jeudi 2 juillet 2026

Aux Champs-Élysées

 

On entend parfois dire qu'au soleil, sous la pluie, à midi ou à minuit, il y a tout ce qu'on veut aux Champs-Élysées. Le mercredi 1er juin 1938, le romancier Ödön von Horváth, réfugié à Paris depuis quelques jours, décide d'aller prendre l'air. Alors qu'il se promène sur les Champs-Élysées, une tempête déracine un marronnier ; une branche le tue devant le théâtre Marigny. « Vous me la copierez » furent ses dernières paroles.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Summum du mauvais goût

 

Parmi les choses de mauvais goût, celle qui décroche le pompon est le fait d'être connu (ne serait-ce que dans son lotissement).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Sensationnel

 

C'est la stupeur chez les économistes : la main invisible d'Adam Smith a été aperçue dans la culotte du zouave du pont de l'Alma !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Condition humaine

 

Ce qui manque le plus à l'homme, ce sont des « opportunités à l'international ». Et aussi d'être « impacté » par quelque chose.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mercredi 1 juillet 2026

Mutisme des fougères

 

Dégoûté des humains, on s'adresse aux fougères et on leur demande : « Vous souvient-il encore au fond des jours, fougères, du pauvre être au cri bègue, aux doigts gourds ? » — Mais autant parler à un mur.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Méditation bellaysienne

 

Plus notre petit Liré que l'existence. Et plus que notre petit Liré, le Grand Rien.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Un déçu du vocable

 

La position quant au langage du Lord Chandos de Hofmannstahl pourrait se résumer par cet aphorisme à la Wittgenstein : « Puisqu'on ne peut rien dire, il est peut-être plus sage de la fermer. » Lord Chandos est un déçu du vocable. Parfois, il lui arrive encore d'écrire « Merde à celui qui le lira, signé Bigeard » sur la paroi d'un édicule, mais ça ne va pas plus loin.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Souris verte du Rien

 

Quelqu'un qui croit au quelque chose, vous ne le convaincrez pas que rien n'est. Les sectateurs de l'être — les « quelque-chosistes » — sont insensibles à l'argumentation. Comme saint Thomas, ils veulent voir. Mais le Rien n'est pas une souris verte que l'on peut attraper par la queue et montrer à ces messieurs. Il faut le sentir !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mardi 30 juin 2026

Imitation de Li Po par Émile Cioran

 

Devant le vin, le soir a surpris le négateur. Les fleurs tombées couvrent sa chemise et son falzar. Ivre, il poursuit la lune dans l'eau. Simone lui dit de faire attention de ne pas tomber. S'éloignent les oiseaux, se dispersent les hommes.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Gaffe schopenhauerienne

 

Après une visite au bagne de Toulon, Arthur Schopenhauer, alors adolescent, écrit dans son Journal de voyage : « Il n'y a pas à dire, c'est beau, une ville, la nuit. » Il avait pris le bagne de Toulon pour une ville la nuit et les forçats pour le philosophe Jean Grenier !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Misère entomologique des littérateurs

 

Les écrivains nous font part de leurs réflexions sur la vie, la mort et le reste, mais la plupart d'entre eux ne seraient pas capables de reconnaître un crache-sang d'une volucelle zonée.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Horizon des événements

 

Pas plus qu'à celle d'un trou noir, on ne peut échapper à l'attraction gravitationnelle du Rien si l'on se trouve à l'intérieur de son « horizon des événements ». Un exemple archétypal est celui du peintre Vincent van Gogh qui, le 27 juillet 1890, se suicide d'un coup de revolver dans la poitrine ou — les avis divergent — l'abdomen, dans un champ d'Auvers-sur-Oise.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

lundi 29 juin 2026

À pattes

 

Louis-Ferdinand Céline surnommait Montherlant Buste-à-pattes, mais en polonais, une « liste à pattes » est un mois de novembre.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Maurice le profond

 

La vie de Maurice Blanchot fut entièrement consacrée à la littérature « et au silence qui lui est propre ». Blanchot ne parlait pas à la légère, au contraire il était connu pour ne dire que des choses extrêmement profondes. Il était si profond que quand il devait se livrer à un acte trivial ne nécessitant aucune profondeur, par exemple se gratter le fiacre, il était complètement perdu.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Insomnie batracienne

 

La grenouille de Pérez est une petite grenouille verte dont la tête est aussi longue que large, avec des yeux rapprochés et un museau arrondi. À l'instar d'Émile Cioran, la grenouille de Pérez ne peut pas dormir. Elle s'est couchée à neuf heures, mais rien à faire.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Tombe de Celan

 

Dans la vie, on ne peut pas faire que penser à la tombe de Celan. Mais il faut y penser — ne serait-ce que de temps en temps.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

dimanche 28 juin 2026

Is it safe ?

 

Avant de se lancer dans « cet exercice continuel, impossible à ajourner, qui s'appelle vivre », on aimerait faire comme le cruel dentiste du film Marathon Man et demander si « c'est sans danger ». Mais à qui le demander ?
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Fragrances troubles

 

« Enfant, le nihilique lisait dès le matin quelques pages de l'Ecclésiaste ; les effluves délicats du Rien emplissaient ses narines et repoussaient pour la journée l'odeur plus forte des étables.
— Des étables ? Il vivait dans une ferme ? »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Révélation des choses de la viande

 

« En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : Je te loue, Léon Dessertine, de ce que tu as caché aux sages et aux intelligents les choses relatives au négoce de la viande, et de ce que tu les as révélées aux bredins. Oui, Léon Dessertine, je te loue de ce que tu l'as voulu ainsi. Toutes choses m'ont été données par mon Père, et personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père ; personne ne connaît le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. » (Matthieu, 11:25)
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)
 

De toute évidence, certains auteurs ont écrit certaines phrases de leurs livres avec l'espoir qu'elles deviennent plus tard des citations — et cela nous courrouce au plus haut point. Quand Tacite, dans La Germanie, dit que « le vrai tombeau des morts, c'est le cœur des vivants », on dirait qu'il veut se prendre un bon coup de chicote sur le fiacre.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

samedi 27 juin 2026

Balance de Job

 

Job dit que s'il était possible de peser sa souffrance et ses calamités, elles se révéleraient plus lourdes que le sable de la mer. Il veut nous faire comprendre qu'il en a pris plein la figure. Il entre ensuite dans les détails et explique comment calibrer une balance Roberval chez soi sans stress. Il faut commencer par la nettoyer et s'assurer qu'elle repose bien à plat, puis utiliser des masses étalons. C'est un peu fastidieux mais « il faut ce qu'il faut ». 
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Le Grandiloque aura ta peau

 

Le négateur Émile Cioran était un fanatique de la vengeance. Il voyait la vengeance comme une libération, ou tout au moins comme un moyen d'éliminer les impuretés qui font se congestionner l'âme — un genre de « savon surgras existentiel ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Sans queue ni tête

 

Comme le film d'animation Mon voisin Totoro, notre vie est une histoire à dormir debout, et nous n'avons pas même l'excuse d'avoir été créé dans les studios Ghibli, étant de Bezons.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Sensitivity Reading

 

« Le père mort, les fils vous retournent le champ. Deçà, delà, partout ; si bien qu'au (Francis) bout de l'an, il en rapporta davantage. » Dans cet extrait du Laboureur et ses enfants, on remarque une allusion à la Milice française. Elle est certainement involontaire de la part de La Fontaine, mais nous remplacerons tout de même le passage scabreux par « à la (Francis) fin de l'année », quitte à sacrifier la métrique.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

vendredi 26 juin 2026

Pas de Vulcani pour Giacomo

 

La vie n'a pas été tendre pour Leopardi. Il était bossu, souffreteux, et personne ne s'intéressait à ses poëmes. Totalement découragé, il disait qu'il était « mûr pour la mort ». Pour se requinquer, il lui aurait fallu un bon coup de « vermouth des intrépides », mais Recanati n'était pas sur la tournée d'Antoine Robinaud.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Indices

 

Le négateur Émile Cioran estimait que la musique de Bach, sans être exactement une preuve de l'existence de Dieu, donnait quand même fichtrement à penser. Mais ce qui l'amena à deux doigts de croire, ce fut d'apprendre que la formule de Stirling permet de calculer un équivalent asymptotique de la suite des nombres de Catalan, « et que cette formule, tenez-vous bien, fait intervenir la racine carrée de pi ! »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Pis-aller du pis-aller

 

Comme il n'y avait plus de grives et pas davantage de merles, nous avons mangé des frites, une fois.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Veine du lépidoptère

 

Le papillon ne sait pas qu'il est un papillon. Il ne s'avise même pas qu'il existe — et ne parlons pas du fait qu'il doit mourir. Il a « trop de la chance » — comme Claudel.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

jeudi 25 juin 2026

Accès de méchanceté du Grandiloque

 

Le négateur Émile Cioran avait remarqué qu'il ne devenait méchant que lorsqu'il était profondément mécontent de lui-même. Malheureusement, cela lui arrivait souvent car il n'était à la hauteur dans aucun domaine — hormis la négation.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)