jeudi 5 novembre 2026

Enlèvement intempestif de Polybe

 

Vous avez dans votre bibliothèque les Polybii Historiæ dans l'édition de Theodor Büttner-Wobst, et quelqu'un que vous ne connaissez pas vous dit : « Nous allons vous enlever ce Polybe, après vous serez tranquille. » Mais vous étiez déjà tranquille !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

De Verdi ?

 

Dégoûté du monde et de la vie, Rigaut l'est tôt. Il n'a que trente ans quand il se suicide.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Deux Romains

 

Il ne faut pas confondre Varus et Macrobe. L'un commandait des légions, l'autre a écrit les Saturnales.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Un complot nous verrons

 

Caïman toutes les personnes présentes dans le film de Zapruder sont mortes peu de temps après, dévorées par un crocodile ou d'une autre façon tout aussi suspecte.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

mercredi 4 novembre 2026

Sadisme de Grandgil

 

Arrivé rue de Poliveau, la pensée du peintre Grandgil n'était pas de se détruire mais d'extorquer un maximum d'oseille à l'épicier Jamblier et de le tourmenter jusqu'à le rendre presque fou.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Feu follet

 

Depuis les travaux d'Albert Thibaudet, il est notoire que le ministre Marcel Rigout est celui dont s'est inspiré Drieu la Rochelle pour construire le personnage central de son roman Le Feu follet. Rigout était ministre de la Formation professionnelle dans le gouvernement du « Gros Quinquin ». Il était surnommé le « ministre métallo ». Dans le film de Louis Malle, il est incarné par Maurice Ronet qui pourtant ne lui ressemble guère. Le personnage de Dubourg aurait quant à lui été inspiré par Anicet Le Pors.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Stupéfaction

 

« Parler de soi, quand on n'est rien ! », fulmine Cioran, excédé par Georges Perros. Selon le négateur, parler de soi nécessite que l'on soit d'abord quelqu'un. Or dans ses livres, le négateur parle de soi, il ne fait même que ça. La conclusion est évidente : il est persuadé d'être quelqu'un et cela nous stupéfie. Nous qui le pensions un contempteur du Moi ! Notre monde s'écroule, ce monde que nous avions eu tant de peine à édifier puis à faire tenir debout à l'aide d'étais et autres organes de contrebutement.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Baka

 

Est dite « grave baka » une personne particulièrement stupide. Manque de chance pour lui, le pharaon Baka, de la IVe dynastie, portait justement ce nom. Et c'est aussi le cas d'un peuple autochtone de chasseurs-cueilleurs vivant principalement dans les forêts tropicales du sud-est du Cameroun. Lourde, oh, bien lourde est la croix qu'ils doivent porter ! Alors courage, les Baka ! Nous vous aimons malgré votre bêtise !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

mardi 3 novembre 2026

Bossu de Recanati

 
 
L'expression « bossu de Recanati » a été employée pour la première fois à propos du poëte Giacomo Leopardi. Depuis, elle est entrée dans le langage commun et il n'est pas rare d'entendre, dans la rue ou dans l'autobus, un quidam en traiter un autre de « bossu de Recanati ». Le comble est qu'en général, aucun des deux n'a entendu parler de Leopardi. Ils ne sauraient pas vous dire de qui est le vers « et m'abîmer m'est doux en cette mer ».
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Trémoussements

 
 
À la fin de ses Aveux et anathèmes, le négateur Émile Cioran reconnaît s'être trémoussé « dans cet univers aberrant » et il confie non de canard mais qu'à chaque fois qu'il se trémoussait, il manquait de perdre son « ben ».
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Rhizome deleuzien (et guattarien)

 
 
Le concept deleuzien et guattarien de rhizome s'applique à une structure évoluant en permanence dans toutes les directions d'un plan (un rhizome deleuzien et guattarien n'a que deux dimensions : il est dénué de hiérarchie). La phrase « Guy Debord est un con » n'est pas un rhizome deleuzien et guattarien, tout en en étant un d'un certain point de vue (celui de l'interprétation de Copenhague).
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Un faible calembour

 
 
« Homard, j'arrive ! » est un assez faible calembour.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

lundi 2 novembre 2026

Méli-mélo

 
 
L'histoire pleine de bruit et de fureur racontée par un idiot ne nous a jamais emballé. À la place, nous proposons ceci : la vie est un méli-mélo de légumes du jardin sur un mesclun de jeunes pousses. Et nous souhaitons bonne chance à celui qui voudra démontrer le contraire : bonne chance !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Glissement spatio-temporel

 
 
À la suite d'on ne sait quel glissement de l'espace-temps riemannien, les vieux de notre enfance, ces vieux que nous pensions être « les vieux » pour l'éternité, ces vieux ont disparu et c'est nous qu'on a mis à leur place ! C'est nous les vieux, maintenant ! N'est-ce pas incroyable ? To jest całkiem niesamowite, po prostu !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Conversation

 
 
« Comment ça va, chez Gallimard ?
— Ça va, ça va, ça va bien.
— Les auteurs sont-ils prospères ?
— Mon Dieu oui, merci bien.
— Et David Foenkinos ?
— Ça flotte.
— Et Christian Bobin ?
— Ça mijote.
— Et la gorgée de bière ?
— Ça s’écoule.
— Et ce con de Pennac ?
— Ça se déroule.
— Et Amélie Nothomb ?
— Elle est malade. Le printemps était trop vert, elle a mangé trop de salade. En plus, elle n'est pas chez Gallimard mais chez Albin Michel.
— Dans ce cas... je ne m'en mêle plus. »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Héroïsme de notre temps

 
 
Prononcer sans se tromper la phrase « W Szczebrzeszynie chrząszcz brzmi w trzcinie », c'est la chose la plus haute, et la plus difficile à réaliser, mais aussi, une fois accomplie, celle qui enchante également le sage et l'écolier, et acquiert de plein droit la qualité de l'épopée.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

dimanche 1 novembre 2026

Un cruel « dilemne »

 

Dans la quatrième partie du Voyage au bout de la nuit, le lecteur se trouve placé devant un cruel « dilemne » : il doit choisir soit de faire du parapente avec Parapine, soit de donner à fond dans le complotisme maccartiste avec l'abbé Protiste. La plupart choisissent le parapente, au risque de se briser tous les os.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Comment que c'est

 

Ami lecteur ! T'est-il déjà arrivé de te sentir en parfaite santé ? Si oui, peux-tu nous dire comment que c'est ? On doit avoir un drôle de traczir, non ? Allez tôpette ! Ne fais pas de bêtises, surtout !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Les Sarre déjeunent et dînent à l'huile

 

Chez les Sarre, on déjeunait et dînait — mais surtout dînait — à l'huile. Georges, l'ancien secrétaire d'État aux Transports routiers et fluviaux de François Mitterrand, avait une aversion pour le beurre ; sa femme Jacqueline également (sans doute par mimétisme).
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Ale jaki bourdelle

 

En polonais, le mot bourdelle ne désigne pas le disciple et ami de Rodin mais le bordel au sens de désordre.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

samedi 31 octobre 2026

Dérèglement de Klíma

 

Le philosophe Ladislav Klíma, auteur du Monde comme conscience et comme rien, avait une vie notoirement déréglée. Il buvait sec et courait le guilledou. Les experts du Giec finirent par s'en émouvoir car sa vie de bâton de chaise provoquait des tornades.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Deux amours

 

Un amateur de fines herbes qui est également féru de doctrines dualistes rejetées comme hérétiques par l'Église, un tel amateur de fines herbes a deux amours : le gnostique Basilide et la farigoulette.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Discuter avec Parapine

 

Arrivé au chapitre vingt-quatre du Voyage au bout de la nuit, notre pensée n'est pas de nous détruire mais de nous asseoir sur un parapet avec Parapine et de discuter avec lui des moyens de sauver le jeune Bébert (le neveu de la concierge). Nous ne savons pas encore que celui-ci mourra au chapitre vingt-cinq, nous plongeant dans une profonde et durable affliction.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Renaissance des forêts

 

Comme les champignons à l'automne, Louis, l'auteur du Bavard, renaissait des forêts. Hélas, ça ne le rendait pas plus intéressant à lire.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

vendredi 30 octobre 2026

La métamorphose

 

Un matin, au sortir d'un rêve agité, on s'éveille transformé dans son lit en un quidam féru de poststructuralisme. On est avide de lire du Foucault, du Deleuze et du Derrida. C'est excessivement embarrassant. On voudrait se cacher sous un canapé. D'ici à ce qu'on se fasse bombarder de pommes pourries par Alain Badiou... Il ne manquerait plus que ça.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Avant de mourir

 

Le poëte et trompettiste Boris Vian ne voulait pas « crever » avant d'avoir connu les chiens noirs du Mexique qui dorment sans rêver, et aussi, tant qu'à faire, les singes à cul nu dévoreurs de tropiques. Nous n'y voyons rien à redire, mais nous, ce qui nous aurait vraiment plu avant de mourir, ç'aurait été de faire la tenaille avec le chef Chaudard, Pithivier et Tassin.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Calme-toi, Georges

 

« Et remarquez que dans le titre non plus, il n'y a pas la lettre e : La Disparition ! Alors ? Qu'est-ce que vous dites de ça ?
— Mais oui. C'est très bien. Calme-toi, maintenant. »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Baleine doit changer de paradigme


« Engagé volontaire Baleine, il faut que tu changes de paradigme, c'est compris ?
— Chef, oui, chef ! 
— Et efface ce sourire de ta gueule de con ou je te fais gicler les yeux des orbites ! »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

jeudi 29 octobre 2026

Omission du pharmacien

 

L'homme ne possède pas seulement un corps mais aussi une âme. C'est cela que dans son raisonnement platement scientiste le pharmacien omet (quand il discute avec l'abbé Bournisien).
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)