« Quand j'entends le mot vivre, je sors mon revolver ou du poison. » (Luc Pulflop)
mardi 25 décembre 2018
La vérité sur les féculents
Progressons dans la voie du suicide : enfermons tout l'encéphale dans une pluche de pomme de terre.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Immortalité
Les coquilles des mollusques, les ramures des cervidés, l'ivoire et la corne, la carapace des tortues, l'ambre gris des cétacés... On n'en finirait pas d'énumérer les appendices extérieurs des corps vivants qui, parce qu'ils échappent à la décomposition organique, ont instillé dans l'esprit du monstre bipède l'extravagante idée de l'immortalité. Mais quant à l'homme du nihil, il n'est pas si facile à duper : il a lu Marc Aurèle.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Une drôle d'idée
« À cette époque, j'imaginai de mettre un point final à la littérature en y instaurant la dictature de la fécalité, en remplaçant dans les brochures les mots par des étrons. »
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
lundi 24 décembre 2018
Végétation
La nature selon Gragerfis : « une immense et comme invincible réserve de forces femelles, à la fois passives, sournoises et voraces ». Dans son Journal d'un cénobite mondain, l'infatigable polygraphe confie que ce déchaînement lent et silencieux lui a toujours causé « une peur atroce ».
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Arcane
Les excréments ne coïncident pas, il s'en faut de beaucoup, avec l'étendue et la variété du monde. À l'évidence, le monde contient quantité d'autres êtres ou choses, dont certains attirent et surprennent autant. Mais aucun objet, aucune créature, n'interroge davantage l'étant existant — le fameux « Dasein » des existentialistes — que ce hiéroglyphe protéiforme et versicolore : l'étron.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
dimanche 23 décembre 2018
Univers
Par l'univers, l'homme du nihil entend non seulement les cieux et la terre, mais encore le vide infini qu'il décèle au-dedans du monde, et en particulier de soi-même.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Dissymétrie
Conjecturant dans la dissymétrie une des forces vives de la nature, certains suicidés philosophiques choisissent de délaisser l'harmonieux et maniable colt Frontier pour l'incommode fusil Krag-Jørgensen (dont le magasin, faut-il le rappeler, est placé sur le côté). Présente même où elle n'a que faire — par exemple dans l'homicide de soi-même —, la postulation dissymétrique y rappelle qu'elle est capable de s'imposer avec faste, même là où ses effets ne sont qu'encombrants et nuisibles.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Ambition littéraire
Dire en une prose gloméruleuse toute la souffrance du volucre.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
samedi 22 décembre 2018
Instabilité
Le suicidé philosophique, soumis à l'attraction fatale du nihil, est un être fondamentalement instable : il rappelle ces éléments chimiques, créés en laboratoire, qui se maintiennent seulement quelques centièmes de seconde avant de se désintégrer, et qui avaient pourtant leur case réservée dans le tableau périodique de Mendeleïev 1.
1. Ce dont ne peut se targuer le suicidé philosophique, qui apparaît plutôt — et d'abord à soi-même — comme une « erreur de la nature ».
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Tourbillon de la vie
Autrefois, j'ai connu Ferdousi dans Mysore, mais nous nous sommes, depuis, perdus de vue.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Discours silencieux
Un mystérieux isolement, que manifeste jusqu'à leur apparence, met entre les suicidés philosophiques et le vulgum pecus une distance difficile à réduire et qui fait leur force. Ils obligent à l'observation, ils sont par nature « ouverts ». Rien de surnaturel ne les hante. Aucun sacré ne les habite : ils se refusent à tout culte et ne conseillent aucune piété. Ils ne sont pas des symboles : ils ne signifient rien qu'eux-mêmes. Le discours sur le Rien auquel ils invitent reste silencieux ; il naît d'une taciturnité toujours nouvelle, qui surprend d'abord mais qui découle naturellement de ce qu'ils sont, comme qui dirait, « décédés ».
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
vendredi 21 décembre 2018
Un ami précieux
Élargissant sans cesse le cercle d'une solitude où il se condense peu à peu en un amas punctiforme, le nihilique en vient à reconnaître dans le taupicide son seul ami véritable. Situé à l'extrême de la taciturnité, le nitrate de baryum qui en constitue la partie principale est placé du même coup aux antipodes de l'homme et de la pensée. On le devine contenir en sa masse impassible la totalité des transformations possibles de la matière, sans rien en exclure — surtout le néant.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Hommage à Jean-Guy Floutier
Limon noir
Comme le Nil, l'idée du Rien charrie un précieux limon noir : c'est un fleuve nourricier. Et ainsi que l'a souligné Gragerfis : « ce fleuve bienfaiteur, il ne tient qu'à chacun d'en accroître, fût-ce pour une part infinitésimale, les antiques alluvions ». — Comment ? Mais par l'homicide de soi-même !
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Désespérance du peuplier
L'andante convient assez à la désespérance de l'homme du nihil — et à celle, plus feuillue, du peuplier.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
jeudi 20 décembre 2018
Inscription à :
Commentaires (Atom)




























