Verlaine :
Des peaux-rouges criards ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
Quels peaux-rouges criards ? Il n'a jamais été question de peaux-rouges
criards ! D'où ils sortent, ces peaux-rouges ? On n'est pas au Far West,
merde !
Rimbaud : Ouais, déso. Je sais pas ce qui m'a pris.
Les vivants
sont des créatures versatiles. Un jour ils sont gluckistes, le lendemain
piccinnistes. Un mort, au contraire, s'il aime Pergolèse, c'est pour
l'éternité.
Paul Verlaine
dit que la vie est là, simple et tranquille. Il poursuit ses
insinuations en suggérant que cette paisible rumeur-là vient de la
ville. Il nous prend pour des « billes ».
Pour pénétrer
quelqu'un, pour le connaître vraiment, il faut lui demander ce qu'il
entend par prisme. Entend-il un polyèdre ayant généralement deux bases
égales et parallèles, et dont les faces latérales sont des
parallélogrammes ? Sinon, inutile de continuer.
Des ennuis,
toujours des ennuis... On est en train de descendre des fleuves
impassibles, les choses se passent plutôt bien, et tout d'un coup,
patatras : on ne se sent plus guidé par les haleurs.
La vie, on
dira ce qu'on voudra, c'est quelque chose. Après une quantité effarante
de tribulations, on arrive enfin rue Lepic devant chez Marchandot mais
le salop n'ouvre pas. On est obligé de gueuler : « Marchandot !
Marchandot ! Debout là-dedans ! Ton cochon, Marchandot ! Marchandot !
Marchandot ! » au risque de se faire arrêter par une patrouille (et bien
sûr, ça ne manque pas).
Dans
son Prologue de Madame Putiphar, Pétrus Borel affirme que « le bonheur
vrai n'existe que dans la fosse. » Il enfonce le clou en disant que
« sur la terre on est mal, sous la terre on est bien ». Ces assertions
nous font reconnaître en lui un « déçu de la vie » et l'on se sent d'un
coup moins seul.
« Purifiez
votre bouche même lorsque vous avez prononcé le mot Bouddha », ordonne
le Tsong-Kaba. « Et si vous avez dit cyclomoteur, alors là... oh mes
amis !... »
Plus on
connaît de mots, plus on se convainc que l'adjectif qui permet le mieux
de décrire un crépuscule est palmatilobé. Oui, en vérité nous le disons :
un crépuscule palmatilobé.
Il y a chez
la femme quelque chose de chthonien. Elle a beau s'efforcer de paraître
céleste, on reconnaît à mille détails qu'elle appartient au monde
souterrain. Son corps, de couleur bleuté à gris-noir, est composé d'un
protoplasme flasque et caoutchouteux. Elle creuse des tunnels dont les
parois sont couvertes d'une sorte de lave vitrifiée. Mais surtout, ce
qui trahit son caractère chthonien, c'est son appétence pour les
« magazines féminins ».
Quand ça ne
va pas fort, quand on broie du noir et qu'on n'aperçoit pas de fin à son
marasme existentiel, il n'y a pas que le suicide, on peut aussi aller
au musée de l'Homme regarder des crânes et des masques. — À condition
d'être dans le coin, c'est-à-dire.
Pour échapper
aux tracas de l'amour et de l'amitié, être une personne déplaisante est
encore ce qu'il y a de mieux. On peut aussi puer des pieds ou de la
gueule, mais c'est une solution moins sûre.
Il y a plus
de choses dans le ciel et sur la terre que n'en a jamais rêvé la
philosophie des Horatio de tout poil. Un exemple entre mille : le
vocable bouillabaisse.
C'est
l'auteur, rien de moins, que Barthes abat dans la rue des Martyrs —
s'il est permis d'appeler ainsi son ouvrage La Mort de l'auteur. Dans ce
dernier, il affirme en effet que « la naissance du lecteur doit se
payer de la mort de l'auteur » !
Refuser
d'avoir une vie ; être de Bezons : les deux peuvent se faire par haine
du conformisme. On ne veut pas « rechercher le bonheur » comme tous ces
goujats qui prennent les vignettes.
Certains
végétaux ont, plus que d'autres, la capacité d'engendrer une ombre
propice au nocher. C'est le cas de l'oranger, mais aussi — avec quel
effarement on le découvre ! —, celui de la vigne féconde.
Bien qu'il se
donne des allures de matamore, l'être humain évite soigneusement la
région située entre la rivière Soungari et les monts Sikhote-Aline, car
il a peur de se faire attaquer par les hounghoutzes.