Porphyre
enseigne que l'individu divise l'espèce et Raymond Doppelchor, en
commentant l'Isagoge, renchérit sur cette thèse : « Les individus
distribuent l'espèce par leur infinité propre. Tous les individus sont,
en effet, disgrégatifs et diviseurs. En outre, que ce soit dans
l'autobus ou dans le tramway, ils prennent toute la place avec leurs
gros genoux. »
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Le philosophe
Jean Grenier était taoïste et comme tel adepte du « non-agir » ; son
confrère Althusser, plus sanguin, fut incapable de se retenir et
étrangla sa bonne femme. Aux policiers qui l'interrogeaient, il expliqua
s'être placé dans les pas du « philosophe de l'action » Maurice Blondel
et avoir, comme ce dernier, cherché à développer une doctrine de
l'action intégrant des éléments du pragmatisme moderne à l'intérieur de
la philosophie chrétienne, mais que les choses avaient « dérapé » pour
une raison ou pour une autre, peut-être parce qu'il avait « trop forcé
sur le pragmatisme ».
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
« Regarde,
ami Sancho ; voilà devant nous une mégère difforme et un garagiste de La
Bourboule, auxquels je pense livrer bataille et ôter la vie. Car c'est
grandement servir Dieu que de faire disparaître si mauvaise engeance de
la face de la terre. Hue, Rossinante ! »
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Le logicien
Kurt Gödel avait dans son jardin, à Princeton, un flamant rose en ciment
dont il était très fier. Il pensait que son réfrigérateur produisait
des émanations toxiques, appréciait beaucoup le dessin animé Blanche
Neige et craignait constamment d'être empoisonné. Son hobby de
prédilection était de fabriquer des « théorèmes d'incomplétude ». Il
était notoirement « bizarre ».
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Au dire de
son fils Michel, le peintre Monet non seulement ne termina pas son
dernier tableau, mais il le lacéra à coups de couteau. Il avait enfin
compris que ses nymphéas « faisaient chier tout le monde ».
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Dans une
bourgade de la Manche dont nous ne voulons pas nous rappeler le nom 1,
des habitants sont vent debout contre un projet de poulailler. Ils
dénoncent le risque d'une moins-value immobilière et s'inquiètent de
possibles nuisances olfactives. C'était dans La Manche Libre de ce
matin.
1 : Il s'agit de Domjean, au sud de Saint-Lô. (NdE)
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Quand Bildad
demande à Job comment il va « yau de poêle », le « torturé » — ainsi
que l'appelle Kierkegaard — répond à son ami qu'il n'est pas d'humeur à
plaisanter et lui conseille d'aller se faire cuire un œuf chez la
bienheureuse Marie Alacoque.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Conformément à
la prédiction de Pavese, la mort viendra et elle aura le dirigeant
d'entreprise Geoffroy Roux de Bézieux. Mais elle nous aura tous, en
fait, qu'on appartienne ou non au patronat.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Si, tandis
que vous roulez de nuit dans une forêt, quelque chose emboutit votre
véhicule, ne vous hâtez pas d'accuser le sanglier. Dans son traité Sur
le non-étant, Gorgias affirme que « premièrement, rien n'existe ;
deuxièmement, même s'il existe quelque chose, l'homme ne peut
l'appréhender ; troisièmement, des sangliers, y en a jamais eu par
ici. »
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Hamlet : Vois-tu ce nuage, qui a la forme d'un chameau ? Polonius : Par la sainte messe, il ressemble à un chameau, en vérité ! Hamlet : Je crois qu'il ressemble à une belette. Polonius : Il a comme un dos de belette. Hamlet : Ou de baleine ? Polonius : Oui, tout à fait de baleine. Hamlet : T'es vraiment un céoène, toi, t'es au courant ?
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Dans certaine
pièce de Tchekhov, le jeune dramaturge Constantin Treplev se tue à
cause d'une pochetée qui, au terme d'un long et tortueux cheminement
existentiel, en est arrivée à se prendre pour une mouette. Comme dirait
l'autre, on voit de tout.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
“A rollicking
good time! Maurice Gaber is known for his razor-sharp wit, and Pensées
de Pascal et d'ailleurs is no exception. Hilarious and
thought-provoking, this book had me laughing out loud from beginning to
end. An absolute delight, compulsively readable. I can't wait to see
what Maurice Gaber does next.”
Pour ne pas
craindre les terreurs de la nuit, la flèche qui vole au grand jour, la
peste qui rôde dans le noir et le fléau qui frappe à midi, une solution
qui a fait ses preuves, meilleure que celle consistant à s'abriter
auprès du Très-Haut, est de lire du Jackie Derrida (surtout De la
grammatologie).
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
C'est souvent
« en s'occupant de numismatique » (dit-il) que venaient à Rozanov les
pensées les plus bizarres (sur la causa formalis d'Aristote, le
positivisme comtien, les hésitations d'Abraham, les « demi-talents » de
Marie Bashkirtseff, et cætera). Mais l'on comprend à certains indices
que pour lui, « s'occuper de numismatique » signifie « faire la grosse
commission ».
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Rarement
quelqu'un nous aura inspiré une antipathie plus intense et plus
immédiate que l'écrivain Jouhandeau. Est-ce son côté visqueux de vieux
pervers ? Sa tronche de faux-jeton ? L'antipathie qu'il nous inspire est
viscérale. Qu'il vienne donc nous parler du schéol des Hébreux, après
ça, s'il l'ose. Nous l'attendons de pied ferme.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
L'autrui
lévinassien présente une parenté avec l'artichaut. Quand on le
rencontre, on enlève les feuilles l'une après l'autre pour voir ce qui
se cache derrière, mais on arrive bientôt à la dernière feuille et on
tombe sur... le Rien !
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Si
Raskolnikov avait pu rencontrer Grégoire Samsa (après sa métamorphose),
cela l'aurait sûrement confirmé dans l'idée que ses semblables étaient
de la vermine.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
La
littérature de Paul Gadenne est faite pour enchanter les amateurs
d'états d'âme mais nous, ce qu'on cherche dans les livres, c'est des
méchants. Alors Gadenne, on va le laisser sur la plage de Scheveningen,
n'est-ce pas, et on va s'éloigner tout doucement, sans faire de bruit,
comme la vie quand elle sépare ceux qui s'aiment, ou comme la mer quand
elle efface sur le sable les pas des amants désunis.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
L'homicide de
soi-même est une solution radicale, mais sa radicalité n'est pas
valoisienne à la André Rossinot, elle ne porte pas sur la transformation
des services publics, elle est plutôt transcendantale comme l'était
celle de Husserl selon Derrida.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Dans la vie,
voici comment les choses se passent. Vous voulez voir Darlan, mais il
est en conférence avec Pucheu qui s'apprête à partir pour la zone
occupée. Le chef de cabinet de Darlan, le commandant Guichard, vous fait
dire que ça ne va pas être possible (pas être possible). Et tout, dans
la vie, absolument tout est comme ça. Ça finit par vous mettre les nerfs
en pelote.
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)
Son suicide
accompli, le dadaïste Rigaut se sentit comme Hercule après qu'il eut
réglé son compte au centaure Polénor : plein d'allégresse. C'est
Thrasylle le Mendésien qui l'affirme et le docteur Le Savoureux qui le
corrobore.
Dans votre
rêve, vous vous trouvez à l'Institut Gustave-Roussy de Villejuif où le
radical de gauche Roger-Gérard Schwartzenberg vous annonce que vous
allez devoir être très courageux. Vous n'avez qu'une envie : prendre vos
jambes à votre cou.
Pour se
donner la mort, le philosophe Deleuze ne s'éventra pas avec
grandiloquence comme Mishima. Les giclées flamboyantes, ce n'était pas
son genre. Lui, il « créait des concepts ».