mercredi 19 août 2026

Période ermanesse

 

Il est assez courant que le monstre bipède passe par une « période ermanesse » durant laquelle il lit Le Loup des steppes, Siddhartha ou tout autre roman d'Hermann Hesse. Mais le moins qu'on puisse dire est que ça ne le rend pas plus intelligent (plutôt le contraire).
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Ressentir

 

Avant de mourir, le monstre bipède s'efforce de ressentir un maximum de choses. « Allez, on ressent, on ressent, on se dépêche ! Tu m'entends, Baleine ? Et efface ce sourire de ta gueule de con ou je te fais gicler les yeux des orbites ! »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Voici que la saison décline

 

Victor Hugo : Août contre septembre lutte. L'océan n'a plus d'alcyon. Chaque jour perd une minute, chaque aurore pleure un rayon.
Frédo : Plus d'alcyon, tu dis ? Comment c'est possible, une histoire pareille ? T'es sûr ? T'as bien regardé ?
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Réminiscence de Cadou

 

« Odeur des pluies de mon enfance, derniers soleils de la saison !... » — La rouge pomme à couteau de René-Guy Cadou nous aura poursuivi. Peut-être pas à mobylette, mais elle nous aura poursuivi.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

mardi 18 août 2026

Assez de salamalecs

 

Les écrivains ne devraient être autorisés à traiter que d'un seul sujet : la mort. Assez de petites histoires qui n'intéressent personne ! Assez de salamalecs !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Jour des boueux

 

Le négateur Émile Cioran rêvait — du moins se plaisait-il à l'affirmer — d'un monde où l'on se tuerait pour une virgule. Mais Simone ne l'entendait pas de cette oreille car il devait d'abord descendre les poubelles, c'était le jour des boueux.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Mauvaise surprise

 

Posséder des idées et des mots inconnus à tout autre, et pourtant, quand on s'ouvre, ne trouver en soi-même que le vide ! Comme Sophocle avec sa boîte de cannellonis !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Plus de lumière

 

Saint Grégoire l'Illuminateur, né vers 257 et mort en 331, est le saint qui a évangélisé l'Arménie. Il vous évangélisait, mais il était aussi capable de vous poser des « spots » et des appliques murales pour un prix très raisonnable. Il avait toujours ses outils avec lui. On y voyait tout de suite mieux dans la cambuse.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

lundi 17 août 2026

Barthes sociologue

 

Dans les années cinquante, le travail que Barthes abat dans la rue des Martyrs porte sur les filles de nuit qui attendent le jour en vendant du plaisir. C'est un travail de sociologue plutôt que de sémiologue.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Les monstres

 

Nous sommes entourés de monstres. Ces monstres, ce sont les individus qui n'ont pas lu Maritain et ne soupçonnent même pas son rôle central dans le renouveau du thomisme. On les reconnaît à leurs survêtements et au fait qu'ils se sentent continuellement « mal regardés » — et pas seulement par Maritain mais par l'autrui lévinassien en général (bien qu'ils n'aient pas lu non plus Levinas).
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Un philosophe pétillant

 

Alain Badiou est un philosophe non seulement minéral et naturel, mais encore pétillant. Grâce au concept de mathème qu'il a repris de Lacan et auquel il fait capter « l'impasse du réel », il permet à chacun de s'hydrater — métaphysiquement ! — à tout moment de la journée.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Envoi de Géorgiens au réel

 

Un pigeon ayant une fois de plus déféqué sur votre véhicule, vous avertissez le réel que si ça se reproduit, vous allez le faire disparaître. Vous allez le faire disparaître en lui envoyant des Géorgiens.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

dimanche 16 août 2026

Errance cognitive

 

Dans la scène 3 de l'acte I de Macbeth, on fait la connaissance de Banquo, et tout de suite on pense à Lucien Jeunesse et au Jeu des mille francs. Par association d'idées, on pense à Roger Lanzac, au cirque Pinder, et à Louis Bozon.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Les profonds

 

Si nous en avions le pouvoir — par exemple si nous étions commandant de gendarmerie —, nous frapperions les écrivains Maurice Blanchot, Georges Bataille, Pierre Klossowski, Brice Parain et Gaëtan Picon d'une amende pour profondeur excessive. On n'a pas idée d'être profonds comme ça, les gars, voyons !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Et avec ceci

 

Au lieu de broyer du noir et d'être intranquille, Pessoa aurait mieux fait d'imiter Léon Dessertine et de s'adonner au négoce de la viande. La boucherie aurait donné un sens à sa vie, et pour nous lecteurs, ç'eût été tout bénéfice puisqu'on aurait pu lui demander de nous mettre de côté un morceau dans l'araignée.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Systèmes

 

Les Anglo-Saxons utilisent le système avoirdupois, mais nous autres, handicapés de la vie, perpétuels angoissés, c'est le système avoir-les-foies que nous utilisons !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

samedi 15 août 2026

Soulagement longtemps espéré

 

Nous avons tant souffert par le simiesque Nougaro, il incarnait si bien tout ce que nous détestons chez le monstre bipède, que nous avons souhaité plus d'une fois qu'il disparaisse. Et finalement, alors que nous n'y croyions plus, il a disparu. Il suffisait d'attendre. Tout vient à point à qui sait attendre, dit l'adage. Et c'est vrai.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Kangourous

 

En octobre 1984, la mort de son ami Henri Michaux plonge Émile Cioran dans une morne autant que jeanmichelle apathie. Pour lui redonner goût à la vie, Simone le traîne au Jardin des Plantes où il peut observer les kangourous en train de sauter et de faire les cons.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Maritain

 

La vie est une suite ininterrompue de frustrations. Rien n'est comme on le voudrait. Les garagistes de La Bourboule sont des canailles et les femmes des vipères. Mais heureusement, il y a aussi Maritain — dont l'œuvre, faut-il le rappeler, est marquée comme celle de Soloviev par le désir de recouvrer une intelligence sophianique de la révélation. Selon Maritain, le fondement de la doctrine de l'être est le principe d'identité qui justifie en droit une « raison d'être » intelligible. Du principe d'identité découle, selon lui, toutes les catégories de l'être d'où l'on déduit l'être même subsistant (Dieu). Ça aide à supporter les garagistes de La Bourboule.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Tournée à l'américaine

 

Englué dans la routine du quotidien, le Dasein heideggérien rêve de changement. Il aimerait imiter le facteur François et une fois, rien qu'une fois, faire sa tournée à l'américaine. Mais ça ne risque pas d'arriver : il est de Bezons — et à Bezons... les tournées à l'américaine...
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

vendredi 14 août 2026

Nevermore

 

Si l'on vous disait que vous êtes en train de faire telle chose pour la dernière fois de votre vie, vous n'auriez même plus envie de la faire. Ce serait trop « malaisant ».
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Pochetronnerie du démiurge

 

Quand le démiurge raconta à sa bonne femme qu'il venait de créer le monde, elle se dit que pour faire une chose pareille, il avait encore dû prendre une sévère muflée.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Un monomaniaque de la vanité

 

L'Ecclésiaste, c'est simple, si on l'écoutait, tout serait vain. Il n'a que ce mot-là à la bouche.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Entraînement à l'échec

 

Comme Diogène de Sinope, le nihilique s'exerce à essuyer des échecs. Diogène le faisait en demandant l'aumône à une statue, le nihilique en s'efforçant de trouver du sens dans la phrase de Heidegger qui dit que « l'actualité est la présentation de l'effectivité comme présence du présent, c'est-à-dire concaténation de la provenance du tourné-vers en quoi consiste la relation de l'accomplissement à l'acte ».
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

jeudi 13 août 2026

Diététique du gluon

 

Le matin, pour être prêt à assurer l'interaction forte durant le reste de la journée, le gluon ingurgite de grandes quantités de feuilles de salade ainsi que des cerneaux de noix (riches en lipides et en fibres). C'est Louis Leprince-Ringuet qui le dit, dans son ouvrage Des Atomes et des hommes.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Guerre et Paix, page 943

 

« Sire ! » dit Michaux. « Votre Majesté signe dans ce moment la gloire de la nation et le salut de l'Europe. » L'empereur le congédia d'un signe de tête. Michaux regagna aussitôt « l'espace du dedans ».
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Moments de la légende

 

Robinson Crusoé découvrant, incrédule, des empreintes de pas ; Ulysse bandant son grand arc ; Hamlet brandissant le crâne du bouffon Yorick ; Émile Cioran se coinçant le pouce dans une portière de voiture : ce sont là des moments cruciaux de la légende, et chacun restera gravé à jamais dans les mémoires.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Consommation de Mallarmé

 

Le poëte Mallarmé a inventé de dire que la mort est un peu profond ruisseau, calomnié qui plus est. On veut bien tout, on n'est pas contre la licence poétique et les métaphores audacieuses, mais un peu profond ruisseau, tout de même... on se demande si le poëte n'a pas « pris des substances » — s'il n'a pas « consommé ».
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

mercredi 12 août 2026

Art de déplaire

 

On ne peut pas plaire à tout le monde, c'est une évidence, mais ne plaire à personne est très facile. Il suffit de dire que « rien n'est ». En moins de temps qu'il n'en faut pour cuire des asperges, on se retrouve « seul comme Franz Kafka ».
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)