lundi 15 juin 2026

Scène d'épouvante

 

René Maheu dit que le spectacle de Jean-Paul Sartre « besognant » Simone de Beauvoir lui évoquait celui d'une grosse mouette s'affairant sur un cadavre de mammifère, sarigue, marmose, cayopollin, et dévorant ses chairs putrides.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Mission impossible

 

« Votre mission, si vous l'acceptez, est de trouver un souverain plaisir dans la contemplation des perfections du Grand Tout et de ses grandeurs, de l'excellence de son être et de la félicité qu'il possède.
— Je suis désolé mais je ne l'accepte pas. »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Ludwig n'y croit plus

 

Comme George Edward Moore l'exhortait à garder espoir, lui disant qu'il allait peut-être, finalement, réussir à tracer les limites du sens, donc réussir à séparer ce qui peut être dit de ce qui ne peut pas l'être, Wittgenstein répondit qu'il n'y croyait plus, et que quoi qu'il en soit, il ne voulait plus faire de philosophie car les gens de la ville lui avaient « pris son panier ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Souffleter Miller

 

L'auteur Henry Miller parle de l'importance du moment présent : « Développez un intérêt pour la vie telle que vous la voyez ; les gens, les choses, la littérature, la musique — le monde est si riche, tout simplement palpitant de riches trésors, de belles âmes et de personnes intéressantes. Oubliez-vous. » — On a envie de le gifler.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

dimanche 14 juin 2026

Antonymes

 

Comme échalas l'est de nabot, purotin est de richard antonyme. Mais que c'est triste un train qui siffle dans le soir !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Asphyxie de Lebeziatnikov

 

Dans Crime et châtiment, quand Catherine Ivanovna Marmeladova dit à Loujine qu'elle l'a vu glisser cent roubles dans la poche de Sonia, le colocataire de Loujine, Lebeziatnikov, suffoque d'indignation. Il est comme George Floyd : he can't breathe.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Avec le bifteck-frites

 

Le nihilique a tellement marqué son époque, avec son « infini infundibuliforme » et son « pachynihil », qu'il mériterait d'être dans les Mythologies de Barthes, aux côtés de Minou Drouet, du bifteck-frites et de l'abbé Pierre.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Amuseurs du néant

 

Nous savions sans Camus, sans Cioran, sans Beckett et sans Ionesco que ce monde est un « monde de néant ». Nous l'avions découvert par nous-même, en contemplant une biscotte confiturée. Nous n'avons lu ces auteurs que pour voir comment ils présentaient l'affaire, mais nous avons été déçu : ils « amusent la galerie ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

samedi 13 juin 2026

Réminiscence tractatussienne

 

Vous êtes en train de lire un poëme de Hölderlin quand soudain un pigeon défèque sur votre véhicule. Aussitôt vous pensez à cette intuition décisive du philosophe Wittgenstein : « Le monde est tout ce qui a lieu. »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Phonèmes

 

L'être humain, pour faire oublier ses origines honteuses, s'est lancé dans les « choses de l'esprit ». Mais tout ce qu'il a pu produire en fait de « choses de l'esprit » se résume à ba be bi bo bu !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Apophatisme nihilique

 

Le nihilique est fondé à dire de soi-même ce que Scot Érigène dit de Dieu, à savoir qu'il ignore quelle chose il est car il n'est pas quelque chose (itaque nescit se quid est, quia non est quid). Mais comme Dieu, ce n'est pas par défaillance qu'il ignore ce qu'il est ; c'est simplement parce qu'il n'est rien de défini. Il est « pure vibration dans une géométrie sans espace », dirait Luc Pulflop.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Pincemi lémanique

 

Edmond-Henri Crisinel, Jean-Pierre Schlunegger et Francis Giauque sont dans un bateau— un genre de « lougre existentiel ». Ils tombent tous les trois à l'eau.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

vendredi 12 juin 2026

Climatisation mentale

 

À la façon d'un climatiseur mental, la pensée de l'homicide de soi-même assure le refroidissement des installations. C'est Thrasylle le Mendésien qui l'affirme.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Religiosité du Grandiloque

 

Quand il écoutait Les Sept paroles du Christ de Haydn, le négateur Émile Cioran arrivait toujours à la conclusion que son scepticisme était au fond religieux et que ce n'était pas pour rien que les esprits dont il se sentait le plus proche étaient Pascal — l'homme de main du Mexicain — et Dostoïevski.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Ce qui existe

 

Hermogène : Le passé n'existe plus, l'avenir n'existe pas encore. Le présent, qui se dissout à la fois dans le passé et dans le futur, n'existe pas non plus. Alors qu'est-ce qui existe ?
Cratyle : Mon cul ! Voilà ce qui existe ! T'es content ? Et tu peux le biser, pendant que tu y es !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Décidabilité

 

Gödel se trompe. Tout énoncé est décidable. Il suffit d'y mettre un peu du sien, de faire preuve d'un peu de « volontarisme ». Un exemple typique est l'énoncé « Guy Debord est un con. » On décide qu'il est vrai, et aussitôt il le devient.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

jeudi 11 juin 2026

Big mostoche

 

Il y a fort à parier que sans sa grosse moustache, le « penseur paradoxal » Frédéric Nietzsche ne serait jamais passé à la postérité. Les « pensées paradoxales » sont distrayantes jusqu'à un certain point, mais une grosse moustache, c'est tout de même autre chose : ça marque.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Vacuité prétentieuse

 

Georges Bataille et Maurice Blanchot appartenaient à la même école littéraire, celle de la « vacuité prétentieuse ». Il existait entre eux une saine émulation, et quand ils se rencontraient, c'était à qui serait le plus vide et le plus prétentieux. Pierre Klossowski jouait le rôle d'arbitre, quand ce n'était pas son frère Balthus.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Ces infernales Simone

 

Jean-Paul Sartre et Émile Cioran étaient tous deux brimés par des Simone. Au moindre écart qu'ils faisaient, cela bardait pour leur matricule. Heureusement qu'ils avaient chacun un exutoire, l'existentialisme pour le premier, la négation universelle pour le second, car sinon... ce n'eût pas été une vie.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Édition spéciale

 

Dans notre rêve, les crieurs de journaux s'égosillaient : « Sensationnel ! L'homme, écœuré par son caractère transitoire et ébranlé par la lecture de Marc Aurèle, renonce à faire le mal ! » Puis nous nous éveillâmes et il n'y avait pas plus de lecteurs de Marc Aurèle que révérence parler de beurre au cul. Tout était comme d'habitude.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mercredi 10 juin 2026

Ignoration de Bobin

 

« Voir, entendre, aimer. La vie est un cadeau dont je défais les ficelles chaque matin au réveil. » Ainsi parle le poëte Bobin. De toute évidence, il cherche à nous irriter mais ça ne marche pas. Nous l'ignorons, purement et simplement. C'est ce qu'il y a de mieux à faire.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Véridicité de la terre (et des animaux)

 

Les humains affabulent beaucoup mais la terre, elle, ne ment pas — et les animaux non plus. Imagine-t-on une parcelle cadastrée dire que « le pour-soi, dans le surgissement contingent de son être, rejoint son passé » ? Ou une fourmi, fût-elle longue de dix-huit mètres et portât-elle un chapeau sur la tête, soutenir que la somme d'une série convergente de fonctions continues sur un intervalle est elle-même continue ?
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Boulisme impossible


Quand on connaît le monstre bipède comme nous le connaissons, on est dégoûté à jamais de toute participation à une vie collective. On ne veut même plus jouer aux boules, sachant qu'il va tricher en mesurant les distances au cochonnet, le vilain mâtin.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Dystopie

 

Si Tchekhov, au lieu de naître à Taganrog (Russie), était né à Chilly-Mazarin (Essonne), il n'aurait jamais écrit La Dame au petit chien. Par contre, il aurait pu s'acheter un « luminaire » au Leroy-Merlin de Massy.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mardi 9 juin 2026

Esse est percipi

 

L'homme n'oublie pas ce qu'a dit l'évêque Berkeley : être, c'est être perçu ou percevoir. S'il prend les vignettes, c'est pour être perçu par la caissière du City Market de Bezons — et par conséquent « être ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Dent dure de Rée

 

D'après Lou Andreas-Salomé, Paul Rée n'était pas facile à Sido (l'écrivain Colette), qu'il n'admirait pas et appelait une « romancière régionaliste ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Préservation par le vocable

 

Le mot pierre est nécessaire pour qu'il y ait des pierres dans chaque nouveau cycle cosmique, car c'est par la parole que Brahma crée un nouvel univers. Selon le même principe, l'existence de propriétés ou d'objets « relatifs au gingembre » est garantie par le vocable zingibéracé.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Coccyx qui se dévisse

 

Le temps qu'on aura passé, dans cette vie, à décrire ses symptômes à de médicales ganaches qui s'en fichaient royalement... C'est effrayant, po prostu.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

lundi 8 juin 2026

Aveu intempestif

 

Quand le poëte Neruda avoua qu'il avait vécu, sa bonne femme lui dit que ça n'allait pas se passer comme ça.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)