vendredi 7 décembre 2018

Interlude

Jeune femme foulant aux pieds l'œuvre d'Étienne-Marcel Dussap

Écorchés vifs


Si les nihiliques présentent cet aspect scoriacé, c'est qu'ils ont été fondus en de terribles creusets souterrains. Ils semblent continuer de se hérisser et presque d'exploser : partout déchirés, partout agressifs et rebelles, ils fixent les sursauts d'une pensée courroucée, qui se bat, qui se rebiffe où et comme elle peut — celle du Rien

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Plus fort que de jouer au bouchon


« Je décide de bouger le bras, et effectivement je le bouge.
— Comment cela ? »


(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

jeudi 6 décembre 2018

Interlude

Jeune fille lisant l'Appel du nihil de Martial Pollosson

L'être est !


Dans l'Île-de-France, au sein d'une carrière de sable, à mi-hauteur de la paroi, gisent des concrétions de grès siliceux. Elles ont l'apparence de paumes ou de palmes, de mains entrouvertes, de pétales froissés. Quand on ferme les yeux quelques secondes, puis qu'on les rouvre, elles sont toujours là. Les choses — la fameuse « réalité empirique » des philosophes — existent donc bel et bien ! Cela inspire à l'observateur des sentiments mélancoliques et même de l'horreur.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Protiste tératogène


Les protistes sont des organismes vivants unicellulaires, affins aux paramécies. Un protiste susceptible d'engendrer des monstres est dit tératogène.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Interlude

Jeune femme lisant les Exercices de lypémanie de Marcel Banquine

Ressemblance trompeuse


La vie quasi végétative que mène le nihilique, l'habitude qu'il a de rester sans bouger dans son « cagibi rienesque », l'ont souvent fait prendre pour une plante — en général une betterave potagère, Beta vulgaris subsp. vulgaris. Le profane s'y trompe à coup sûr et n'est désabusé qu'avec peine.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Incipit sans suite


« Un matin, au sortir d'un rêve agité, Grégoire Samsa rencontra un sien labadens. »

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

mercredi 5 décembre 2018

Interlude

Jeune fille posant devant les œuvres complètes de Robert Férillet

Vigueur du pachynihil


Jamais plante ne fut plus vivace que l'idée du Rien : même le linceul de glace infusible de la raison pure ne peut en arrêter la croissance svelte.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

L'odieuse grégarité du monstre bipède


« Je vous préviens : ici, tout se joue en ripieno. »

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Interlude

Jeune fille lisant Prière d'incinérer. Dégoût de Luc Pulflop

Convexité salvatrice


Quand le vulgum pecus accepte sans discuter l'existence de la « réalité empirique », l'homme du nihil, plus puissamment bombé, oppose un bouclier efficace à l'invisible mais redoutable pression qu'exercent conjointement l'ontologie fichtéenne et ses propres organes sensoriels.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Règle numéro 11


Par l'homicide de soi-même, échapper au mécanicisme des états mentaux.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

mardi 4 décembre 2018

Interlude

Jeune fille lisant l'Océanographie du Rien de Raymond Doppelchor

Une hypothèse suffocante


L'ignominie de cette conjecture — l'être — m'étourdit comme feraient les effluves morbifiques des jardins de La Canée.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Amulette inefficace


Contrairement à la pierre Corybas du Mont Mycène, l'idée du Rien ne préserve pas celui qui la porte des visions monstrueuses : le pachynihil se montre en effet impuissant à effacer tout à fait le « monstre bipède » — le fameux « autrui » du philosophe Levinas.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Interlude

Jeune fille lisant les Pensées rancies et cramoisies de J. Zimmerschmühl

Yponomeute toujours


L'yponomeute est un insecte lépidoptère qui attaque les arbres fruitiers (cerisiers, pommiers, pruniers). À la différence de l'homme du nihil — qui « exulte dans sa solitude circulaire » —, les chenilles des yponomeutes vivent en groupe dans des nids qu'elles tissent sur les branches.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

lundi 3 décembre 2018

Tragédie lyrique


Étang de Soustons, deux heures de l'après-midi. On entend au lointain un son funèbre de trompettes mêlé de cris de douleur. Tout le monde est saisi d'un terrible pressentiment.

Alamire. Pleurez tous : je vous apporte une terrible nouvelle.

Irène. Eh bien ? Parle vite !

Antonine. Comme mon cœur bat !

Alamire. Voilà : rien n'a de sens. Dois-je le répéter ? Rien n'a de sens. — Pis encore : rien ne sert à rien.

Irène. Hélas !

Antonine. Quel coup !

Justinien. Si j'étais seul, je me jetterais instantanément à l'eau. Jamais je n'ai ressenti avec une telle violence le besoin de mettre un terme à tout ça.


(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Interlude

Jeune fille lisant Georges Sim et le Dasein de Maurice Cucq

Une idée vorace


L'idée du Rien est carnivore. Les êtres dont la pachyméninge s'ouvrent à cette idée sarcophage sont dévorés par elle en quarante jours, les dents exceptées. Elle boulotte aussi les miroirs, les brosses, les vêtements et les chaussures de l'infortuné. C'est Thrasylle le Mendésien qui l'affirme.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Solipsisme (en manchettes)


Encellulé dans l'icosaèdre du Moi, où toute « réalité empirique » se dilue.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Interlude

Jeune femme posant devant les œuvres complètes de Hermann von Trobben

Ornement de la vie


L'idée du Rien se dresse sur les escarpements de la montagne Ling-nan, élégante et belle, bien qu'elle n'ait pas subi l'action du ciseau ou de la doloire. On l'emploie comme ornement et comme remède aux innombrables horreurs de l'existence. C'est une panacée. Elle guérit les ulcères malins, les fistules ; elle chasse les fantômes, les mauvais esprits. Elle éloigne les miasmes. Cette idée est chose merveilleuse.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Phatique


Tout discours parlant d'autre chose que du Rien relève de la fonction phatique du langage.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

dimanche 2 décembre 2018

Interlude

Jeune femme lisant l'Apothéose du décervellement de Francis Muflier

Hiérogramme


Le suicidé philosophique, son geste fatal accompli, ressemble à un arthropode pris dans un épaississement minéral qu'il fut impuissant à combattre et qui l'immobilisa définitivement. À l'instar de ces trilobites que l'on trouve dans les carrières de marne, seul subsiste de lui un dessin immuable, figure de la sédition au seuil de l'éternelle nuit.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)