mercredi 6 mai 2026

Drap du motus

 

Quand il s'agit de questions insolubles — le vrai ; le faux ; le laid ; le beau ; le dur ; le mou qui a un grand cou —, nous devrions tous faire comme Boileau et imiter de Conrart le silence prudent.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Aime-moi

 

Le poëte hongrois Attila József se jeta sous un train pour protester contre le fait qu'il n'avait pas d'amis. Ce n'était pourtant pas faute d'en chercher. À l'autrui du philosophe Levinas, il s'offrait « à poil de Nicosie » et lançait ce seul cri : « Aime-moi ! » Mais à cet appel ne répondait jamais que le silence — alors à la fin, n'est-ce pas... Le poëte avait trente-deux ans au moment de la collision fatale.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

L'ami Celibidache

 

Georges Enesco raconte : « Avec l'ami Celibidache, on ne se quitte jamais attendu qu'on est tous deux natifs de la Moldavie roumaine. » Et en effet, ils le sont : Enesco de Liveni, Celibidache de Roman. Ce n'est pas le même district administratif, ce sidi.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Méthode expérimentale

 

Pour savoir si la vie possède un sens, il faut adopter la méthode expérimentale de Claude Bernard. On enferme un philosophe dans une vessie pour observer s'il va produire du concept — que l'on verra alors suinter à travers la membrane. S'il produit du concept, c'est que la vie possède un sens (reste à savoir lequel). S'il n'en produit pas... Mais il va en produire, c'est sûr.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mardi 5 mai 2026

Déjà pas mal

 

Que penser de tous ces livres qui ne seront plus jamais lus par personne — s'ils l'ont été un jour —, par exemple Le Pape des escargots ? Rien, si ce n'est qu'ils ont permis à leurs auteurs de se prendre et se faire prendre pour des écrivains, ce qui n'est déjà pas mal.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Proverbe libanais

 

Il vaut mieux vider une chopine avec Samir Geagea que se faire marronner par un maronite ou dévorer par des punaises de lit à la solde de Oualid Djoumblatt.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

À bicyclette avec Barrès


Dans l'œuvre de Barrès, il y a la terre, il y a les morts, mais ce n'est pas tout : il y a Fernand, il y a Firmin, il y a Francis et Sébastien — et puis Paulette. Quand on approchait la rivière, on déposait dans les fougères nos bicyclettes.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Impuissance de Parapine


Dans ce « monde de néant », tout est bête, profondément bête, mais certaines choses, en plus d'être bêtes, vous brisent le cœur. Et personne ne peut vous aider, pas même Parapine, le spécialiste de la typhoïde.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

lundi 4 mai 2026

Dac expliqué

 

Le nom Baillémir Bistouquette n'est pas une référence au prince Branimir de Croatie mais à la chanson Bei Mir Bist Du Schön.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

 

Ce qui serait bath

 

Comme le négateur Émile Cioran, produire une œuvre ironique et apocalyptique, marquée du sceau du pessimisme, du scepticisme et de la désillusion, c'est ça qui serait bath.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Bernanosisme charcutier

 

On peut, comme Bernanos, être obsédé par le problème du mal tout en étant par ailleurs grand amateur de charcuterie. On écrit alors le Journal d'un pâté de campagne (un roman du nihilisme et de la grâce).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Compulsion rilkienne

 

Chaque fois qu'il se trouvait en présence de la princesse von Thurn und Taxis, le poëte Rilke brûlait de lui dire : « Suivez cette voiture ! » Mais timide comme il l'était, il n'osa jamais.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

dimanche 3 mai 2026

Une spécialiste du contre-la-montre

 

Dans son Dictionnaire hagiographique, l'abbé Pétin affirme que la bienheureuse Marie Alacoque n'était à l'aise que sur le plat. Elle appréhendait les étapes de montagne.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

À quoi joue l'imberbe

 

Que le barbu sonne quand il a besoin de quelque chose, cela peut se concevoir, mais on se demande pourquoi — et surtout pour qui ! — sonne le glabre. Hemingway se le demandait aussi, il paraît.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Impotence géographique

 

On voudrait, comme le Fortore, séparer le Molise des Pouilles, ou comme le Prout, marquer la frontière entre la Moldavie et la Roumanie, mais on est faible, on est chétif, et au final on ne fait rien.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Alerte orange chez Henry Chinaski

 

Le domicile de l'écrivain Charles Bukowski était constamment en vigilance orange pour risque non pas de crue — il habitait assez loin de la Los Angeles River — mais de cuite, bel et bien.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

samedi 2 mai 2026

Proverbe poilu

 

Il vaut mieux passer chez Soches (au lieu-dit les Soches, à Colondannes, dans la Creuse) qu'être un empaffé chez Foch.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Tout pue

 

Pour ne pas être taxé d'immaturité, il faut saupoudrer ses réflexions amères de références à Tacite, à Joseph de Maistre et à Thérèse d'Avila. Sinon, dès qu'on dit que tout pue, on est un « adolescent attardé ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Encore une belle journée

 

Le soleil vient de se lever. On attend l'ami Ricoré, avec son pain et ses croissants, mais c'est la pensée que « rien n'est » qui surgit. Alors on suit le conseil du négateur Émile Cioran, on se recouche et on gémit.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Jours tranquilles à Chamouny

 

Devenu vieux, le chroniqueur de cinéma François Chalais élut domicile là-haut sur la montagne : murs blancs, toit de bardeaux, devant la porte un vieux bouleau... Qu'il était loin, le temps de Je suis partout !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

vendredi 1 mai 2026

Nécropole austère

 

Le monde est une nécropole austère. Y vivre ressemble (en pis) à une trilogie new-yorkaise. C'est lugubre, po prostu.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Surnoms

 

Émile dit Mimile, d'accord, André dit Dédé, admettons, Gustave dit Tatave, ça peut encore se comprendre, mais Simon dit Pierre???
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Morale de l'inconfort

 

Comme le fakir hindou, le sceptique adhère à une morale de l'inconfort. Il est capable de rester une vie entière le fiacre entre deux chaises, entre l'être et le néant, ni ceci ni cela.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Angoisse de Boulle

 

L'écrivain Pierre Boulle fit établir son arbre généalogique afin de s'assurer qu'il n'avait aucun lien de parenté avec le dignitaire nazi Rudol Fesse.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

jeudi 30 avril 2026

Tribulations météorologico-existentielles

 

Comme celle du « señor Météo » de la chanson, la grenouille du philosophe Heidegger était malade. Elle annonçait du beau temps et il pleuvait des cordes. Heidegger en était désespéré. Il avait déjà du mal avec l'être, maintenant c'était avec le temps !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Conversion de Sembat

 

Ce furent la stupeur et les tremblements chez les socialistes de tendance blanquiste quand leur leader Marcel Sembat se mit à la bossa nova. Ils avaient peur de ne jamais attraper le rythme.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Chefs communistes

 

L'homme politique Marcel Cachin était communiste et paimpolais. Il était donc en quelque sorte un « coco » de Paimpol. En revanche, Jacques Duclos n'était pas de Vougeot (Côte-d'Or) ni Thorez de Rodez.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Cacher Cachin

 

Qui n'a jamais rêvé de faire comme Anatole de Monzie durant l'Occupation ? Cacher Cachin ? Dans une cache ? Aux environs de Cahors ?
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mercredi 29 avril 2026

Inexorabilité de la mort

 

Malgré l'effort surhumain qu'il fit de « penser la mort », le philosophe Jankélévitch y passa comme les copains. La mort se fiche qu'on la pense, elle ne se laisse fléchir par rien. Elle est inexorable. Philosophe ou pas, pour elle c'est pareil.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)