dimanche 31 mai 2026

Intransigeance nihilique

 

Pendant un temps, nous avons suivi le fantasque Mi Fou, ses respects et ses ferveurs. Comme l'esthète chinois, il nous a même semblé saisir, dans la contemplation d'une biscotte confiturée, une des naissances possibles de l'idée du Rien. Mais la concordance s'arrête là. Car de Mi Fou, nous ne partagerons jamais les abdications.
 
(Lucien Pellepan, Énantioses profectives)

Peur irraisonnée des choses mêmes

 

Lisant de la philosophie, on tombe sur le slogan de Husserl : « Retour aux choses mêmes ! » On est enthousiasmé, on décide de tenter le coup, mais une fois en présence des choses mêmes, on a les foies et on se dégonfle.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Identité

 

Quand des policiers lui demandent de décliner son identité, le nihilique répond : « Je suis une chose et non une chose, un point nul et un cercle. Je ne sais qui je suis, je ne suis qui je sais. » Le résultat est qu'il termine souvent au gnouf (comme l'infortuné Nicolas Bernard-Buss).
 
(Lucien Pellepan, Énantioses profectives)

Inconvénient du métier

 

Être un moraliste, ça doit être choucard. Mais pour le devenir, il faut observer ses semblables et ça, ce n'est pas du tout choucard.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal)

samedi 30 mai 2026

Stambouliotes

 

Les habitants d'Istanbul n'ont pas l'air de souffrir outre mesure de leur gentilé. C'est qu'ils n'ont pas un sens aigu du ridicule, toute autre conjecture serait pépiage.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Trois avis valent mieux qu'un

 

Quant à la question de savoir si l'en-soi a ou n'a pas à être sa propre potentialité sur le mode du pas-encore, l'opinion de Sartre est connue, maintenant on aimerait connaître celle de Bourvil et du clown Boulicot.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Célébrité

 

Être connu est dégradant. Sous l'effet de la célébrité, on se transforme en une caricature de soi-même — et si l'on a le malheur de ressembler à Mahomet, en une caricature de Mahomet.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Sudation ionescienne

 

À propos des auréoles sous les bras d'Ionesco, Cioran un jour dit à Beckett : « À quel point Eugène sue, c'est un vrai mystère de Paris. » Beckett, obnubilé par la « choseté » et le « non-mot », ne comprit pas l'astuce.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

vendredi 29 mai 2026

Deux artistes faits pour s'entendre

 

S'il avait vécu plus longtemps, le facteur Cheval se serait sûrement emballé, ou disons enthousiasmé, le mot est plus juste, pour les œuvres du plasticien Christo.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Une humiliante fascination

 

En s'adonnant à la science et à la philosophie, l'homme cherche à se libérer de l'humiliante fascination qu'il éprouve pour les « biberons Robert » — mais rien à faire. Être esclave, et de quelque chose d'aussi bête !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Un concept cousu de fil blanc

 

Qu'il puisse exister quelqu'un d'autre que soi-même est pratiquement inconcevable. D'ailleurs, personne n'a l'air d'y croire vraiment. Le concept d'autrui lévinassien, celui d'un être qui serait comme nous à ceci près qu'il prendrait les vignettes, ce concept est trop fantastique pour qu'on y adhère.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Un classique du contrepet

 

Jeanne-Claude est bonne hôtesse, mais le plasticien Christo n'a rien pour nous emballer.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

jeudi 28 mai 2026

Fausse bonne idée

 

Si fabriquer sa propre bouillie bordelaise est une fausse bonne idée, que dire alors de vivre !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

En voie d'extinction

 

Grâce à l'action conjointe des livres de développement personnel et des triazolobenzodiazépines, l'espèce des suicidés philosophiques tend à disparaître, « ainsi que disparurent de la terre l'aurochs et l'okapi ». Finis les Weininger, les Rigaut, les Giauque, les Caraco, les Crisinel ! De la gaieté ! De la bonne humeur ! Du positif !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Dernier refuge

 

Quand on a tout dit sur le Rien et qu'il faut cependant continuer à parler si l'on ne veut pas sombrer dans la folie, on se réfugie dans le calembour. On dit des choses telles que : « Comment allez-vous, yau de poêle ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Joséphin

 

Appeler son râteau Joséphin en considération du fait qu'un râteau n'est finalement qu'une pelle à dents.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mercredi 27 mai 2026

Un maître pointilleux

 

Comme le mathématicien Charles Hermite était affligé d'un pied bot, il exigeait de ses élèves qu'ils fissent tout « en bonne et difforme » — qu'il s'agît de résoudre des équations différentielles ou d'étudier des fonctions elliptiques.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Quand Guy lit, Guy lit

 

Il n'était pas question de déranger le ministre Guy Mollet quand il lisait la biographie de la bienheureuse Marie Alacoque. Il fallait se faire discret — et pour tout dire marcher sur des œufs.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Diacre

 

Le mot diacre nous fait penser à de la diarrhée sortant d'un fiacre — à un geyser d'excréments semi-liquides. Un vocable très déplaisant, nous n'osons dire excrêmement déplaisant.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Voiture dialectique

 

Si Georges Hegel avait vécu au vingtième siècle, sans doute eût-il fait comme le représentant placier Henri Serin et roulé en R16, car on n'imagine pas voiture plus dialectique. Oui, en vérité nous le disons : la R16 est la voiture dialectique par excellence.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mardi 26 mai 2026

Lecture pour tous

 

Il faut être un homme de bonne volonté pour lire Les Thibault — qui font quand même près de deux mille cinq cents pages. Par contre il n'est pas nécessaire de s'appeler Thibault pour lire Les Hommes de bonne volonté. On peut s'appeler Marcel, Jean-Loup ou Anatole Lit-de-Vache.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Éternel Segond

 

Le théologien suisse Louis Segond était surnommé « le Poulidor de la traduction biblique ». Malgré ses qualités de rouleur, il ne réussissait jamais à s'imposer car Lamennais le dominait dans la montagne (et plus encore dans l'ultramontagne).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Impatience de Lévy-Bruhl

 

Au début des années 1920, Lucien Lévy-Bruhl d'impatience. Il a percé les secrets de la mentalité primitive et veut les dévoiler sans attendre la calandre grecque que le garagiste a promis de poser sur sa Panhard.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Virtuoses de la traduction

 

Si nous devions établir la liste de nos traducteurs préférés, toutes langues confondues, nous mettrions en premier Boris de Schlœzer et en deuxième Louis Segond.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

lundi 25 mai 2026

Jacques est mon Bergier

 

Quand Louis Pauwels marchait dans la vallée de l'ombre de la mort, il ne craignait aucun mal, car il avait avec lui son ami Jacques Bergier dont la houlette et le bâton le rassuraient et avec qui il pouvait discuter de Bender et de Hörbiger.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Un mystérieux concert

 

Quel peut bien être ce « solitaire tacite concert » dont Mallarmé nous dit qu'il se donne, par la lecture, à l'esprit qui regagne, sur une sonorité moindre, la signification ? Un concert des Martin Circus ? C'est possible. Un complot ? Nous verrons.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Archipel du goulache

 

Parce qu'il avait épousé une Hongroise, Alexandre Soljenitsyne fut condamné à dix ans de goulache et cinq ans de silure au paprika. Son expérience du goulache, qui fut à coup sûr la plus marquante, constitue la matière première de son œuvre.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Wagon Stolypine

 

L'homme parcourt le monde, oui, mais dans un wagon Stolypine.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

dimanche 24 mai 2026

Académiciens en goguette

 

Jean d'Ormesson de lâcher un bon mot et Michel Mohrt de rire. Puis les deux d'aller casser une bonne graine et faire une ribouldingue à tout casser.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)