mercredi 28 octobre 2026

Un imbroglio

 

Le philosophe Heidegger accusait l'animal d'être « pauvre en monde », mais en retour, l'animal accusait Heidegger d'être un « pot de pisse certifié ». La situation était sans issue.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Dépêche, Saint-John !

 

Quand Saint-John Perse était à la traîne, son épouse lui criait : « Tu viens, Saint-John ? Allez, active un peu ! » Et alors le poëte poulopait pour la rattraper.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Césaire coupé par Char

 

Un jour, René Char coupa Aimé Césaire à l'Hémistiche (un bar de Cavaillon où ils avaient coutume de jouer à la belote). Le poëte martiniquais en resta « comme deux ronds de flan ».
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Un fanatique de la « 3 CV »

 

Dans la biographie que Paolo Pillitteri a consacrée à Edmondo de Amicis, on apprend que ce dernier ne se déplaçait qu'en « 3 CV ».
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

mardi 27 octobre 2026

Inexistence du Moi

 

Le cri poignant de McDermott, « Pas de notation sans dénotation ! » — le monstre bipède ferait bien de s'en souvenir avant de dire « je ».
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Les barbares

 

« Plus on pense, moins on existe. Or nous, ce que nous voulons, c'est exister. La pensée, c'est pour les caves. De l'être ! De l'être !
— Parfaitement ! Nous sommes des barbares et nous voulons être des barbares !
— Bou-ou-ouh !
— Qu'est-ce qu'il se passe ? Tu as cassé ta biscotte ? Oh mon pauvre cher vieux ! »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

La connaissance inutile

 

Savoir que la casquette du père Bugeaud est faite de poil de chameau... et cependant devoir mourir !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Métabolisme déficient de Malachie

 

Voilà qui est étrange : le prophète Malachie mange comme quatre mais il ne profite jamais. Il doit souffrir d'hyperthyroïdie, ce n'est pas possible autrement.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

lundi 26 octobre 2026

Du Boudin

 

« Tiens, dit Baudelaire à Poulet-Malassis qui visitait avec lui le Salon, voilà du Boudin. » Et en effet, c'était le tableau Un pardon à Sainte-Anne-la-Palud.
 
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Un cacique

 

En le dotant d'un collier de barbe, Hergé veut nous faire comprendre que Walter Rizotto, le photographe des Bijoux de la Castafiore, est un « cacique du Parti Socialiste ».
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Un démon

 

Jean-Paul Sartre dit qu'il n'est pas besoin de gril, que l'enfer c'est les autres. Et c'est peut-être exagéré, mais il faut reconnaître que l'autrui lévinassien a tout d'un démon : il crache, il rote, rien ne l'arrête, sous le prétexte saugrenu qu'« aujourd'hui c'est la fête ». On aimerait en faire de la chair à saucisse ou à pâté.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Petit homme

 

Un pigeon vient-il de déféquer sur votre véhicule qu'aussitôt vous vous sentez comme le Makar Diévouchkine des Pauvres gens ou l'Akaki Akakiévitch du Manteau : vous êtes l'archétype absolu du « petit homme » (malenki tchelovek), insignifiant pour la société mais grand par la pitié que vous inspirez.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

dimanche 25 octobre 2026

Pusillanime Moi

 

Il faudrait, comme Ribemont-Dessaignes, mettre en scène le drame entre le dur et le mou, le durable et le périssable, et chercher à retrouver sous les conventions la saveur du réel, mais voilà, on n'ose pas.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Dilettantisme du groupe Verlaine

 

Appelés chez un particulier pour isoler une maison par l'extérieur, les membres du groupe Verlaine — Arthur Rimbaud, Tristan Corbière, Germain Nouveau, Verlaine lui-même — composaient qui un sonnet, qui une ode, qui une ballade, qui un haïku. Ils n'isolaient rien ou quasi ! Ils étaient nuls en isolation !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Rue Labat

 

Est-ce une Polonaise que navre le souvenir des partages ? Au coin de la rue Labat, dans le dix-huitième arrondissement, la fille de joie est en proie à une immense tristesse de Chopin.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Sagesse de Meaulnes

 

« Vivre, dit Meaulnes soudain, c'est souffrir sous Ponce Pilate. » « Eh bien mon poteau ! répondit Seurel. Ça promet ! »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

samedi 24 octobre 2026

Souci des équipages

 

Le béjaune Rimbaud joue les durs, il prétend qu'il est « insoucieux de tous les équipages » mais cela nous fait plutôt sourire. Nous ne sommes pas dupes. Si quelqu'un a jamais été soucieux des équipages, c'est bien lui. Littérature ! Comédie ! Bluff !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Li Po campe

 

C'est l'été. Les poëtes chinois sont en vacances. Tou Fou randonne et Li Po campe. Quant à Hanshan, on ne sait pas ce qu'il fait.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Un comble de bougre

 

Si l'écrivain Jacques Kérouac avait été petit avec de grandes oreilles, personne ne lirait plus ses livres aujourd'hui. Mais il était grand avec des oreilles normales, il portait le même blue jean que James Dean — il faisait sa frime — et comme ce dernier, se donnait des allures de rebelle. Avec tous ces atouts, il était assuré de passer à la postérité. Le contraire eût été un comble et même un comble de bougre ! 
 
Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Bessemérisation du Moi

 

La vie — c'est-à-dire la mort puisque celle-ci démarre à la naissance — fonctionne selon le principe du convertisseur Bessemer. Elle utilise l'oxygène de l'air pour vous convertir. « Allez, encore une petite lichée. »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

vendredi 23 octobre 2026

Ruse diabolique du Grandiloque

 

Le négateur Émile Cioran avait une vision si précise de l'avenir que s'il avait eu des enfants, il les eût étranglés sur l'heure. Son forfait accompli, il eût — diabolique subterfuge ! — placé les cadavres dans le congélateur de Véronique Courjault afin de tromper le flair des limiers de la PJ.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Réfutation expérimentale du béjaune

 

Pour prouver que le béjaune Rimbaud a tort et que l'on peut être sérieux quand on a dix-sept ans, nous allons nous munir d'un ampèremètre, d'une pince à circlips et d'un pistolet à wrapper.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Pas un homme

 

Un individu qui n'a jamais ressenti le besoin de s'asseoir sur la banquette de la salle Bordone pour contempler l'Homme à la barbe blanche du Tintoret, un tel individu n'est pas un homme. C'est un minéral, c'est de l'eau, c'est n'importe quoi, hormis un homme.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Filalakéna

 

Il n'y a rien de plus horripilant que de se voir jeter à la figure des noms d'instruments que nous ne connaissons pas. Alors quand le chanteur Le Forestier nous invite à aller écouter Tom à la guitare et Phil à la « quéna », nous voyons rouge, nous sortons de nos gonds, nous voudrions les jeter dans un chaudron d'huile bouillante, lui, son Phil et sa « quéna ». Nous t'en foutrons des quénas, nous, tuouaouar !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

jeudi 22 octobre 2026

Un chef-d'œuvre incompris

 

Le palindrome « Tu l'as trop écrasé, César, ce Port-Salut » : plus profond et plus exhaustif qu'aucun des drames de Shakespeare, bien au-dessus même du Faust de Goethe, proche des sommets wagnériens Tristan et Parsifal. Mais aussi : la plus grande et la moins comprise des créations de l'homme.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Avec le temps qu'arbre défeuille...

 

Moulinot... Son magasin d'articles de pêche sur la place du Marché à Cajarc... Sa faconde méridionale... La fierté modeste qui ennoblissait ses traits quand il parlait des « vers de terre de chez Moulinot »... Où t'es-tu en allé, cher Moulinot ? Qu'ils sont loin, les jours de notre innocence ! Jeunesse, belle jeunesse, reviens !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Wou-Wei

 

Les taoïstes font leurs courses, mangent et vont aux ouataires comme tout un chacun. Leur doctrine du « non-agir » n'est pas excessivement sévère. C'est une chance pour eux, parce que sinon... nous ne disons rien mais nous savons ce que nous savons.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Ravage de Barjavel de l'intranquillité

 

En octobre 1984, Fernando Pessoa passe ses vacances dans les Vosges quand éclate l'affaire dite « du petit Grégory ». Bien que parfaitement innocent, le poëte, intranquille de nature, est transi d'angoisse à l'idée d'être mis en examen par le juge Jean-Michel Lambert. Pour échapper à cet opprobre, il bourre ses poches de petits cailloux et va chercher la mort dans le crépuscule liquide du fond de la Vologne. Ravage de Barjavel de l'intranquillité !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

mercredi 21 octobre 2026

Encore l'alarme

 

« Ohé ! Partisans ! Ouvriers et paysans !
— Ouais ? Quoi ?
— C'est l'alarme !
— Quoi ? Encore ?
— Ouais.
— Merde, ça commence à être chiant. » 
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)