L'écrivain
Giraudoux avait prédit que la guerre de Troie n'aurait pas lieu mais il
s'est trompé car elle eut finalement lieu. Patrocle y trouva la mort de
la main d'Hector. Giraudoux était un piètre pronostiqueur. Contrairement
à Omar Sharif, le cheval n'était pas son dada.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Si la seule
façon d'éviter que son doigt fût égratigné avait été que le monde fût
détruit, le philosophe Hume eût accepté le cœur léger cet holocauste.
Mais au négateur Émile Cioran, on ne laissa pas le choix — et c'est
dans une portière de voiture que le 8 mai 1971 il se coinça le pouce.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Quand cela le
prenait, l'écrivain Borges aussi produisait de la matière fécale, mais
elle était d'une extraordinaire suavité. On y reconnaissait des traces
whitmaniennes, des effluves carlyliens et jamesiens, mêlés à la senteur
iodée des sagas islandaises.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
L'angoisse
kierkegaardienne se distingue de la peur zweigienne en ceci qu'elle n'a
pas d'objet bien défini — ce qui la rend quasi impossible à combattre.
Quand on a le choix, il vaut donc mieux opter pour la peur zweigienne
(mais le mieux est évidemment ni l'une ni l'autre).
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Le poëte
Nerval ne nous dit pas pourquoi ni par qui sa tour a été abolie, et il
ne précise pas non plus par quel concours de circonstances son luth
constellé s'est trouvé porter le soleil noir de la mélancolie. La cause
de la mort de sa seule étoile n'est pas non plus explicitée. Cela fait
beaucoup de mystères pour notre goût.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Zorro, le
célèbre justicier masqué, aurait pu s'appeler Kouzou, d'après le
kabbaliste Joseph Gikatilla. Quant au fidèle Bernardo, il aurait pu
s'appeler Anatole Lit-de-Vache. Ô miracle du pain des cieux !
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Sentant que
l'heure de notre fin va bientôt sonner, nous nous retournons sur notre
vie et nous constatons qu'elle aura ressemblé en tout point à une pièce
d'Ionesco. Pas celle avec les rhinocéros, cependant, ce qui est une
consolation relative.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Dans la
tradition hébraïque, un hidouch est une interprétation innovante, un
enseignement inédit, une parole neuve et inouïe. Quand le Maggid de
Mezeritch dit que « l'être ne saurait être pensé », c'est un hidouch. En
revanche, quand le Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi évoque un « poêle
occulte », c'est un calembour.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Nous disons
« Jacques Lafleur ! » et, hors de l'oubli où notre voix relègue aucun
contour, en tant que quelque chose d'autre que les calices sus,
musicalement se lève, idée même et suave, l'absente de tous
bouquets. Puis nous disons « Jean-Marie Tjibaou ! » et... rien ne se
passe.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
C'est en 1902
que simultanément, Heaviside au Royaume-Uni et Kennelly aux États-Unis
émirent non du Qatar mais l'hypothèse que les ondes radioélectriques
produites par un émetteur sont renvoyées au sol par une couche
réfléchissante de la haute atmosphère.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Lorsque
quelqu'un, par exemple l'auteur italien Ferdinando Camion, vous dit
qu'il a un problème de cardan, vous pensez tout de suite qu'il cherche à
calculer le volume d'un tonneau ou à résoudre une équation algébrique
du troisième degré ; mais évidemment, ça peut être autre chose.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
La négation de
la personnalité est l'un des dogmes essentiels du bouddhisme. Le
bouddhiste n'aime ni ne reconnaît aucune personnalité, il va même
jusqu'à nier l'acteur Roger Hanin. Les personnalités ne sont pour lui
que « vaine fumée dans le vent du soir ».
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
À chaque fois
qu'on va chez le médecin, on se demande si ça va être cette fois-ci
qu'il va nous exhorter à être très courageux. On a un de ces traczirs,
mes amis.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
En lisant
l'Évolution créatrice, on s'en aperçoit tout de suite, Bergson aime la
vie. Dans la vie, il y a du rythme, il y a de la vitalité, c'est ça
qu'il adore. Il aime bien Djadja, il aime bien Doudou, il aime bien
Hypé... Il aime bien tout, en fait. Alors que nous... rien ou presque.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Pour invoquer
les Anciens, il faut se rendre à l'Université de Miskatonic et
consulter le hideux Necronomicon de l'Arabe dément Abdul Alhazred dans
la traduction latine d'Olaus Wormius imprimée en Espagne au XVIIe
siècle. La version anglaise du docteur Dee, indigente et incomplète, ne
permet pas d'efficaces invocations.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Pécressiste
avant l'heure, le sceptique Pyrrhon avait le courage de dire et la
volonté de faire, malheureusement ça s'arrêtait là. Au lieu de relancer
l'ascenseur social et d'assurer l'égalité entre les territoires ruraux
et les villes, il suspendait son jugement !
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Quand votre
cœur fait « boum », ça peut être l'amour qui s'éveille, mais ça peut
aussi être une cardiomyopathie dilatée, et dans ce cas il faut tout de
suite appeler le Samu.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
« Sois sage, ô
ma douleur, et tiens-toi plus tranquille. Ou je t'envoie chez Véronique
Courjault et elle va te mettre au congèle, tuouaouar. » — C'est ainsi
qu'il faut parler à sa douleur.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Repenti de
l'existence, Émile Cioran dénonça ses complices — Ionesco, Beckett, et
cætera — au juge Van Ruymbeke, mais ils parvinrent tous à s'enfuir au
Panama avant d'être arrêtés.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Vous êtes
installé à une terrasse de café, sirotant une bière ou autre chose, quand
soudain, à une table voisine, quelqu'un dit Bègles. Tout de suite, cela
exacerbe vos pensées homicides.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Dans le
Bouddhacarita, poëme épique attribué à un certain Asvaghosha qui vécut
au premier siècle de l'ère chrétienne, il est dit que « rappelé par son
père, le Bouddha retourna à Kapilavastu accompagné de vingt mille
disciples ». Nous n'avons pas envie d'en savoir davantage. Les histoires
avec des noms comme Kapilavastu, nous nous en passons.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Les pas que
fait un homme, du jour de sa naissance à celui de sa mort, dessinent
dans le temps une figure inconcevable en laquelle certains amateurs de
mélodrame ont cru reconnaître une tête de chien couché.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
À propos des
personnes du sexe, voici ce que dit le Bouddha : « Les femmes sont
ainsi, impures et monstrueuses dans le monde des mortels ; mais l'homme,
trompé par leurs atours, les trouve désirables. Par atours, j'entends
les biberons Robert, la mijole et le fiacre. Compris, bande d'abrutis ? » Tout le monde dit qu'il avait compris.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Dans notre
monde, une triste évidence s'impose : les amateurs de
« dîners-spectacles » sont, comme tout un chacun, sujets à la maladie,
au vieillissement et à la mort. Une fois qu'on a reconnu ce fait, on
renonce une fois pour toutes aux « dîners-spectacles ». On ressent même
du dégoût pour les « dîners-spectacles ». Comme l'Ecclésiaste, on trouve
que tout ce qui se fait sous le soleil est mauvais, car tout est vanité
et poursuite du vent.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
En novembre
1892, quand les troupes du général Dodds pénètrent dans le palais du roi
Béhanzin à Abomey, elles découvrent que l'édifice est décoré de crânes
humains. C'est l'horreur et la stupéfaction parmi les braves pioupious.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)