mardi 4 décembre 2018

Une hypothèse suffocante


L'ignominie de cette conjecture — l'être — m'étourdit comme feraient les effluves morbifiques des jardins de La Canée.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Amulette inefficace


Contrairement à la pierre Corybas du Mont Mycène, l'idée du Rien ne préserve pas celui qui la porte des visions monstrueuses : le pachynihil se montre en effet impuissant à effacer tout à fait le « monstre bipède » — le fameux « autrui » du philosophe Levinas.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Interlude

Jeune fille lisant les Pensées rancies et cramoisies de J. Zimmerschmühl

Yponomeute toujours


L'yponomeute est un insecte lépidoptère qui attaque les arbres fruitiers (cerisiers, pommiers, pruniers). À la différence de l'homme du nihil — qui « exulte dans sa solitude circulaire » —, les chenilles des yponomeutes vivent en groupe dans des nids qu'elles tissent sur les branches.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

lundi 3 décembre 2018

Tragédie lyrique


Étang de Soustons, deux heures de l'après-midi. On entend au lointain un son funèbre de trompettes mêlé de cris de douleur. Tout le monde est saisi d'un terrible pressentiment.

Alamire. Pleurez tous : je vous apporte une terrible nouvelle.

Irène. Eh bien ? Parle vite !

Antonine. Comme mon cœur bat !

Alamire. Voilà : rien n'a de sens. Dois-je le répéter ? Rien n'a de sens. — Pis encore : rien ne sert à rien.

Irène. Hélas !

Antonine. Quel coup !

Justinien. Si j'étais seul, je me jetterais instantanément à l'eau. Jamais je n'ai ressenti avec une telle violence le besoin de mettre un terme à tout ça.


(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Interlude

Jeune fille lisant Georges Sim et le Dasein de Maurice Cucq

Une idée vorace


L'idée du Rien est carnivore. Les êtres dont la pachyméninge s'ouvrent à cette idée sarcophage sont dévorés par elle en quarante jours, les dents exceptées. Elle boulotte aussi les miroirs, les brosses, les vêtements et les chaussures de l'infortuné. C'est Thrasylle le Mendésien qui l'affirme.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Solipsisme (en manchettes)


Encellulé dans l'icosaèdre du Moi, où toute « réalité empirique » se dilue.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Interlude

Jeune femme posant devant les œuvres complètes de Hermann von Trobben

Ornement de la vie


L'idée du Rien se dresse sur les escarpements de la montagne Ling-nan, élégante et belle, bien qu'elle n'ait pas subi l'action du ciseau ou de la doloire. On l'emploie comme ornement et comme remède aux innombrables horreurs de l'existence. C'est une panacée. Elle guérit les ulcères malins, les fistules ; elle chasse les fantômes, les mauvais esprits. Elle éloigne les miasmes. Cette idée est chose merveilleuse.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Phatique


Tout discours parlant d'autre chose que du Rien relève de la fonction phatique du langage.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

dimanche 2 décembre 2018

Interlude

Jeune femme lisant l'Apothéose du décervellement de Francis Muflier

Hiérogramme


Le suicidé philosophique, son geste fatal accompli, ressemble à un arthropode pris dans un épaississement minéral qu'il fut impuissant à combattre et qui l'immobilisa définitivement. À l'instar de ces trilobites que l'on trouve dans les carrières de marne, seul subsiste de lui un dessin immuable, figure de la sédition au seuil de l'éternelle nuit.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Calcin


Comme l'idée du Rien, les déchirements du calcin peuvent amener des explosions.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Interlude

Jeune femme lisant Philosopher tue de Jean-Guy Floutier (en feuilleton)

Un fertilisant indispensable


Sans l'engrais du pachynihil, l'opulent univers n'existerait pas : il n'y aurait qu'une boue monotone et craquelée, parsemée de redondantes accumulations de pierres dures rotacées, et foulée par des hardes innombrables de ces mammouths à défenses enroulées dont la pointe inoffensive est, ridiculement, au centre de la spirale qu'elles dessinent.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Le Sar dîne à l'huile


La sardine est un petit poisson du genre alose, semblable au hareng, mais plus petit : la pêche de la sardine constitue l'une des plus grandes ressources des pêcheurs bretons. La sardine atteint jusqu'à 25 centimètres de long ; on la pêche de juin à novembre. On la consomme fraîche ou conservée dans l'huile en boîtes de fer-blanc. Ainsi préparée, c'est un article de commerce très important.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

samedi 1 décembre 2018

Interlude

Jeune fille lisant les Scènes de la vie de Heidegger de Jean-René Vif

Dépouillement


Ce n'est ni en Oklahoma ni dans le désert de Mauritanie mais plus prosaïquement aux « goguenots » que l'homme approche le plus de la simplicité. Il en atteint à l'occasion le point extrême, celui après quoi il n'est plus guère que le néant.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Aliénation (comme on dit)


Les grands espaces nécrosés du quotidien.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Interlude

Jeune femme lisant la Mathématique du néant de Włodzisław Szczur

Canaux


Dans la pachyméninge de l'homme du nihil, des canaux de feu étendent un peuple de radicelles que ne guette aucun épuisement prochain. Qu'un geste, un mot, rappelle le caractère insensé de l'existence, et voici leur fontaine bruire et miroiter, déverser l'ardente coulée du Rien dans les rigoles ménagées pour leur incandescence par la finesse réfractaire où elle se faufile et s'étale, pour finalement déboucher dans la mer plate que les savants appellent pensée de l'homicide de soi-même.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Vanité de la lexicographie


L'infinie récursivité du langage fait du lexique un polyèdre scélérat.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

vendredi 30 novembre 2018

Interlude

Jeune fille lisant la Mélancolie bourboulienne de Léon Glapusz

Le nihilique parle


« Échanger la perpétuité minérale contre le privilège ambigu de frémir, de pourrir, de pulluler ? Ah ça, mais... vous m'avez regardé ? »

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Rien n'est ça


Être homme, c'est faire l'expérience de l'inadéquat.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Interlude

Jeune femme lisant Forcipressure d'Étienne-Marcel Dussap

Retour au fétide réel


S'éveiller, c'est un peu comme sortir des cabinets : on quitte avec déchirement un asile douillet où l'on fusionnait — métaphysiquement ! — avec le Rien, pour retomber dans une vie démente et mauve, proliférant sans loi ni limites, produisant à l'envi tumeurs et goitres ; un univers vorace et glissant, pourrissant, couleur de lichens ou de crachats, où l'on a vite fait de s'étaler et de se retrouver la tronche dans le caniveau. — Au demeurant, un opus d'un dessin charmant, rempli de surprises et d'inventions, pour l'amateur désinvolte qui s'en tient aux couleurs, à la composition.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)


Tableau de peinture


Le Christ par trop membru d'un Bramante a les yeux rouges et les cheveux ébouriffés.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)