samedi 8 août 2026

Poésie fantaisiste vs. homicide de soi-même

 

Nonobstant la rumeur, se jeter sous un autobus ou dans un puits busé est plus simple que d'écrire de la poésie fantaisiste dans le style de Paul-Jean Toulet : on n'a pas besoin de chercher des rimes, ni même des contrerimes.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Hans, fais gaffe

 

Le peintre Hartung devrait faire très attention. À l'endroit où il pose ses pinceaux, notamment. 
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Leucocytes

 

Dans la pièce de Claudel, l'annonce faite à Marie est celle que ses résultats d'analyses sont mauvais et qu'elle va devoir être très courageuse.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Tristesse de Chopin d'Ulysse

 

Dans le chant V de l'Odyssée, Ulysse est prisonnier sur l'île d'Ogygie où règne l'inflexible nymphe Calypso. Il passe ses journées sur le rivage à pleurer en contemplant la mer « et toute la douceur de sa vie coule avec ses larmes ». En d'autres termes, le héros grec a le mal du pays et est en proie à une immense tristesse de Chopin.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

vendredi 7 août 2026

Archétypes

 

Dans le ciel des idées platoniciennes, il y a le modèle de tous les objets possibles et imaginables, jusqu'aux plus loufoques comme la « vibropondeuse rhéographique » de Théasar du Jin.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Méditation merleau-pontienne

 

Possédons-nous un corps ou sommes-nous notre corps ? Si la deuxième hypothèse est la bonne, nous sommes dans de beaux draps et même dans de beaux drillards (le drillard est un chêne rouvre).
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Révélation par la tarte aux poireaux

 

Lorsqu'il s'agit de Bach, Émile Cioran oublie sa posture de négateur universel : il s'enflamme et serait presque tenté de croire. Mais il y a plus fort que Bach : quand Simone lui sert une succulente tarte aux poireaux, il n'y a plus aucun doute : Dieu existe.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Pensées de Pascal et d'ailleurs, by Maurice Gaber

 

“Achingly beautiful! Coruscating! Wickedly funny! Gaber's Pensées de Pascal et d'ailleurs holds the reader's attention in an iron grip. It will appeal to the serious scholar and general reader alike. A stunning debut!”
 
(The Montcuq Review of Books)

jeudi 6 août 2026

Métempsycose

 

Pour décider si cela présente un quelconque intérêt d'adhérer à la métempsycose, il faudrait d'abord savoir ce que c'est que l'âme. Mais on ne vous dit rien.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

L'épouvante du faire

 

Quand on s'est habitué à l'inaction (comme c'est le cas de l'homme frappé d'acédie monastique), la moindre chose à faire prend des proportions démesurées et vous plonge dans les affres. Peut-être pas celles de la quarantaine au féminin, mais quand même les affres.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Luxe de l'inaction

 

Travailler est abrutissant, peu importe le genre de travail. On se sent une fourmi de dix-huit mètres, il ne nous manque que le petit chapeau sur la tête. Si on en avait les moyens, on ne ferait rien. On verrait qui se fatiguerait le premier.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Déchus !

 

Adam voulait connaître, ça le démangeait depuis un moment. Alors il a désobéi à Dieu, il a mangé la pomme et... et le résultat, c'est que maintenant on est déchus. Si on l'avait sous la main, le gars Adam, on lui demanderait : « T'es content, narvalo ? »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

mercredi 5 août 2026

Deux artistes « baths »

 

Baudelaire trouvait qu'à la fois le peintre Eugène Boudin et le compositeur Ernest Chausson étaient « aux pommes ». Leurs œuvres lui plaisaient, il n'y avait pas à dire.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Cioran et les rossignols

 

Le négateur Émile Cioran commet une faute de goût quand il dit que « dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter ». Le vocable roter provoque en nous un malaise diffus, analogue à celui qui gagne le partant quand vient le moment de mettre un terme à une longue carrière coloniale.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Un mec pas baisant

 

D'après George Bernard Shaw, le mari de la théosophe Annie Baisant, Frank Baisant, ne l'était pas tellement. Il dit même que c'était un vrai fidgarce (ou fidjarce). Il conclut par : « Allez, tôpette ! »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Deux cruches

 

Nous avons beau essayer de nous y intéresser, le sort d'Anna Karénine et celui d'Emma Bovary nous sont indifférents. Ce sont deux pochetées et même — après tout pourquoi ne pas le dire — deux cruches. Elles s'imaginent qu'il y a mieux mais il n'y a pas mieux, tout le monde sait ça. Les choses ne peuvent aller que de mal en pis.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

mardi 4 août 2026

Priez pour nous pauvres pécheurs

 

L'expression « le fruit de vos entrailles » est totalement répugnante et quand on l'entend, c'est instantané, on est guéri à tout jamais de l'envie d'avoir des « entrailles ».
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Fréquentations


Les seules personnes à peu près fréquentables sont celles qui ont le sentiment d'avoir échoué en tout. Mais même elles, on s'en passe.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Aux chiottes les cabossés de la vie

 

Les individus qui s'affichent comme des « cabossés de la vie » sont particulièrement horripilants. Ce sont sans exception des imposteurs. Le véritable « cabossé de la vie » n'exhibe pas son cabossage. Personne ne sait qu'il est un « cabossé de la vie ». Il vit dans une casemate côtière, mange des nouilles, et ingurgite un grand bol de Ricoré au petit-déjeuner.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Un pifasse

 

Rimbaud, archétype des « écorchés vifs », termine son poëme Qu'est-ce pour nous, mon cœur par cette exclamation : « J'y suis ! J'y suis toujours ! » Selon Edmond Jaloux, ce vers mime l'interruption brutale de la fiction héroïque qui emportait l'esprit du poëte. Possible, mais ce qui est sûr c'est qu'on eût préféré qu'il n'y fût plus car il nous court sur le haricot, avec ses simagrées. Polluant éternel, Rimbaud appartient à la famille des « pifasses ».
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

lundi 3 août 2026

Pensées de Pascal et d'ailleurs, by Maurice Gaber

 

Pensées de Pascal et d'ailleurs is a groundbreaking achievement, impeccably researched and brilliantly argued. Maurice Gaber's work is accessible but also comprehensive, really turning the topic on its head and taking an unflinching look at the concept of monstre bipède. This is an ambitious and timely piece that absolutely cannot be ignored.”
 
(The Paris Review)

Infinie diversité du monde

 

À un quidam qui s'extasie devant « l'infinie diversité du monde », il est tentant de rappeler que ce monde est fait de quarks, de bosons, de gluons, et d'un tas d'autres particules plus ou moins dégoûtantes. Vous allez voir la tête du quidam quand il va entendre ça, il va en avaler son dentier, le type.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Carte de l'au-delà

 

« Vous n'allez pas le croire mais depuis que je suis décédé, j'oublie tout. Plus rien à faire du tout. Je m'envoie — métaphysiquement — en l'air, ça c'est super. Folie légère, c'est fou. Signé : Bigeard. »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Tuouaouar

 

Le philosophe Hoene-Wroński dit qu'on ne saurait vivre sans absolu mais nous allons lui montrer que si.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

dimanche 2 août 2026

Adieux à Gand

 

C'est au moment de mourir que l'homme renonce aux langoustines assaisonnées de mayonnaise maison ainsi qu'au « muscadet salivant ». S'il est gantois, il fait aussi ses adieux à Gand.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Équipement du périèque

 

Afin de mettre hors service la réalité empirique, on se munira de pinces coupantes et — pour détourner les influences maléfiques pendant qu'on opère — d'un masque apotropaïque.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

De la certitude

 

Dans la vie, on ne sait jamais ce qui va vous tomber dessus — et cette incertitude a de quoi vous rendre marteau. Comparativement, la certitude, même celle du pire, a quelque chose d'apaisant — sauf quand le pire en question implique qu'il va falloir « être très courageux » à plus ou moins brève échéance.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Pélécypode

 

La femme s'accroche à la réalité empirique comme un mollusque bivalve à son rocher. Le Rien, l'absurde camusien — et ne parlons pas de celui ionescien —, elle ne connaît pas. C'est sans doute pour cette raison que Weininger l'accusait de n'avoir point d'âme.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

samedi 1 août 2026

Holocauste de génies

 

Qui dira combien d'œufs ont été écrasés qui auraient peut-être fourni des Mozart, des Newton ou des Poussin ?
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)