mercredi 20 septembre 2023

Un affreux pastis

 

« Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage, ou comme cestuy-là qui conquit la toison...
— Non.
— Comment ça, non ?
— Ce sont deux poëmes différents. Tu yoyotes.
— Comment ça, deux poëmes différents ?
— L'un est d'Alfred de Musset, l'autre de Joachim du Bellay.
— Eh bien ça alors ! Ça me la coupe ! Bon diousse de bon diousse !
— Eh oui. C'est peut-être triste mais c'est ainsi. »
 
(Marcel Rocabois, Le Néant et l'être)

Husserl et le pélican

 

Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage, dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux, le philosophe Edmond Husserl court sur le rivage en le voyant au loin s'abattre sur les eaux et lui crie : « Toute conscience est conscience de quelque chose ! Toute conscience est conscience de quelque chose ! » Depuis le temps que ça dure, le pélican en a ras la casquette. Comme il aimerait, le pélican, envoyer le phénoménologue aux cinq cents diables, et avec lui tous les « amis de la sagesse » !
 
(Marcel Rocabois, Le Néant et l'être)

Parle à ma main

 

Un jour, en Vendée, le Dasein heideggérien a assisté à un spectacle équestre où il y avait — oublie-moi — un Hun !
 
(Marcel Rocabois, Le Néant et l'être)

mardi 19 septembre 2023

Un pas grand chose

 

À la question « Qui suis-je ? », le nihilique n'apporte pas exactement la même réponse qu'Oberman. La sienne est : « Pour l'univers, rien ; pour moi, rien non plus. En résumé : pas grand chose. » Pour un peu, il s'identifierait au Rien, n'était ce panaris qui le fait cruellement souffrir !
 
(Marcel Rocabois, Le Néant et l'être)

Gueule asymétrique

 

À la fin de sa vie, Joris-Karl Huysmans se plaignait d'avoir « une gueule asymétrique ». Il avait une grosseur à la joue due à son cancer de la mâchoire. « Dieu m'a sapé », soupirait-il. Dieu... la vie... mieux vaut ne rien dire, on risquerait d'être grossier.
 
(Marcel Rocabois, Le Néant et l'être)

Sens de la vie

 

On se plaint de ce que la vie n'a pas de sens, mais quand on essaie d'imaginer quel sens elle pourrait avoir, on sèche. Alors autant faire « jore » que ça n'a pas d'importance...
 
(Marcel Rocabois, Le Néant et l'être)

lundi 18 septembre 2023

Catéchisme

 

« Alors Judas a fait la poucave et les Romains ont arrêté Jésus. Mais ensuite, Judas n'a pas pu supporter la gênance et il s'est pendu.
— Oh, fan de chichourle ! Pécaïre ! Des bartavelles, tu dis ? »
 
(Marcel Rocabois, Le Néant et l'être)

Biographie du Grandiloque

 

Émile Cioran commence sa carrière « au fond du monde ignoble des viscères, des muqueuses et des humeurs, parmi une foisonnante et trouble fermentation ». C'est sa période « fœtus », qui va de fin 1910 à début 1911. Le 11 avril 1911, il se retrouve à l'air libre. Très vite, anxieux de s'exhausser à l'impérissable et de faire oublier son origine immonde, il se lance dans l'écriture d'aphorismes, encouragé en cela par sa « muse » Simone Boué. En 1949, avec la parution de son Précis de décomposition, il s'empare du titre de « négateur universel » jusque-là détenu par le grec Pyrrhon. Mais ce n'est qu'en 1986, avec ses Exercices d'admiration, qu'il devient véritablement célèbre. « J'ai connu toutes les formes de déchéance, y compris le succès », confie-t-il au professeur Basile Munteanu. Son œuvre, ironique et apocalyptique, est marquée du sceau du pessimisme, du scepticisme et de la désillusion.
 
(Marcel Rocabois, Le Néant et l'être)

Magie de la poésie

 

Les poëmes, ça va quand on est bien disposé, mais quand on est d'humeur caustique c'est une autre histoire. Tout vous paraît alors d'un niais... Ainsi, Apollinaire avec son pharaon et ses vagues de briques. Carre-les-toi dans le fiak, tes vagues de briques, hé, pot de pisse !
 
(Marcel Rocabois, Le Néant et l'être)

dimanche 17 septembre 2023

Un gars sensé

 

Le philosophe Wittgenstein n'était pas tellement partisan qu'on cherche à exprimer l'ineffable. Face à l'ineffable, il trouvait qu'il valait mieux « fermer sa boîte à camembert ».
 
(Marcel Rocabois, Le Néant et l'être)

Le nihilique, un éternel adolescent ?

 

Si vous saupoudrez vos commentaires désabusés (sur l'être et tout ce qui s'ensuit) de références à Joseph de Maistre et à Tacite, on ne vous taxera pas d'immaturité car « ça fait sérieux », et pourtant... Qui, sinon un éternel adolescent, pourrait soutenir sérieusement que « rien n'est » ou — variante — que « tout pue » ? On peut supposer que, vers l'âge de dix-sept ans, quand il a vu à quoi ressemblait le « monde des adultes », le nihilique a été victime d'un « choc septique », et que sa croissance intellectuelle s'en est trouvée bloquée. Mais attention ! Ce n'est qu'une hypothèse ! Il est possible après tout qu'il dise vrai, que rien ne soit et que tout pue !
 
(Marcel Rocabois, Le Néant et l'être)

Méditation cartésienne

 

Quand on visite un aquarium, on en vient fatalement à se poser la question : « Pourquoi les poissons ont-ils tous des gueules de con ? Serait-ce une preuve de l'existence de Dieu ? »
 
(Marcel Rocabois, Le Néant et l'être)

Encore une belle journée

 

Le soleil vient de se lever. On attend l'ami Ricoré, avec son pain et ses croissants, mais au lieu de l'ami Ricoré, c'est la pensée que « rien n'est » qui surgit — suivie immédiatement par la pensée que tout est vain, que l'homme vit isolé dans un univers de menace et de désolation sans autre perspective que la mort. Alors on suit le conseil du « négateur universel » Émile Cioran, on se recouche et on gémit. Tout ça ne va donc jamais finir, sacré nom d'une pipe ?
 
(Marcel Rocabois, Le Néant et l'être)

dimanche 16 juillet 2023

Ce qui serait bath

 

Être né à Melo, ville aux coloniales maisons, au milieu de cette panique plaine qui a la double et terrifiante caractéristique d'être interminable et proche du Brésil, c'est ça qui serait bath. On serait comme le poëte Emilio Oribe, un peu.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

jeudi 13 juillet 2023

Une inquiétante hypothèse

 

Et si Bergson avait raison ? Si la durée n'était rien d'autre que la pénétration mutuelle d'états de conscience hétérogènes, ainsi que leur apparition continue sans ordre ni interruption ? On serait dans de beaux draps et même dans de beaux drillards !
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

lundi 10 juillet 2023

Dévitalisation du Grandiloque

 

Dans ses Cahiers, le négateur Émile Cioran dit que la mort de son ennemi juré Lucien Goldmann lui inspira des sentiments contradictoires où se trouvait de tout, même du regret. Sa rancune était devenue sans vigueur. Le négateur était victime d'un phénomène de dévitalisation !
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

lundi 26 juin 2023

Gigot glacé

 

En mourant, le négateur Émile Cioran nous a laissés dans une solitude existentielle, une finitude et un absurde assez semblables à ceux d'un gigot glacé.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

samedi 17 juin 2023

Ce cher visage du passé

 

Des billets doux, des mois d'avril, des rendez-vous, ne reste rien que l'impression hautement « malaisante » d'avoir été pris pour une poire.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

samedi 18 mars 2023

Origine impure des romans, des sonates et des tableaux de peinture

 

Tous ces romans, toutes ces sonates, tous ces tableaux de peinture, à quelle fin ont-ils été créés  ? À une seule et unique fin : promouvoir le Moi de leur auteur. — C'est effrayant, quand on y pense.
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Husserl revisité

 

Toute conscience est conscience de quelque chose, sauf dérogation.
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

vendredi 17 mars 2023

Boursouflés Unlimited

 

La passion que nourrissait le « négateur universel » Émile Cioran pour le dramaturge William Shakespeare n'est pas étonnante. Entre grandiloques...
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Dialogue philosophique


Martin Heidegger : Dis donc, Hannah, il y a une question qui me turlupine. À quoi pense-t-on quand on ne pense à rien ? À un point mathématique ? Au pape François ?
Hannah Arendt : Au pape François.
Martin Heidegger : Ah. Danke.
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Roi de la Création

 

Ouvrez un crâne au hasard, vous verrez qu'il ne contient qu'une boue visqueuse faite de fragments de poëmes, de slogans publicitaires et de bribes de chansons de Michel Fugain. Il n'y a pas de quoi être fier. Pourtant, le monstre bipède arbore un air avantageux. Il est le roi de la Création, le céoène !
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Tuouaouar

 

Les ceusses qui aiment la vie s'exclament chaque matin en s'éveillant : « Ô joie suprême ! Ô bonheur ineffable ! Nous sommes vivants ! » Et en effet ils sont vivants, les bredins. Mais ils ne paient rien pour attendre. Il y a des limites à la provocation. Tuouaouar !
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

jeudi 16 mars 2023

Chasse au concept

 

« 7 octobre. Je rencontre Bergson, fusil en bandoulière. “Bonne chasse ?” Il ne répond pas mais me gratifie d'un sourire jusqu'aux oreilles, ouvre son carnier et me montre les concepts qu'il a dégommés, parmi lesquels se trouve... l'élan vital ! Je n'en crois pas mes yeux. » (Léon Brunschvicg, Journal spinoziste, Paris, Alcan, 1907)
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Un chef-d'œuvre de grinçant

 

La vie... Tellement horrible qu'on dirait un simulacre, une parodie, une caricature croquée par le cruel Daumier.
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Le salut par le Tigron

 

Pour supporter les crises d'asthme que lui donnait le réel, il arrivait que le « négateur universel » Émile Cioran envoyât Simone à l'épicerie du coin lui acheter une ou deux bouteilles de Tigron.
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

mercredi 15 mars 2023

Tristesse du monde

 

S'il n'existait rien de plus triste, dans la « réalité empirique », qu'une fête foraine, on pourrait dire que le monde est triste comme une fête foraine. Mais il y a plus triste qu'une fête foraine, il y a... un bal de mariage. Il faudra donc dire que le monde est triste comme un bal de mariage.
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Procréation

 

Un être humain qui naît — un de plus ! —, c'est une victoire du méphitique Grand Tout. Mais ce n'est ni le lieu ni le moment d'en parler.
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)