samedi 27 juin 2026

Balance de Job

 

Job dit que s'il était possible de peser sa souffrance et ses calamités, elles se révéleraient plus lourdes que le sable de la mer. Il veut nous faire comprendre qu'il en a pris plein la figure. Il entre ensuite dans les détails et explique comment calibrer une balance Roberval chez soi sans stress. Il faut commencer par la nettoyer et s'assurer qu'elle repose bien à plat, puis utiliser des masses étalons. C'est un peu fastidieux mais « il faut ce qu'il faut ». 
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Le Grandiloque aura ta peau

 

Le négateur Émile Cioran était un fanatique de la vengeance. Il voyait la vengeance comme une libération, ou tout au moins comme un moyen d'éliminer les impuretés qui font se congestionner l'âme — un genre de « savon surgras existentiel ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Sans queue ni tête

 

Comme le film d'animation Mon voisin Totoro, notre vie est une histoire à dormir debout, et nous n'avons pas même l'excuse d'avoir été créé dans les studios Ghibli, étant de Bezons.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Sensitivity Reading

 

« Le père mort, les fils vous retournent le champ. Deçà, delà, partout ; si bien qu'au (Francis) bout de l'an, il en rapporta davantage. » Dans cet extrait du Laboureur et ses enfants, on remarque une allusion à la Milice française. Elle est certainement involontaire de la part de La Fontaine, mais nous remplacerons tout de même le passage scabreux par « à la (Francis) fin de l'année », quitte à sacrifier la métrique.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

vendredi 26 juin 2026

Pas de Vulcani pour Giacomo

 

La vie n'a pas été tendre pour Leopardi. Il était bossu, souffreteux, et personne ne s'intéressait à ses poëmes. Totalement découragé, il disait qu'il était « mûr pour la mort ». Pour se requinquer, il lui aurait fallu un bon coup de « vermouth des intrépides », mais Recanati n'était pas sur la tournée d'Antoine Robinaud.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Indices

 

Le négateur Émile Cioran estimait que la musique de Bach, sans être exactement une preuve de l'existence de Dieu, donnait quand même fichtrement à penser. Mais ce qui l'amena à deux doigts de croire, ce fut d'apprendre que la formule de Stirling permet de calculer un équivalent asymptotique de la suite des nombres de Catalan, « et que cette formule, tenez-vous bien, fait intervenir la racine carrée de pi ! »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Pis-aller du pis-aller

 

Comme il n'y avait plus de grives et pas davantage de merles, nous avons mangé des frites, une fois.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Veine du lépidoptère

 

Le papillon ne sait pas qu'il est un papillon. Il ne s'avise même pas qu'il existe — et ne parlons pas du fait qu'il doit mourir. Il a « trop de la chance » — comme Claudel.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

jeudi 25 juin 2026

Accès de méchanceté du Grandiloque

 

Le négateur Émile Cioran avait remarqué qu'il ne devenait méchant que lorsqu'il était profondément mécontent de lui-même. Malheureusement, cela lui arrivait souvent car il n'était à la hauteur dans aucun domaine — hormis la négation.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Chez les gentils de l'au-delà

 

Après la mort, on sera enfin, ce ne sera pas trop tôt, dans l'infini infundibuliforme. On flottera, libre de toute pesanteur, au milieu d'un nuage de gluons. On discutera d'irréparable avec Émile Cioran. Ce sera « aux pommes ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

La traversée de l'existence

 

À l'instar du peintre Grandgil et du chauffeur de taxi au chômage Marcel Martin, le Dasein heideggérien porte des valises de cochon entre la rue Poliveau et la rue Lepic. C'est ce que le philosophe allemand appelle son « destin » (Schicksal). Le Dasein « résolu », libre vis-à-vis de sa mort, « s'en remet à soi-même en embrassant une possibilité dont il est l'héritier, mais que cependant il choisit parce qu'il a la capacité de faire face à ce qui vient à son encontre », écrit François Fédier. — Vision exagérément optimiste, car en fait, il est arrêté par une patrouille de « feldgrau » et termine à la Kommandantur.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Pachynihil attaque

 

Chez le nihilique, ce n'est pas l'amour qui est « éternel, pas artificiel » mais le dégoût. À moins que ce ne soit le chagrin ? Ou la pitié ? En tout cas, ce n'est pas l'amour.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mercredi 24 juin 2026

Je ne suis pas bien portant

 

Il faut chérir son hypocondrie car elle nous sauve de la solitude. On voit des médecins... On présente sa « carte vitale »... On discute de posologie avec des pharmaciens... On est réintégré dans la « grande famille humaine ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Une créature fausse et cupide

 

La femme peut bien feindre de s'intéresser au Rien, elle peut bien s'afficher lisant du Cioran ou du Luc Pulflop, elle peut bien réciter de l'Ecclésiaste, en réalité, tout ce qui l'intéresse, c'est les pépettes.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Cerisier de l'illusion

 

La défaite de 40, l'Occupation et la Libération avaient convaincu le négateur Émile Cioran que l'illusion est un péché — d'autres disent un cerisier.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Meilleur des mondes possibles

 

Si sa femme l'avait trompé avec un garagiste de La Bourboule, Leibniz serait sans doute revenu sur ses positions et aurait concédé que le monde n'était peut-être « pas si génial que ça en fin de compte ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mardi 23 juin 2026

Froid aux pieds du Grandiloque

 

Malgré sa couette et ses chaussettes en laine, et malgré la présence de Simone à ses côtés, Cioran avait froid aux pieds la nuit. « La musique est le refuge des âmes ulcérées par le bonheur », se lamentait-il.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Grande idée

 

Ramollir la courbure de l'espace-temps, voilà le but pharamineux de ceux qui, tel le poëte Crevel, ouvrent le robinet du gaz — ce qu'ils appellent « la grande idée ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Nombre d'Avogadro

 

Dans Le Rouge et le noir, Mathilde de la Mole est une aristocrate exigeante et gâtée par la vie, gorgée de lectures et d'idées élevées sur l'amour, la séduction, etc. Mais le plus ironique est qu'elle contient exactement autant d'entités élémentaires qu'il y a d'atomes dans douze grammes de carbone !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Caisse proustienne

 

Marcel Proust se trouvait dans le salon de la comtesse Greffulhe, sirotant un thé au jasmin, quand on lui annonça la mort du marquis de Bréauté-Consalvi. Sous le coup de l'émotion, il largua une énorme « caisse ». Aussitôt, pour qu'on ne le soupçonne pas, il s'écria : « Quelqu'un a largué une caisse ? Que cette personne se dénonce ! De suite ! Ah mais ! C'est formidable, ça ! »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

lundi 22 juin 2026

Enseignement du Rien

 

Le Rien n'est ni une religion ni un système philosophique ni une école de « sagesse transcendantale ». Il ne nous enseigne que deux choses : premièrement, la vie est une indicible rémoulade (eine unsägliche Remoulade) ; deuxièmement, l'être est un margouillis exophtalmique (eine exophtalmische Margouillis).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Aigle noir du nécessiteux

 

On s'apprête à prendre sa voiture pour aller faire les courses quand soudain, semblant crever le ciel et venant de nulle part, surgit... un pigeon. On saisit l'occasion et on s'adresse à lui à la manière de la chanteuse Barbara : « Dis, l'oiseau, oh dis, emmène-moi ! Retournons au pays d'autrefois, comme avant, dans mes rêves d'enfant, pour cueillir en tremblant des étoiles, des étoiles. » Mais le sacré volucre ne trouve rien de mieux que de déféquer sur notre véhicule !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Frédo, Bébert et le mysticisme helvétien

 

« Bébert, il faut que je te dise quelque chose, et écoute bien parce que c'est important. Si un jour tu as la vision d'un cheval boulottant un lys, c'est que les soucis relatifs à la vie matérielle (le cheval) dévorent ta vie spirituelle (le lys) et qu'il est temps pour toi de te consacrer entièrement à la contemplation. All right ?
— Pas de problème. Ça marche. »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Provocation capillaire

 

Quand on est plus ou moins calvitié, on s'irrite de voir le surréaliste Breton exhiber à tout propos une grosse masse de cheveux. On ne ressent pas pour lui un « amour fou » mais plutôt de la haine.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

dimanche 21 juin 2026

Bal chez Temporel

 

Si nous revenons jamais danser chez Temporel, il y a de fortes chances pour que nous pensions à tous ces énergumènes qui ont laissé leur nom gravé auprès du nôtre. Il y a des années, en effet, nous avons gravé avec un canif sur le mur des ouataires : « Merde à celui qui le lira, signé Bigeard ». Et depuis, il y en a sûrement une flopée qui nous ont imité. Alors on pensera à eux.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Saint Ambroise ne touche pas les acédiques

 

Un quidam frappé d'acédie monastique, même la lecture de saint Ambroise est impuissante à le tirer de sa torpeur existentielle. Il l'abandonne au bout de quelques pages. Il ne parvient pas à s'intéresser à l'éthique chrétienne ni aux catéchèses sur les sacrements du baptême, de la confirmation et de l'eucharistie. Comme l'Ivanov de Tchekhov, il est « enlisé dans l'existence » et comme le Bartleby de Melville, il « préfère ne pas » — lire du saint Ambroise, en l'occurrence.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Belles paroles

 

Tchouang-Tseu dit que si l'on reste impassible face à toute perte et tout changement, on entrera dans l'initial ciel pur et on assistera à l'apparition et à la disparition des phénomènes infinis, mais ce ne sont apparemment que de « belles paroles » : on a été impassible autant comme autant, mais en fait d'initial ciel pur, on est toujours à Bezons (quand ce n'est pas à Livry-Gargan).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Géologie du Cantal et pulsion de mort

 

Pour « montrer dans sa vraie lumière l'antique paysage cantalien », il faudrait dresser une carte indiquant les cratères adventifs, les failles, les filons, les sources minérales, les tourbières, les monuments et les débris des âges préhistoriques... Pour un suicidaire, un tel « turbin » est inimaginable, tout simplement.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

samedi 20 juin 2026

Intransigeance zététique

 

Les sceptiques admettent que l'on dise « Je pense que la lune existe », mais ils interdisent qu'on prétende savoir quoi que ce soit de ladite lune, sous peine que ça aille mal.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)