembert » que de raconter des bêtises. Il soumit son point de vue à Frank Ramsey et à Georg Henrik von Wright qui tous deux lui dirent qu'il avait raison. Il se sentit tout de suite mieux.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Chinchard

 

Dans sa folle présomption — nourrie de l'illusion qu'il a d'être immortel ! —, il arrive souvent au monstre bipède de confondre clupea pilchardus — le pilchard — avec le chinchard, un carangidé du genre Trachurus, au corps fuselé, avec lignes latérales accessoires, aux opercules tachés.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Vie farouchement radicivore du Grandiloque

 

Le négateur Émile Cioran était surtout actif à l'aube et au crépuscule. Durant le jour, il se cachait, par exemple dans des buissons, sous des souches ou des tas de bois, ou encore dans de vieux bâtiments agricoles. Beckett avait souvent du mal à le trouver.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

vendredi 5 juin 2026

Suprématisme

 

Comme Malevitch, le suicidé philosophique est un suprématiste. Son vocabulaire de formes, plus restreint encore que celui de Malevitch, se limite au cylindre-ogive d'une munition pour Webley-Fosbery, un revolver .45 semi-automatique à la détente garnie de plaques caoutchoutées.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Châtiment de Verlaine

 

« L'ennui de vivre avec les gens et dans les choses font souvent ma parole et mon regard moroses », a dit Verlaine. Et il semble que le destin ait voulu le punir de cette morosité puisqu'en 1890, à peine sorti de Broussais, le poëte est victime d'une crise de rhumatisme qui le contraint à un nouveau séjour hospitalier, à Saint-Antoine cette fois, où il reçoit la visite de son « amie », la fille Philomène Boudin.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Compacité et homicide de soi-même

 

Pour algébriser le réel, le suicidé philosophique, en général, mobilise des structures topologiques ou semi-topologiques telles qu'un revolver Smith & Wesson, un rasoir ou une corde en polypropylène. Mais une autre solution est d'exploiter la compacité locale. Un fameux théorème de Stone sur les représentations des algèbres de Boole ne dit-il pas que toute mesure abstraite est isomorphe à une mesure définie sur un espace localement compact ?
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Stupéfaction de Plutarque

 

Plutarque, au Livre II de ses Paradoxes, assure avoir appris d'Aristote que le fils de Démostrate, Aristonyme Éphésien, avait une si grande aversion pour les femmes qu'il s'accoupla avec une ânesse, qui mit plus tard au monde une fort belle fille qu'on nomma Onoscelis, c'est-à-dire « qui a des jambes d'âne ». Plutarque assure en être resté « comme deux ronds de flan » quand il a lu cette histoire. Il aurait tout cru possible sauf ça.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

jeudi 4 juin 2026

Où sont les neiges d'antan

 

Ô frères Grafouillères ! Et toi, Léon Dessertine, mandataire en viandes et ancien de l'Assistance ! Où vous êtes-vous en allés ? Dictes-moy où, n'en quel pays ? Et où sont les neiges d'antan ?
— Les neiges d'antan ? Elles sont dans ton cul, les neiges d'antan, hé, ballot !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Trois hics

 

Après le suicide du poëte Maïakovski, on trouve dans sa chambrette cette note : « Maman, mes sœurs, mes amis, pardonnez-moi — ce n'est pas la voie (je ne la recommande à personne) mais il n'y a pas d'autre chemin possible pour moi. Lili, aime-moi ! » Il faut reconnaître que c'est bien tourné, et on serait assez tenté d'écrire la même chose, car on en a soi aussi soupé de l'existence, mais il y a trois hics : on ne connaît pas de Lili, on n'a pas de sœurs, et surtout, on est de Bezons ! Dans le Val-d'Oise !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Atomisme et homicide de soi-même

 

Validant l'hypothèse de Démocrite selon laquelle la matière peut être considérée comme un ensemble d'entités indivisibles, le physicien Ludwig Eduard Boltzmann se pend dans la ville élégiaque de Duino, près de Trieste, le 5 septembre 1906.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Rien à faire dans un tel monde

 

À vingt-trois ans, Otto Weininger se tire une balle dans le cœur, dans la maison même où Beethoven avait « raccroché son vélocipède » soixante-seize ans plus tôt. Peu de temps auparavant, le philosophe viennois avait constaté que les femmes, premièrement, « n'ont pas d'âme » ; deuxièmement, sont « sous le joug du phallus » — et cela l'avait fortement contrarié. À force d'y réfléchir, il était arrivé à la conclusion qu'il n'avait « rien à faire dans un tel monde ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mercredi 3 juin 2026

Tout est grâce

 

Dans le film que Robert Bresson a librement tiré du roman de Bernanos, Journal d'un pâté de campagne, le pâté, interprété par Claude Laydu, s'entête à vouloir ramener la comtesse dans la religion et il y parvient. Mais elle meurt d'une crise cardiaque au cours de la nuit suivante. Les rumeurs incriminent le pâté et lui attribuent calomnieusement un « supplément cornichon ». Il part consulter un médecin à Lille, qui lui apprend qu'il souffre d'un cancer de l'estomac. Réfugié chez Dufrety, un prêtre défroqué, il meurt en affirmant que « tout est grâce ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Divergences

 

Pascal dit que le Moi est haïssable, Hume affirme qu'il n'existe pas, et quant à Barrès, il lui voue un culte. Qu'est-ce que c'est que ce « binz » ? Ils ne peuvent pas se mettre d'accord ? Nous aimerions bien savoir à quoi nous en tenir, à la fin !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)