« Quand j'entends le mot vivre, je sors mon revolver ou du poison. » (Luc Pulflop)
lundi 5 novembre 2018
Dix-neuf ans. Surdité. Amour contrarié. Haeccéité.
« Le sang ruisselait de tous côtés. La cavité du crâne était presque complètement vide ; une partie du cerveau adhérait au plancher et l'autre portion plus considérable s'étalait sur le sol. » (Jean-Baptiste Cazauvieilh, Du suicide, de l'aliénation mentale et des crimes contre les personnes, comparés dans leurs rapports réciproques, J.-B. Baillière, Paris, 1840, p. 137)
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Inconcevable
Quand on demanda au législateur d'Athènes pourquoi exactement il n'avait pas fait de loi contre ce volucre — l'épervier — il répondit qu'il ne croyait pas ce crime possible.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Les deux fonctions de l'idée du Rien
L'idée du Rien remplit deux rôles principaux à l'égard des nihiliques : elle leur sert d'assiette et concourt à leur nutrition. Mais en raison du peu d'exigence de l'homme du nihil en matière de substances inorganiques assimilables, on peut dire que la première fonction est bien plus importante que la seconde.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Rites funéraires des Égyptiens
Faire couler le cerveau par les narines à l'aide d'un ferrement approprié, n'est-ce pas là le rêve de tout homme que sa pachyméninge tyrannise ?
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Présence contradictoire
On considère le « Suisse » que l'on vient d'expulser, et il en résulte toujours une stupeur philosophique. Je suis dans ce « Suisse », et je n'y suis pas. Il est moi et non-moi. — On désire une analyse délicate de ceci.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
dimanche 4 novembre 2018
Vrai refuge
Il y a dans la pensée de l'homicide de soi-même quelque chose de gracieux et de doux qui, dans les jours de malheur, nous vient en aide et nous fait supporter l'adversité avec résignation et courage. ― L'amitié ?... vain mot. L'amour ?... dérision cruelle. Mais le Rien que dispense un colt Frontier ou un flacon de taupicide ! Voilà le vrai refuge !
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Manque d'ambition ?
Je pratique un genre méprisé : le vocable 1.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
1. Il s'agit sans doute du vocable « reginglette ». (Note de l'éditeur.)
Mille et unième façon de s'oublier
Suivre à la trace les idées de Salluste, les étiqueter et les classer constitue une tâche que beaucoup ont trouvée absorbante.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Régénération compensatoire
De multiples expériences menées par les savant modernes l'ont montré : après une joie passagère, le dégoût d'exister de l'homme du nihil se reconstitue « aussi vite que la tête d'une hydre d'eau douce après qu'on l'a sectionnée » (Higgins et Anderson, 1931).
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Scintillement dans les ténèbres
La pensée de se détruire qui allège et mobilise le suicidé philosophique, l'haeccéité qui l'épaissit, composent par leur alternance infiniment rapide un vrai mouvement vibratoire et font papilloter et scintiller la suave idée du Rien.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Initiation
Pointant son index osseux d'herméneute, l'idée du Rien initie l'homme à des scènes essentielles : René Crevel se suicidant au gaz dans son appartement parisien, Leopoldo Lugones ingérant un mélange de cyanure et de whisky, Nicolas De Staël se jetant par la fenêtre de son atelier d'Antibes, Paul Celan plongeant dans la Seine les poches lestées de cailloux, etc., ainsi que fait le centaure Chiron dans l'éducation d'Achille.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Nerfs
L'idée du Rien, malgré ses extraordinaires propriétés antipyrétiques et analgésiques, s'avère impuissante à protéger l'homme du nihil contre l'angoisse d'exister. — « Ici s'ouvre le procès du système nerveux », dirait le penseur mondain Paul Valéry.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
samedi 3 novembre 2018
Écorces de garou
Voici comment Cuvier, dans son Cours complet d'histoire naturelle, résume le résultat des recherches de Vauquelin sur les écorces de garou : « Primo, le principe irritant des daphnés est primitivement une huile volatile. Secundo, ces plantes sont d'autant plus irritantes que leur végétation a plus de vigueur, parce qu'alors elles contiennent une plus grande quantité d'huile volatile. Tertio, cette huile se convertissant peu à peu en résine, la force irritante des daphnés diminue en proportion. »
— Ne croirait-on pas reconnaître, dans ces « daphnés » ou « garous », le fétide et rébarbatif réel, et dans cette « huile volatile », l'urticante idée du Rien ?
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Déclin du Moi
« Autrefois, alors qu'il était encore amateur de bon bordeaux, il aimait ponctuer ses adresses au Grand Tout de quelques décharges du colt Frontier qu'il gardait toujours dans une poche de sa redingote, mais désormais son pied goutteux le maintenait dans une stricte tempérance. »
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Périlleuses nuits
Ce n'est pas pendant le jour, lorsque l'action du soleil est dans toute sa force, que l'idée du Rien est le plus redoutable. C'est au contraire lorsque cet astre s'est retiré de l'horizon, lorsque, chez l'homme, l'activité de l'exhalation cutanée et pulmonaire se repose, que lui vient en général la pensée de se détruire.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Ce qui s'appelle « avoir du pot »
Dans une lettre écrite en 1793, le philosophe Johann Gottlieb Fichte déclare qu'il a découvert « un nouveau fondement » sur lequel pourra s'édifier le système de la philosophie en sa totalité.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Une étonnante invention
Vers 1794, le philosophe Johann Gottlieb Fichte décide d'associer les propriétés élastiques de l'air aux principes de l'idéalisme transcendantal. Le Moi gonflable était né. Plus tard, l'existentialiste Martin Heidegger lui apporte une étonnante résistance aux chocs et aux secousses les plus violentes. Il greffe sous l'enveloppe du Moi une carcasse formée de concepts (avenance, conjointure, devancement, facticité, etc.) distribués en étoile, eux-mêmes recouverts par plusieurs nappes de fils rigides. Son invention, qu'il baptise Dasein, obtient un succès fulgurant qui ne devait jamais se démentir.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Page de journal
5 novembre. — Selon Théophraste, le temps est un accident du mouvement, lui-même conséquence nécessaire de toute activité. Par ailleurs, parlant du séneçon commun, il note que l'erigeron fleurit presque toute l'année et que c'est une plante potagère peu estimée.
(Théasar du Jin, Journal ontologique critique)
Traitement de choc
« Afin de faire perdre au philosophe sa fétidité, on a essayé divers agents : l'eau bouillante, l'alcool, l'éther, l'essence de térébenthine, l'acide acétique, une solution alcoolique de potasse... ; mais ces agents s'avèrent trop brutaux : ils réduisent quelquefois "l'ami de la sagesse" à une petite masse punctiforme dans laquelle on ne peut plus distinguer aucune trace de concept. J'en dirai autant de la cuisson, qui peut offrir des avantages pour les philosophes volumineux, mais qui doit être regardée comme un procédé en général très médiocre. » (Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, tome III, Masson et Fils, Paris, 1870, p. 544)
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
vendredi 2 novembre 2018
Un fléau méconnu
« Cette fatale calamité de l'haeccéité, qui, de temps immémorial, est venue épouvanter les populations, ruiner les villes, ravager les campagnes, est très mal connue, dans ses faits généraux comme dans ses détails. » (Maurice Champion, L'haeccéité en France depuis le VI e siècle jusqu'à nos jours, Victor Dalmont, Paris, 1858)
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Un style monotone
La vie, déplore le suicidé philosophique, possède un style triste et maigre, fort au-dessous de la richesse de Tite-Live et de la véhémence de Salluste.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
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