Dans
le trente et unième chapitre des Cestes, Jules Africain enseigne l'art
de donner au vin la faculté de faire dormir trois jours de suite ceux
qui en boivent. Il propose de le mêler avec une certaine quantité
d'opium et de suc de jusquiame (l'hyoscyamus des Anciens). Raymond
Doppelchor trouve que trois jours c'est court et dit qu'on remplacera le
suc de jusquiame par du taupicide si on veut vraiment voir « la vie en
beau ».
Pascal
n'est pas plus l'inventeur de la berouette que Spinoza ne l'est du
joint spi. Ils avaient assez à faire avec leur philosophie pour
s'occuper de bêtises pareilles.
Ludwig
Wittgenstein souffrait d'une affection qui, sans être aussi débilitante
qu'une fibrose rétractile de l'aponévrose palmaire (maladie de
Dupuytren), l'était assez pour lui saper le moral. Cette affection
bizarre se traduisait par une compulsion à taire les choses qu'il ne
pouvait dire --- ce qui, on l'avouera, est un drôle de handicap pour un
philosophe.
Selon
toute vraisemblance, Albert Camus raisonnait ainsi : puisque tout est
absurde dans ce « monde de néant », on peut aussi bien faire du gringue à
Maria Casarès.
D'après
Gélase de Cyzique, le futur patriarche Alexandre prit part, en qualité
de prêtre, au concile de Nicée. Il y représentait son évêque, le bien
nommé Métrophane de Byzance. Le concile se termina par une ribouldingue à
tout casser et Gélase dit que vers minuit, le futur patriarche était
déjà « rond comme une queue de pelle ».
Tout
nous plaît, chez Lactance : son style, sa partialité, ses insinuations
malveillantes, ses contradictions... Alors qu'à côté de ça, chez Delerm,
rien ne nous satisfait. C'est tout de même bizarre. Serions-nous
victime d'un « biais cognitif » ? Oh là là là là ! Monsieur Pipo !
Grouès ! Henri Grouès ! Honte à toi, Henri Grouès ! Nous te prenions pour un
saint homme, mais ta cape, ton béret et ta barbe cachaient en fait un
odieux satyre. Nous aurions dû le deviner car les indices ne manquaient
pas : ta gueule de faux-jeton... ton sossotement... ton obsession des « sans-abris »... Tu as toujours eu l'air franc comme un âne qui recule.
Autant l'avouer carrément : nous n'avons jamais pu te sacquer.
Dans
la doctrine d'Hermogène, la matière est incréée, sans mouvement, sans
principe, coéternelle à Dieu, et ce dernier s'en est servi pour former
le monde (avant de réaliser l'énorme bourde qu'il avait commise : tout « se barrait en couille » — mais c'était trop tard).
Que
des penseurs réputés pour leur lucidité, des Camus, des Cioran, aient
pu s'abaisser à écrire des « lettres d'amour », cela nous laisse pantois.
Se vautrer à ce point dans le ridicule ! Pour une paire de « biberons
Robert » tout ce qu'il y a de banale, en plus !
Macrobe
dit (Somnium Scipionis, chap. 14 et 20) que le soleil est la cervelle
de l'univers. Mais on sait qu'il avait la réputation d'être un « gros
déconneur ». Il ne faut pas prendre tout ce qu'il dit au pied de la
lettre.
La
vie, ç'aurait peut-être été supportable s'il n'y avait pas eu toute
cette bêtise. Nous en voulons particulièrement à Gaëtan Picon. En
matière de bêtise, les intellectuels sont les pis.
Les
harangues de Salluste sont d'une force, d'une vivacité, d'une éloquence
auxquelles on ne saurait rien ajouter. Pour haranguer aussi bien que
Salluste, il faut se lever de bonne heure. Ce n'est même pas la peine
d'essayer, en fait. Alors puisque c'est comme ça, oublions les harangues
et écoutons plutôt le Grandiloque, qui conseillait de rester allongé et
de gémir. Il n'y a rien de tel pour entrevoir l'essentiel, d'après lui.
C'est bath.
Quand
la mort se présenta devant lui, l'écrivain Pavese lui dit qu'elle était
si belle que la regarder était une souffrance. La mort, surprise, lui
rappela que pas plus tard que la veille il disait que c'était une joie.
Piqué au vif, il rétorqua que c'était à la fois une joie et une
souffrance. Elle déclara alors que tout ça était bien gentil mais qu'il
allait falloir y aller ; qu'il n'était plus l'heure de faire des
phrases.
Quand
vous êtes malade au point de devoir rester assis dans un fauteuil,
courbé en avant, pâle, l'œil hagard, la parole et la respiration
entrecoupées, quand le moindre mouvement vous arrache des cris de
douleur, vous ne pouvez réfléchir avec toute la sérénité voulue à la
notion de souci chez Heidegger. La masse rouge du viscère bouche votre
horizon mental et écrase votre « conscient intérieur » comme ferait une
énorme valise en cuir de vache.
Beaucoup
d'auteurs ont essayé, sans vraiment y parvenir, de fixer notre
attention sur un mets polonais nommé barszcz. C'est une soupe composée
d'orge ou de gruau, cuits avec des carottes ou des choux acides, et qui,
paraît-il, forme un mets aussi sain qu'agréable au goût. Mais nous, la
seule chose qui nous intéresse, c'est que nous allons clamecer — alors
le « barszcz »...
Dans
sa Pharmacopée chirurgicale théorique et pratique (Hérissant le Fils,
Paris, 1771), Jean Nicolas explique ce qu'il faut faire quand on a perdu
tout espoir : « Prenez un scrupule de résine jaune, cinq grains de
rhubarbe, dix grains de conserve de roses rouges, et du sirop simple
autant qu'il en faut. Mêlez et formez-en un bol. Ensuite... Ensuite...
Ma foi... Euh... » — On voit le genre.
Le
docteur Frigerio, directeur de l'asile d'aliénés d'Alexandrie, dit
avoir observé, à la prison de Pesaro, un criminel fou homicide à type
félin qui avait un énorme lobule de l'oreille — ce qui pourrait
laisser penser qu'il existe un lien entre l'hypertrophie du lobule et
vous-savez-quoi.
Pour
pénétrer quelqu'un, pour le connaître vraiment, il suffit de voir
comment il réagit à la phrase « Guy Debord est un con ». S'il s'offusque,
s'il émet des objections, s'il fait du barouf, inutile de continuer : il est lui-même un con.
Quand
Heidegger souffrait de constipation conceptuelle opiniâtre, il rendait
des vents très fétides, d'après Hannah Arendt. Or justement, Hippocrate
dit que si le malade rend des vents très fétides, il doit se servir d'un
suppositoire ou de lavements jusqu'à ce que les excréments soient
descendus dans les intestins inférieurs. Et bien sûr, boire de l'oxymel.
Pourquoi Heidegger ne le faisait-il pas ? Mystère.
Husserl
a raison à propos de la conscience : il est bien le cas que toute
conscience est conscience de quelque chose. Il n'y a rien à faire, on ne
peut pas en sortir. On peut imiter Henri Michaux et fumer de la « beuh »
ou du « shit », ça ne change rien. D'où la question : quel est l'intérêt
de fumer de la « beuh » ou du « shit », si c'est comme ça ?
Lorsque,
même en clignant des yeux, l'homme n'arrive plus à distinguer les
herbes des Vosges, il est forcé de constater que le cercle de ses jours
s'avance et que son être va bientôt revenir à sa source primitive : le
Rien.
Né
en 1883 à Paris, mort en 1965 à New York, Varèse a traversé son siècle
comme un marginal et un solitaire, selon le mot de Pierre Boulez. Mais
le bruit qu'il a fait, pour un marginal et un solitaire ! Inimaginable.
Des sirènes, des bruits de camion, des rugissements... Qu'est-ce que
ç'aurait été s'il avait été sociable... On frémit rien que d'y penser.
« Tu
peux écrire des poëmes, ça ne fait de mal à personne et à vrai dire
tout le monde s'en tamponne le coquillard ; mais tu ne mangeras pas de
l'arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en
mangeras, tu mourras certainement. Non mais tu écoutes ce que je dis, là ? Bon sang ! Il n'écoute même pas, le con ! »
Quand
on croit déceler dans chaque personne que l'on rencontre les symptômes
de la démence, on commence par se sentir soulagé de ne pas être
semblable à ces mabouls, et puis très vite on se sent « seul comme Franz
Kafka ». Alors pour ne plus y penser, on se lance dans les préparatifs
d'une noce à la campagne ou on écrit une « lettre au père ».