samedi 3 janvier 2026

Début de l'univers

 

Il est sinon probable du moins possible que nous soyons venus à l'existence il y a cinq minutes, avec des trous à nos chaussettes et les cheveux trop longs. C'est une idée de Bertrand Russell, qui soutient que l'univers pourrait avoir été créé ex nihilo jeudi dernier. Si ce qu'il dit est vrai, si l'espace-temps peut être arbitrairement tronqué, il va nous falloir « aller au coiffeur » sans perdre de temps — pour les chaussettes, on verra plus tard.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Pénibilité post-mortem

 

Tel l'Indien du général Sheridan, un être humain n'est « bon » que quand il est mort. Et encore, il y en a qui trouvent le moyen d'être pénibles même après leur mort — par exemple le philosophe Jackie Derrida.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Nudité édénique

 

Avant d'être expulsés du paradis terrestre, Adam et Ève ne connaissaient pas la honte d'être à poil de Nicosie. Ils n'étaient seulement jamais allés à Chypre.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Joliesse de la mort


Le fait d'être mort ne ressemble ni à la Louisiane ni à l'Italie ; il n'y a pas de linge étendu sur la terrasse, mais c'est quand même joli (au sens où on a fini de souffrir).
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

vendredi 2 janvier 2026

Anthropophobie

 

Tenté de reprendre à son compte la phrase de Strindberg « Je ne hais pas les hommes, je les crains », on se souvient in extremis qu'on les hait en plus de les craindre, et on ne la reprend pas.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Auxiliateurs

 

À habiter un « monde de néant », on perd sa joie de vivre, alors on prie saint Antoine de Padoue pour la retrouver mais ça ne donne rien. On va être obligé de se tourner vers sainte Rita (les causes désespérées), peut-être même vers Michel Gillibert (les handicapés de la vie).
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Indifférence des morts

 

Les personnes décédées ne voient plus, mais elles paraissent s'en moquer complètement. Elles ne consultent même pas Poulard (l'oculiste). C'est comme si le spectacle du monde avait perdu pour elles tout intérêt.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Fatalitas

 

On est solitaire comme on aime les choux de Bruxelles. C'est plutôt une fatalité qu'un choix. Et dans les deux cas, ça se termine mal.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

jeudi 1 janvier 2026

Destin à la Paderewski

 

Nous serions prêt à parier que si, par quelque facétie du destin, nous nous étions retrouvé pianiste de concert et Premier ministre de la Pologne, nous n'aurions pas été plus « jouasse » de vivre pour autant. Il est même probable que ça n'aurait fait qu'aggraver notre misanthropie. Les concerts... La Pologne... On sait ce que c'est... C'est monstre bipède et compagnie.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

La porte

 

Fernando Pessoa disait qu'il serait toujours celui qui attend qu'on lui ouvre la porte auprès d'un mur sans porte, et comme c'est aussi notre cas, on attendra ensemble, d'accord ? On pourra jouer aux dominos pour passer le temps.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Tu verras

 

Le simiesque Nougaro nous disait que nous verrions, mais c'est lui qui a vu. Il est tombé malade et maintenant il est mort. Alors, qui c'est qui voit, hein ?
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Je suis perdu


Ainsi il y eut un soir et il y eut un matin : ce fut le sixième jour. Dieu vit tout ce qu'il avait fait et il fut complètement atterré. Il offrit à boire au pianiste et lui demanda de jouer sa chanson préférée, « Je suis perdu ». Pendant le morceau, il avala du cyanure et s'effondra. Dans une lettre d'adieu à sa famille, il déclarait qu'il mettait fin à ses jours parce qu'il avait des « doutes sur sa nature perverse ».
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

mercredi 31 décembre 2025

Vaines quêtes

 

L'être humain passe sa vie à chercher des choses que jamais il ne trouve : David Vincent, un raccourci ; Émile Cioran, deux robinets pour sa cuisine, « vieux modèle, hélas » ; Heidegger, ce que c'est que l'être ; Mallarmé, un mot qui rime avec Styx (qui ne soit ni onyx, ni phénix) ; monsieur Tartempion, l'amour. Il ne lui vient pas à l'esprit, à l'être humain, que peut-être ces choses n'existent pas ! Il est trop godiche pour y penser !
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Voracité des bêtes à Michaux

 

Un jour, Cioran accusa Michaux d'avoir laissé sa jument et le petit poulain de cette dernière passer dans le pré, avec comme résultat qu'il n'y avait plus de foin. Michaux dit qu'il était désolé et qu'il veillerait à ce que ça ne se reproduise pas. De façon complètement inattendue, il ajouta qu'il entendait le loup, le renard et la belette (sans doute une référence à Eliade et à ses mythes).
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Mystique sans Dieu

 

Paul Valéry était partisan d'une mystique sans Dieu. Mais malgré son bagout, il ne réussit pas à faire adopter son idée. « Une mystique sans Dieu ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? » — Les gens pensaient qu'il avait fumé de la « beuh » ou du « shit ».
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Timidité devant la vie

 

On se tient devant le portail d'entrée de la vie, et on est comme paralysé. Pour se donner du courage, on se dit qu'on est dans une situation analogue à celle de l'ancien Premier ministre du Japon : soi aussi, après tout, on n'a qu'à sonner — mais on n'ose pas.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

mardi 30 décembre 2025

Monde comme volonté

 

Personne — pas même Schopenhauer lui-même, probablement — n'a lu Le Monde comme volonté et comme représentation en entier. Il y a trop de mots, c'est écrit trop petit et — avouons-le — c'est vite lassant. Par contre, beaucoup de gens font « jore » qu'ils l'ont lu. Il faut dire que pour jouer les ténébreux, c'est moins onéreux existentiellement que le suicide.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Un lecteur de Deleuze

 

On passe sa vie à faire semblant, mais quand il faut mourir, il n'y a plus de semblant qui tienne. Les masques tombent et l'être humain se montre pour ce qu'il est : une machine-organe, un rhizome, un pli. Il a dû lire du Deleuze, ce n'est pas possible.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Mélodistes hors pair

 

Si nous entendons encore une fois l'expression « un mélodiste hors pair », nous allons voir rouge à un point que ce n'est même pas imaginable.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Schopenhauerisme viticole

 

Le pessimiste nous fait penser à ce vigneron qui, voyant que l'on dresse un gibet dans la cour, croit que c'est à lui qu'on le destine et se dit que la vie ne se présente pas sous les meilleurs auspices de Beaune.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

lundi 29 décembre 2025

Ânerie perrosienne

 

L'écrivain Poulot dit Perros prétend que l'eau, les femmes et la mort sont les seules choses qui nous prennent « à loilpé ». Elles nous changent, qu'il dit en plus, le narvalo.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Parle à ma main

 

En 1964, Gabriel Marcel rencontre Emmanuel Levinas à l'Université Libre de Bruxelles. Il l'attrape par son veston et lui dit : « L'été dernier, en Vendée, j'ai assisté à un spectacle équestre où il y avait — oublie-moi — un Hun ! » Levinas en reste bouche bée.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Révolte métaphysique

 

L'existence est une chose horrible et le Dasein en bave des ronds de chapeau. Doit-il se révolter, comme le préconise Albert Camus ? Sans doute, mais comment ? En envoyant des lettres salaces à Maria Casarès ? Elle risque de monter sur ses grands chevaux et alors... ça va être encore pis.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Maurice fait le golmon

 

Maurice Blanchot passe pour un homme grave et même austère, mais d'après Roland Barthes, dès qu'il était seul, il se lâchait et faisait le « golmon ». Toujours selon Barthes, il est arrivé plus d'une fois que Georges Bataille ou Pierre Klossowski se présentent chez lui alors qu'il faisait le « golmon » et lui disent : « Alors Maurice ? On fait le golmon ? »
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

dimanche 28 décembre 2025

Pickles existentiels

 

Pour obtenir des cornichons existentiels « à la Kierkegaard », on fait macérer des cornichons pendant douze heures dans de la saumure, après quoi on les lave à l'eau froide pour les dessaler un peu, on les égoutte, on les essuie avec un linge propre, et on les dépose dans des bocaux en les tassant et en les saupoudrant de considérations vaguement hypnagogiques sur l'être, le néant, la vie, la mort, etc.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Épouvantement

 

La terreur que l'on ressent en découvrant que le temps est irréversible ne peut se comparer qu'à celle que l'on éprouvait, enfant, en entendant la musique du générique des Dossiers de l'écran.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Un démon

 

La femme, par sa manie de procréer, mérite plus qu'Attila le sobriquet d'« ennemi du genre humain ».
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Guano temporel

 

Le temps laisse après lui un sédiment qui imite assez bien les excréments d'oiseaux marins. Si l'on met de côté sa couleur pourpre et sa faible concentration en azote, il a tout du guano. C'est pourquoi un être en proie à la mélancolie s'exclame volontiers : « Guano ! Sédiment pourpre du temps ! »
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

samedi 27 décembre 2025

Délires éruciformes

 

Quand Jean, dans sa première épître, dit : « N'aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde », ce qu'il veut dire en fait, c'est : n'aimez pas de façon démesurée les créatures, les coutumes, les modes du monde ; n'aimez pas sa splendeur, sa pompe, ses « philosophes de la déconstruction » et les volutes smorzando de leurs délires éruciformes.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)