« Quand j'entends le mot vivre, je sors mon revolver ou du poison. » (Luc Pulflop)
vendredi 15 février 2019
Bistouri pachynihilique
L'esthète du nihil se livre à de savantes permutations de viscères.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Un abri précaire
Dans l'opisthodome hypocoristique de l'obscur et de l'in petto.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
jeudi 14 février 2019
Le monde
Les figures de cauchemar qui grouillent dans cet habitacle de l'ignoble renforcent mon inclination à la pochardise et au suicide.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Dédain de la durée
Contrairement à l'artiste de l'âge classique, le sujet déféquant renonce expressément à la qualité, et par conséquent à la durée. Ce sacrifice lui coûte peu, car il désire justement que son œuvre soit actuelle et qu'elle réponde aux besoins — pressants ! — de l'heure. L'excrément n'a pas pour modèle le buste qui survit à la cité. Son créateur ne fait rien pour le sauver du désastre qui le guette. Il n'essaie même pas de lui assurer la longévité des palais et des temples. On dirait qu'il se contente de la plus fragile demeure : baraque de planches ou cabane de roseau.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Salop de cogito !
La pensée est infâme en tant qu'elle attise l'illusion d'exister.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
mercredi 13 février 2019
Critique littéraire
« Ausculter l'idée du Rien, étudier sa façon d'investir peu à peu la pachyméninge jusqu'à la soumettre entièrement ; décrire les cruautés de l'haeccéité ; raconter les souffrances de l'homme du nihil embouqué en d'usuelles asphyxies, et le soulagement fugace que lui procure le vocable reginglette ; peindre l'insolence du Moi, la vilenie du monstre bipède... Le plan était séduisant, majestueux et des plus instructifs ; mais Doppelchor n'avait-il pas trop présumé de ses forces en essayant de reproduire un tableau qui, pour être dignement exécuté, aurait exigé dans le même écrivain l'érudition de Denys d'Halicarnasse et de Plutarque, la sagacité et le coup d'œil de Polybe, la pompe de Tite-Live, la vigueur de Salluste, la vue perçante de Tacite et l'inimitable énergie de son mâle pinceau ? » (Stylus Gragerfis, Journal d'un cénobite mondain)
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Ni dieu ni diable
Les constipés rapportent tout au sentiment de l'infini, qui les obsède. Ils supportent mal les bornes de la condition humaine et d'un même mouvement se dressent contre le Créateur, la création et les créatures. Renonçant à émouvoir le ciel, ils cherchent à mettre en branle les puissances de l'abîme. Mais c'est en vain : « quand ça ne veut pas, ça ne veut pas »... En désespoir de cause, ils doivent faire appel au médiateur du « cas » par excellence : le jus de pruneau.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
mardi 12 février 2019
Aventures de mer
À la barre d'un dogre postiche, glisser sur la surface molle du pachynihil, loin des récifs coupants de l'idée.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Un lâche reniement
Au fond du monde ignoble des viscères, parmi une foisonnante et trouble fermentation, lentement mûrit l'excrément. Exegi monumentum ære perennius ! pourrait s'exclamer le « boyau culier » au moment du pousser. Hélas ! Sitôt projeté dans l'Ouvert rilkien, ce fruit d'une divine ardeur, anxieux de s'exhausser à l'impérissable, se hâte de renier son origine immonde ! — Ô vanité des vanités ! Ô rictus bestial de l'existence !
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Das Dasein liquidieren, ja ?
Comme j'aimerais à révolvériser l'exécrable Dasein pour parfaire enfin mon incomplète solitude !
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
lundi 11 février 2019
La glorieuse incertitude du « faire »
La défécation est une aventure où, jusqu'au dernier instant, demeure une incertitude périlleuse et salutaire. De la machine, l'objet sort impeccable mais toujours identique ; et de la graine, au temps voulu, la même tige, la même fleur, avec la même splendeur. Tandis que du « boyau culier » !...
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Proème
Ce pistolet grenu et mafflu est l'exorde d'un discours, le préambule d'un chant : un simple proème.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
dimanche 10 février 2019
Morphologie du « cas »
Pourquoi les choses — si véritablement « choses » il y a — sont-elles comme elles sont ? Pourquoi tel excrément a-t-il la forme d'une tourte, quand tel autre mérite bien le surnom de « cigare japonais » que lui attribue le vulgum pecus ? Parmi les spécialistes, plusieurs théories s'affrontent, chacune privilégiant une influence particulière parmi celles qu'inévitablement subit le sujet déféquant. L'un croit que dans l'économie réside la cause dernière de la conformation du « cas » : il invoque la distribution des richesses, le régime de la propriété, la baisse des salaires, la lutte des marchés... Un autre, cependant, aperçoit la raison d'être de toute chose dans un ensemble de conflits psychologiques dont l'énergie sexuelle est le ressort principal, sinon unique. Pourquoi pas ? Mais ces théories, à se concentrer sur l'artiste, oublient trop le chef-d'œuvre sur lequel il s'agissait au départ d'apporter des lumières. Ne peut-on regarder cette réussite de l'art comme un signe qui se suffit à soi-même, témoignage absolu et comme anonyme, qu'il faudrait tenir comme tombé du ciel, qui seul enfin est digne d'attention et non celui qui l'a fait ?
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Vernichtung !
Le suicide compulsif ne suffit pas. Ce qu'il faut, c'est détruire la tourbe polychrome du réel !
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Art pour l'art
Platon, Lucrèce et Dante avaient des ambitions plus étendues que l'homme-sur-le-trône — le fameux « étant déféquant » des existentialistes. Philosophie, physique, théologie, rien ne les effrayait. Un vaste dessein les tenait, et non celui de ciseler quelque bibelot exquis, d'un travail irréprochable, mais dont l'utilité demeure mince, même si on ne le réduit pas à n'être qu'ornement.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
samedi 9 février 2019
Obsolescence conceptuelle
Qu'entre en scène l'idée du Rien, et celle de l'être paraît soudain un témoin pitoyable de la naïveté de l'esprit humain s'exerçant avec maladresse à pénétrer les secrets de l'univers : un grotesque préjugé, une défroque qui prête à rire. — Au rebut !
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
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