Hanuš de Lipa
était un chef militaire de Bohême. Il fut seigneur par intérim de
Rataje nad Sázavou avant que l'héritier Jan Ptáček de Pirkstein
n'atteigne sa majorité. Dans sa Chronica Boemorum, Johannes Marignola
dit qu'il était sujet aux hémorroïdes.
Quand Macrobe
lui demanda combien de cartes il voulait, Quinte-Curce répondit
« aucune », comme on pouvait s'y attendre. Polybe en demanda deux, ayant
en main un brelan. Josèphe en réclama cinq car il n'avait, dit-il,
« que de la daube ».
Maurice
Barrès vouait au Moi un véritable culte. Il lui arrivait de rester
pendant des heures sous la pluie pour simplement le voir passer. Mais il
était trop timide pour l'aborder et se contentait de l'observer de loin
avec des jumelles de théâtre. Anna de Noailles en faisait des gorges
chaudes et lui disait qu'il était « un gland ».
Chez nous, à
la maison, c'est moi le grand garçon. J'aime toucher à tout. Je
m'appelle Caillois. Même si je suis grand, je pleure de temps en temps,
mais ça ne dure jamais longtemps. J'ai écrit des livres sur les pierres,
sur le mimétisme animal, sur la dissymétrie. J'ai traduit Borges. Je
m'appelle Caillois. Caillois c'est moi. Voilà.
Quoiqu'il
s'en défendît, sa cécité avait rendu Borges amer et il lui arrivait de
trop écraser le Port-Salut de l'existence — au grand dam de Victoria
Ocampo, de sa sœur Silvina et du peintre Xul Solar. Il faisait des
sorties grinçantes telles que : « Cet exercice continuel, impossible à
ajourner, qui s'appelle vivre ».
C'est
Heisenberg qui l'affirme (et il dit en avoir la quasi certitude) : quand
Schrödinger faisait ses expériences avec des chats, son ami Max
planquait — au cas où la police aurait été alertée par des voisins
choqués du traitement infligé aux félins. Chez Max, c'était comme qui
dirait une constante de planquer.
On appelle
pongistes les disciples de Francis Ponge. Comme leur maître, ils
prennent le parti des choses. Jacques Secrétin, au sourire si doux,
montra une fidélité si parfaite à l'auteur des Proêmes qu'il fut élu
« meilleur pongiste français du siècle ».
Si nous
étions Président de la République, nous prendrions un décret interdisant
de dire : premièrement, qu'un homme ça s'empêche ; deuxièmement, qu'il
faut que tout change pour que rien ne change ; troisièmement, qu'il ne
suffit pas de dire ce l'on voit mais qu'il faut encore voir ce que l'on
voit ; quatrièmement, que mal nommer les choses, c'est ajouter au
malheur du monde. Sous peine de recevoir un certain nombre de coups de
chicote.
Seuls les
solitaires lisent véritablement. Le choix de la solitude s'explique
d'ailleurs souvent par le désir de lire tranquille. Mais ça ne sert à
rien, c'est un leurre. Car aussi bien les livres que la solitude coulent
par les côtés.
Tous les
philosophes vous le diront, l'Être n'est pas un type dont on peut faire
fi. Il possède beaucoup d'influence dans son milieu. C'est un grossium.
S'il ne
voulait plus agir, Carco, c'est parce qu'il trouvait qu'il avait assez
cotisé. Dès qu'il bougeait le petit doigt, on l'obligeait à cotiser. Ça
n'allait pas, cette histoire.
Si l'art est
long, la vie est brève, nous prévient Hippocrate. Se démenât-on comme un
beau diable, on n'a aucune chance de réaliser dans le laps de temps qui
nous est imparti toutes les choses possibles et imaginables (comme de
disputer une course de vélosolex avec Oualid Djoumblatt dans la plaine
de la Bekaa, ou de manger une galette des rois avec Soleimane Frangié — même en faisant abstraction du fait que ce dernier est mort).
En lisant la
biographie que Daniel Halévy a consacrée à Nietzsche, on apprend que le
cheval qu'embrassa le philosophe avant de sombrer dans la démence devint
ensuite artisan pâtissier. Il travailla jusqu'à la fin de sa vie à la
pâtisserie Bella, à Turin, où il confectionnait de délicieux
canistrelli.
Il vaut mieux
« tiser » avec Mgr Tiso que manger un quarter pounder with cheese avec
Adolf Burger — si le but est d'être pompette le plus vite possible.
Le kabbaliste
Abraham Aboulafia, il n'y avait pas besoin de le forcer pour qu'il
boive du gris de Boulaouane, mais pour ce qui était d'abouler, zéro :
Joseph Gikatilla ne put jamais recouvrer les sommes qu'il lui avait
prêtées. Aboulafia prétendait que c'était « de la faute des éons ».
Le credo de
Foucault était surveiller et punir, celui de Thomas Bernhard, trier et
mettre en ordre. Qu'est-ce qui vaut le mieux, on se le demande.
Peut-être trier et mettre en ordre ? À tout prendre et tout bien
considéré ?