samedi 29 août 2026

Bise-moi le cul

 

Dans la pièce de Goethe, le condottiere Götz von Berlichingen, sommé de se rendre, fait dire au capitaine de la troupe qui l'assiège qu'il peut venir lui biser le cul. C'est aussi ce que nous disons à l'autrui lévinassien.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Pas une sinécure

 

Le métier de vivre dont parle Pavese est un métier en tension, plus précisément en tension de Laplace — la fameuse « pression capillaire ».
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Cela suffit

 

Les soi-disant misanthropes qui fréquentent des gens en cachette, cela suffit ! Quand on fait profession de vomir le genre humain, on ne passe pas des soirées entières au téléphone avec Ionesco ou avec Henri Michaux. Cela suffit !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Assez de salamalecs

 

On entend parfois dire que si tous les gars du monde voulaient bien se donner la main, le bonheur serait sinon pour demain du moins pour la semaine prochaine. C'est possible, mais nous, ce qui nous ferait vraiment plaisir, ce serait que tous les gars du monde disparaissent. Aux chiottes, les gars du monde ! Du balai ! On vous a assez vus ! Assez de salamalecs !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

vendredi 28 août 2026

Apéritifs catégoriques

 

Kant fait la distinction entre les apéritifs discutables (par exemple le pastis) et les apéritifs qu'il nomme catégoriques (guignolet, pineau des Charentes, etc). Il dit ne boire que des seconds, les seuls selon lui à même de constituer le principe de vérité d'une philosophie morale.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Voix intérieure

 

« On se souvient de Goethe mais on ne se souviendra pas de toi. Tu n'as écrit ni Faust ni les Souffrances du jeune Werther. En d'autres termes, tu es un raté, mon pauvre cher vieux.
— Oh, ça va, ferme ta boîte à fromage, un peu, dis ! »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Question à ne pas poser selon Donne

 

Le poëte Donne dit qu'il ne faut pas demander pour qui le glas sonne — non pas le glaçon mais bien le glas sonne — parce qu'on va être déçu du voyage : c'est pour soi-même qu'il sonne. Mais il faut prendre ça avec des pincettes, ce ne serait pas la première fois qu'il raconte des bourres.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Solitude circulaire

 

Le Sphairos d'Empédocle « exulte dans sa solitude circulaire », mais nous ne savons pas comment il fait, car nous, dans la nôtre, nous nous ferions plutôt caguer.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

jeudi 27 août 2026

Hasard ou quoi

 

Les stoïciens tiennent pour absurde l'idée que les dieux interviennent en toute fissure du foie et en tout chant d'oiseau. Ils pensent que les dieux ont mieux à faire et que le hasard existe. De la part de stoïciens, cela peut se comprendre, mais tout le monde n'est pas stoïcien. On aimerait savoir ce qu'en pense le pauvre Jeander Cader, lui qui a perdu son dentier dans un accident de scooter au rond-point de Perros. Son dentier lui a littéralement sauté de la mâchoire. À ce jour, il a été incapable de le retrouver.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Fichte m'a tuer

 

Enfant, on n'a pas encore découvert que « rien n'est ». On prend le monde pour argent comptant. C'est le temps béni de l'insouciance. Mais ensuite, on lit les idéalistes allemands, on reconnaît avec eux le caractère hallucinatoire de la réalité empirique, et c'en est fait de notre bonheur.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Un Bourdelle déconcertant

 

Au musée, de façon complètement inattendue, vous vous trouvez incapable d'identifier certaine œuvre du sculpteur Bourdelle. Alors, prenant une voix de basse à la Chaliapine, vous demandez à la personne qui vous accompagne : « Qu'est-ce que c'est que ce Bourdelle ? »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Trier et mettre en ordre

 

Avant d'avoir le droit de mourir, l'homme doit mettre en ordre ses affaires. Il doit « trier et mettre en ordre », comme le narrateur de Corrections fait avec les papiers de son ami Roithamer (le constructeur du cône d'habitation). Pour cela, l'homme doit s'installer dans la mansarde Höller, située à l'emplacement le plus invraisemblable de la gorge d'un torrent autrichien. C'est l'endroit le plus adéquat car on peut être sûr que nul instinct, nulle pulsion — et a fortiori nul paysan tchèque — ne viendra vous y déranger.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

mercredi 26 août 2026

Proverbe pictural

 

Cimabue boira.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

De la nécessité de relativiser

 

Pouchkine : Dieu, comme elle est triste, notre Russie !
Gogol : Dis pas ça, vieux. Ça pourrait être pire. On pourrait être à Sartrouville. Faut relativiser.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Écrivains

 

On trouve de tout, dans la littérature. On y trouve et l'austère Caillois et le pédant Borges. Sans oublier l'intranquille Pessoa.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Bobina nie ma

 

Alors qu'on a atteint le seuil du désespoir, on entre dans une librairie de Poznań et on demande à la pani si elle a du Bobin. Mais la série noire continue car la pani répond : « Przykro mi ale niestety, Bobina nie ma. »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

mardi 25 août 2026

Hadamard m'a tuer

 

Avec ses nombres premiers, ses matrices, ses transformées et ses fonctions méromorphes, le mathématicien Jacques Hadamard nous a tuer.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Ainsi parlait

 

Si Nietzsche, au lieu de faire parler Zarathoustra, avait fait parler le professeur Léon Schwartzenberg, il lui aurait fait dire qu'il allait falloir être très courageux.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Logique modale

 

Il est tout aussi faux de dire « j'ai un corps » que « je suis mon corps ». Par contre, si vous dites « je crois qu'il est possible qu'il pleuve plus tard », alors là, c'est autre chose. On est en pleine logique modale. Ce n'est plus du tout la même chose.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Sauf Bobin

 

Si l'on pouvait mettre fin à ses jours en appuyant sur un simple bitoniau et en ayant l'assurance de ne pas dérouiller, tout le monde se tuerait sauf Christian Bobin.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

lundi 24 août 2026

Sociopathie des décédés

 

Les morts n'ont aucun respect humain. Leur hygiène est déplorable. En se décomposant, ils dégagent une odeur à vous rendre malade. Ils manquent d'empathie et se comportent de manière antisociale. Ce sont des sociopathes.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Le Port-Salut n'a pas voulu

 

Le sentiment de solitude qui vous étreint quand, dans un autocar, un groupe de voyageurs se met à chanter Un Régiment de fromages blancs, ce sentiment de solitude ne peut se comparer qu'à la quatrième déréliction du Christ lorsqu'il laissa huit de ses apôtres en Gethsémani pour aller prier au jardin des Olives.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

De la connaissance

 

Kant pense qu'il est impossible de savoir si quelque chose existe en dehors de nous (de nos représentations). Il prend l'exemple d'un quidam qui cherche une pharmacie de garde un dimanche à Santiago du Chili, et qui se casse le nez d'abord à la pharmacie Lopez puis à la pharmacie Gomez.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Mystère de Paris

 

Comment les gens qui aujourd'hui publient des livres ont réussi à se faire passer pour des écrivains, c'est un vrai mystère de Paris d'Eugène Sue.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

dimanche 23 août 2026

Cossardise wittgensteinienne

 

Lisez le Tractatus ou les Investigations philosophiques, vous verrez que Wittgenstein n'a pas créé un seul concept. De son propre aveu, il était trop cossard. À Cambridge, George Edward Moore l'appelait Toto la rame au soleil.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Pour un scepticisme civilisé


Suspendre son jugement, oui, mais à un portemanteau. On n'est pas des bêtes ! On ne va pas le suspendre avec une ficelle !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Tout comme Giacomo

 

Ayant décidé de tout faire comme Leopardi, nous nous enfermons dans la bibliothèque familiale et nous en ressortons dix ans plus tard malingre, déprimé et atteint de spondylarthrite ankylosante. Cerise sur le gâteau, notre méditation métaphysique et lyrique sur le tragique de l'existence fait de nous un précurseur de Schopenhauer, de Nietzsche, de Freud et de Cioran.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Arnaque à la vie

 

On nous avait promis que la vie ne serait qu'amour, jeux et ris, mais tout ce que nous avons trouvé, c'est incommunicabilité, solitude, ennui, morosité et dégoût. On s'est encore fait avoir.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

samedi 22 août 2026

Malaise existentiel du clupéidé

 

On peut être pilchard, donc doté de nageoires, d'écailles lisses et d'un filtre branchial, donc tout de même quelque chose — un clupéidé —, et cependant, comme le Don Carlos de Schiller, vivre dans le sentiment térébrant de son propre néant.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)