« Quand j'entends le mot vivre, je sors mon revolver ou du poison. » (Luc Pulflop)
samedi 8 décembre 2018
Autre désespéré
La lourde masse déchiquetée d'un autre suicidé philosophique, retiré celui-là du lac Supérieur, paraît s'enorgueillir de pouvoir montrer, malgré son épaisseur, l'effilé, l'émacié propre au nihilique et qu'on ne constate jamais sur les sectateurs du Grand Tout. Il fait savoir qu'il fut porté à une terrible incandescence par l'idée du Rien, puis laissé à refroidir interminablement au fond d'eaux calmes, où une lente chimie, sans en émousser les aspérités, le recouvrit d'une patine polychrome.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Bouturage de polype
Pour celui qu'insupportent les herbacées absurdes du réel, couper et bouturer des polypes ne sont pas de vaines distractions.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
vendredi 7 décembre 2018
Océanographie du Rien
« Le mérou est une foutaise », disait le commandant Cousteau, lequel avait terminé ses études de biologie marine en s'adonnant au billard à trois bandes et à la lecture de Schopenhauer et de Raymond Doppelchor.
(Edmond Chassagnol, Théorie du trop-plein)
Un désespéré
Pour attester les actions brutales, nous ferons choix des suicidés philosophiques, et d'abord de l'un d'eux, originaire de Nelson, au nord de la Nouvelle-Zélande. Tordu, désarticulé — l'apophyse odontoïde étant presque entièrement sortie de l'anneau —, il évoque une flamme comme on en voit effilochées par la brise du soir. Mais cette fois, une magie a saisi la flamme au moment de sa dispersion : la voici devenue solide et restée mince, image durable et véridique de la puissance du pachynihil.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Plus de grinçant !
Chaque existence est un poëme où retentit l'atroce ironie du Grand Tout.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Écorchés vifs
Si les nihiliques présentent cet aspect scoriacé, c'est qu'ils ont été fondus en de terribles creusets souterrains. Ils semblent continuer de se hérisser et presque d'exploser : partout déchirés, partout agressifs et rebelles, ils fixent les sursauts d'une pensée courroucée, qui se bat, qui se rebiffe où et comme elle peut — celle du Rien.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Plus fort que de jouer au bouchon
« Je décide de bouger le bras, et effectivement je le bouge.
— Comment cela ? »
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
jeudi 6 décembre 2018
L'être est !
Dans l'Île-de-France, au sein d'une carrière de sable, à mi-hauteur de la paroi, gisent des concrétions de grès siliceux. Elles ont l'apparence de paumes ou de palmes, de mains entrouvertes, de pétales froissés. Quand on ferme les yeux quelques secondes, puis qu'on les rouvre, elles sont toujours là. Les choses — la fameuse « réalité empirique » des philosophes — existent donc bel et bien ! Cela inspire à l'observateur des sentiments mélancoliques et même de l'horreur.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Protiste tératogène
Les protistes sont des organismes vivants unicellulaires, affins aux paramécies. Un protiste susceptible d'engendrer des monstres est dit tératogène.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Ressemblance trompeuse
La vie quasi végétative que mène le nihilique, l'habitude qu'il a de rester sans bouger dans son « cagibi rienesque », l'ont souvent fait prendre pour une plante — en général une betterave potagère, Beta vulgaris subsp. vulgaris. Le profane s'y trompe à coup sûr et n'est désabusé qu'avec peine.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Incipit sans suite
« Un matin, au sortir d'un rêve agité, Grégoire Samsa rencontra un sien labadens. »
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
mercredi 5 décembre 2018
Vigueur du pachynihil
Jamais plante ne fut plus vivace que l'idée du Rien : même le linceul de glace infusible de la raison pure ne peut en arrêter la croissance svelte.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Convexité salvatrice
Quand le vulgum pecus accepte sans discuter l'existence de la « réalité empirique », l'homme du nihil, plus puissamment bombé, oppose un bouclier efficace à l'invisible mais redoutable pression qu'exercent conjointement l'ontologie fichtéenne et ses propres organes sensoriels.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Règle numéro 11
Par l'homicide de soi-même, échapper au mécanicisme des états mentaux.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
mardi 4 décembre 2018
Une hypothèse suffocante
L'ignominie de cette conjecture — l'être — m'étourdit comme feraient les effluves morbifiques des jardins de La Canée.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Amulette inefficace
Contrairement à la pierre Corybas du Mont Mycène, l'idée du Rien ne préserve pas celui qui la porte des visions monstrueuses : le pachynihil se montre en effet impuissant à effacer tout à fait le « monstre bipède » — le fameux « autrui » du philosophe Levinas.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Yponomeute toujours
L'yponomeute est un insecte lépidoptère qui attaque les arbres fruitiers (cerisiers, pommiers, pruniers). À la différence de l'homme du nihil — qui « exulte dans sa solitude circulaire » —, les chenilles des yponomeutes vivent en groupe dans des nids qu'elles tissent sur les branches.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
lundi 3 décembre 2018
Tragédie lyrique
Étang de Soustons, deux heures de l'après-midi. On entend au lointain un son funèbre de trompettes mêlé de cris de douleur. Tout le monde est saisi d'un terrible pressentiment.
Alamire. Pleurez tous : je vous apporte une terrible nouvelle.
Irène. Eh bien ? Parle vite !
Antonine. Comme mon cœur bat !
Alamire. Voilà : rien n'a de sens. Dois-je le répéter ? Rien n'a de sens. — Pis encore : rien ne sert à rien.
Irène. Hélas !
Antonine. Quel coup !
Justinien. Si j'étais seul, je me jetterais instantanément à l'eau. Jamais je n'ai ressenti avec une telle violence le besoin de mettre un terme à tout ça.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
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