dimanche 21 juin 2026

Bal chez Temporel

 

Si nous revenons jamais danser chez Temporel, il y a de fortes chances pour que nous pensions à tous ces énergumènes qui ont laissé leur nom gravé auprès du nôtre. Il y a des années, en effet, nous avons gravé avec un canif sur le mur des ouataires : « Merde à celui qui le lira, signé Bigeard ». Et depuis, il y en a sûrement une flopée qui nous ont imité. Alors on pensera à eux.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Saint Ambroise ne touche pas les acédiques

 

Un quidam frappé d'acédie monastique, même la lecture de saint Ambroise est impuissante à le tirer de sa torpeur existentielle. Il l'abandonne au bout de quelques pages. Il ne parvient pas à s'intéresser à l'éthique chrétienne ni aux catéchèses sur les sacrements du baptême, de la confirmation et de l'eucharistie. Comme l'Ivanov de Tchekhov, il est « enlisé dans l'existence » et comme le Bartleby de Melville, il « préfère ne pas » — lire du saint Ambroise, en l'occurrence.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Belles paroles

 

Tchouang-Tseu dit que si l'on reste impassible face à toute perte et tout changement, on entrera dans l'initial ciel pur et on assistera à l'apparition et à la disparition des phénomènes infinis, mais ce ne sont apparemment que de « belles paroles » : on a été impassible autant comme autant, mais en fait d'initial ciel pur, on est toujours à Bezons (quand ce n'est pas à Livry-Gargan).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Géologie du Cantal et pulsion de mort

 

Pour « montrer dans sa vraie lumière l'antique paysage cantalien », il faudrait dresser une carte indiquant les cratères adventifs, les failles, les filons, les sources minérales, les tourbières, les monuments et les débris des âges préhistoriques... Pour un suicidaire, un tel « turbin » est inimaginable, tout simplement.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

samedi 20 juin 2026

Intransigeance zététique

 

Les sceptiques admettent que l'on dise « Je pense que la lune existe », mais ils interdisent qu'on prétende savoir quoi que ce soit de ladite lune, sous peine que ça aille mal.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Rétribution

 

Alors Jéhovah dit : « Je me suis réservé la vengeance, c'est moi qui rétribuerai. » Et chacun aussitôt de s'écrier : « Non, moi ! Moi aussi, je veux rétribuer ! » — chacun voulait rétribuer. Finalement, Jéhovah choisit de se faire aider par Léon Tolstoï.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Monotonie bouddhique

 

Pourquoi les Bouddhas naissent-ils invariablement en Inde ? Pourquoi obtiennent-ils tous leur rédemption au pied d'un arbre sacré ? Pourquoi ont-ils tous trente-deux stigmates et cent huit signes à chaque pied ? Ça ne leur dirait pas, de varier un peu ?
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Seul bon souvenir

 

Alors qu'on approche de la fin de son périple dans le « désert de Gobi de l'existence », on fait le tour de ses souvenirs et l'on se remémore la douceur des soirs à Saint-Clément quand les souffles légers portaient l'odeur des foins et le parfum miellé des clématites. On se dit que ce n'était quand même pas mal, cette douceur des soirs à Saint-Clément. Mais tout le reste... on s'en serait passé.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

vendredi 19 juin 2026

Quel remède à l'existentialisme danois

 

À une poule dont les ailes sont pendantes et les plumes hérissées, on donne de l'eau dans laquelle on a fait bouillir des orties-grièches, ou bien de l'orge mêlée d'un peu de coing haché. Mais à un homme tourmenté par le « vertige du possible » et par la « suspension téléologique de l'éthique » ? Que donne-t-on ?
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Chance abusive des ascètes

 

Il est notoire qu'à la suite de longues abstinences, les brachmanes, les disciples de Zoroastre, les anachorètes de la Thébaïde connaissaient des extases où ils voyaient ou entendaient des choses miraculeuses. Ils conversaient avec des anges ; ils participaient aux jouissances célestes dans le monde des invisibles ; ils apercevaient des météores enflammés, des êtres mystérieux, des animaux emblématiques. Ils avaient « trop de la chance » — comme Claudel.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Et on suppliciera tous les affreux

 

Jadis, en France, les parricides étaient condamnés à la question extraordinaire, à avoir le poing droit coupé et à être rompus vifs sur la roue. On brûlait ensuite leur corps et l'on en jetait la cendre au vent. Bien qu'ils ne fussent pas à proprement parler des parricides, nous aimerions faire subir ce supplice aux chanteurs Gilbert Bécaud — pour avoir dit que « la solitude, ça n'existe pas » — et Gérard Lenorman — pour être venu nous chanter la « ballade des gens heureux ». Et tant qu'on y est, aussi au chanteur Claude François pour avoir affirmé que le lundi au soleil, « c'est une chose qu'on n'aura jamais ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Nouvelles expériences sur le vide

 

On place un philosophe dans un récipient qui communique avec une pompe à vide constituée d'un cylindre de cuivre dans lequel glisse un piston. Le récipient est posé sur une platine. Après qu'on a élevé plusieurs fois le piston et fait échapper l'air par un pertuis qu'on a pratiqué à cet effet dans le robinet situé entre le fond de la pompe et la platine, on constate que le philosophe ne produit plus aucun concept. On est soulagé.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

jeudi 18 juin 2026

Vésicules

 

Le lentisque et le térébinthe sont quelquefois couverts de galles dont on se sert en Orient pour teindre la soie en superbe écarlate. Ces galles, on les appelle aussi — thaumaturgie du mot ! — vésicules.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Déambulations

 

Enfermé dans l'être et dans le Moi, on n'a rien à faire, alors on se promène sans but, on « trace des sentiers sur le gazon ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Trois stades

 

La vie comporte les mêmes trois stades que le panaris : inoculation ; collection (d'ennuis) ; complication. Mais vie ou panaris, on peut se servir d'un scalpel pour éviter d'atteindre le troisième stade (comme fit l'écrivain Mishima).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Gruère rimbaldien

 

Dans son poëme La Chambrée de nuit, Arthur Rimbaud fait dire au génie : « Je suis le gruère ! » Mais le lecteur reste de marbre car il ne « comprend pas le délire ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mercredi 17 juin 2026

Imitation de Cimabue

 

Ce que le peintre Cimabue a introduit dans la douceur gothique de l'église, à savoir une force impétueuse, au caractère monumental, rendant gigantesques les personnages et leur tourment, on rêve de l'introduire dans son propre « conscient intérieur ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Carpe diem et hypocondrie

 

Le viscère a des façons de carbonaro. On ne sait jamais ce qu'il est en train d'ourdir à l'intérieur de soi. Dans ces conditions, comment « cueillir le jour sans se soucier du lendemain » ?
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Commotion palestrinienne

 

Après avoir écouté la Messe du pape Marcel interprétée par les Chanteurs de Saint-Eustache sous la direction du Révérend Père Émile Martin, on est tellement bouleversé qu'on ne peut prendre qu'un peu de bouillon de poule et de lait coupé.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Prudence

 

Dans la vie, il faut se garder de montrer aucun signe d'agitation tumultueuse ou de surexcitation active de la sensibilité, sinon c'est tout de suite chez les fous.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mardi 16 juin 2026

Prise de confiance du monstre bipède

 

L'être humain agit comme s'il était immortel. Au lieu de dire : « À demain si je suis toujours vivant » — ce qui serait logique vu sa précarité — il dit simplement : « À demain ». En un mot comme en cent, il a « pris la confiance ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Connaissance inutile

 

Avoir étudié la botanique, et cependant ne rien comprendre à « cette triste et lamentable végétation qu'on appelle la vie ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Le Bezonnais dans la tribulation

 

Si seulement on savait comment il faut juger des adversités temporelles, en quelles dispositions on doit les souffrir, quel usage il est nécessaire d'en faire, et quels avantages on peut en tirer lorsqu'on s'y soumet volontiers et avec un esprit humble ! Mais loin de savoir comment opérer son salut, on est de Bezons !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Saxifraga verna


Voyant qu'on a une teinte ictérique et la langue blanche, on se dit qu'on aurait intérêt de se procurer de la coloquinte ou du séné, ou encore de la saxifraga verna, dont l'infusion légère dans de la bière parvint à guérir sans douleur et en peu de jours un parent de Kenelm Digby des écrouelles, au dire de Boyle. Mais étant frappé d'acédie monastique, on ne fait rien ; on « laisse courir ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

lundi 15 juin 2026

Scène d'épouvante

 

René Maheu dit que le spectacle de Jean-Paul Sartre « besognant » Simone de Beauvoir lui évoquait celui d'une grosse mouette s'affairant sur un cadavre de mammifère, sarigue, marmose, cayopollin, et dévorant ses chairs putrides.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Mission impossible

 

« Votre mission, si vous l'acceptez, est de trouver un souverain plaisir dans la contemplation des perfections du Grand Tout et de ses grandeurs, de l'excellence de son être et de la félicité qu'il possède.
— Je suis désolé mais je ne l'accepte pas. »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Ludwig n'y croit plus

 

Comme George Edward Moore l'exhortait à garder espoir, lui disant qu'il allait peut-être, finalement, réussir à tracer les limites du sens, donc réussir à séparer ce qui peut être dit de ce qui ne peut pas l'être, Wittgenstein répondit qu'il n'y croyait plus, et que quoi qu'il en soit, il ne voulait plus faire de philosophie car les gens de la ville lui avaient « pris son panier ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Souffleter Miller

 

L'auteur Henry Miller parle de l'importance du moment présent : « Développez un intérêt pour la vie telle que vous la voyez ; les gens, les choses, la littérature, la musique — le monde est si riche, tout simplement palpitant de riches trésors, de belles âmes et de personnes intéressantes. Oubliez-vous. » — On a envie de le gifler.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

dimanche 14 juin 2026

Antonymes

 

Comme échalas l'est de nabot, purotin est de richard antonyme. Mais que c'est triste un train qui siffle dans le soir !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)