mercredi 12 août 2026

Art de déplaire

 

On ne peut pas plaire à tout le monde, c'est une évidence, mais ne plaire à personne est très facile. Il suffit de dire que « rien n'est ». En moins de temps qu'il n'en faut pour cuire des asperges, on se retrouve « seul comme Franz Kafka ».
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Brièveté de Radiguet Raymond

 

L'auteur Radiguet Raymond est mort après s'être baigné dans le bassin d'Arcachon (et non dans la Seine comme le prétendent certaines mauvaises langues). Il est mort d'une fièvre typhoïde mal diagnostiquée par le médecin du « saltimbanque Cocteau ». Il avait vingt ans. Il a écrit deux livres dont l'un a la réputation d'être un peu leste.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Tout ça pour ça

 

Les gens qui ne se suicident pas ont tort. Et comme le dit le steward du Washington dans l'Oreille cassée, « le tort tue » — donc au final le résultat est le même.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Main dans la surface de Marthe Bibesco

 

Quand la princesse Bibesco d'Angers jouait à l'extérieur, sa cousine la poétesse Anna de Noailles ne manquait jamais d'aller l'encourager. Hélas, un jour — c'était au stade Marcel-Saupin —, Marthe fit une main dans la surface.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

mardi 11 août 2026

Bébert se trompe, Frédo le corrige

 

« Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage, ou comme cestuy-là qui conquit la toison...
— Non.
— Comment ça, non ?
— Ce sont deux poëmes différents.
— Comment ça, deux poëmes différents ?
— L'un est d'Alfred de Musset, l'autre de Joachim du Bellay.
— T'es sûr ?
— À quatre-vingt-dix-neuf pour cent. »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Débuts du Grandiloque

 

Émile Cioran commence sa carrière « au fond du monde ignoble des viscères, des muqueuses et des humeurs, parmi une foisonnante et trouble fermentation ». C'est sa période « fœtus », qui va de juillet 1910 à avril 1911. Le 11 avril 1911, il se retrouve à l'air libre. Très vite, anxieux de s'exhausser à l'impérissable, il se lance dans l'écriture d'aphorismes. Mais ce n'est qu'en 1949, avec la parution de son Précis de décomposition, qu'il s'emparera du titre de « négateur universel » jusque là détenu par l'Argentin Carlos Monzón.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Soumission à l'autorité

 

Dans l'expérience de Milgram, le cobaye doit ajouter des poids sur une balance jusqu'à ce que ça fasse exactement un kilo (d'où le nom). Si à la fin ça ne fait pas exactement un kilo, un acolyte punit le cobaye en lui envoyant des décharges électriques.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Devenir Borges sans peine

 

Mettez un tigre dans un labyrinthe, placez-y aussi quelques miroirs et une couple d'épées, vantez le lyrisme d'Hilario Ascasubi et la drôlerie d'Estanislao del Campo, ça y est, vous êtes Borges.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

lundi 10 août 2026

Toujours rien de Nédoncelle

 

Ceux qui « bichent » en vous regardant vieillir, vous avez envie de leur dire : « Attendez. Attendez seulement un peu. Vous allez y passer aussi, vous allez voir. » Mais vous êtes lâche, vous ne dites rien, et le soir venu, vous n'avez toujours rien lu de Maurice Nédoncelle.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Conversation de poilus

 

La scène se passe dans une tranchée. Roland Dorgelès dit à Maurice Genevoix : « Pour savoir si à l'Ouest il y a du nouveau, je vais demander à Barbusse. Je pourrais aussi demander à Erich Maria, remarque »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Titres

 

Le négateur Émile Cioran aimait le titre Micmac moche au Boul' Mich'. C'est celui qu'il aurait donné à son recueil d'aveux et d'anathèmes si Léo Malet ne l'avait pas devancé. Simone lui suggéra Micmac moche rue de l'Odéon mais il trouvait que ça sonnait moins bien. Finalement, il choisit la simplicité : Aveux et anathèmes.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Suicide sans penser aux adieux

 

L'écrivain suédois Stig Dagerman se suicida comme on se quitte : tout simplement, sans penser à demain — à ce demain qui vient toujours un peu trop vite. Mais il ne pensa pas non plus — et nous devons nous en réjouir — aux adieux qui quelquefois se passent un peu trop bien.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

dimanche 9 août 2026

Foudroiement lexical

 

On ouvre un dictionnaire et on lit que le haggis est très proche de la grande famille culinaire des saucisses. Si on était seul, on se jetterait instantanément à l'eau. Jamais on n'a ressenti avec une telle violence le besoin de mettre un terme à tout ça.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Impotence balavoinesque de l'acédique

 

C'est le printemps. Sur le cep, le sarment gaillardit. La nature peut. La nature sait. Mais toi, paralysé par ton acédie monastique, tu ne peux pas, tu ne sais pas, et tu restes planté là.

(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

L'Henri Michaux fait du bien

 

Lire de l'Henri Michaux est comme savourer un radis croquignolet ou un navet enchanteur. Tant que vous le lisez, l'existence vous est moins à charge. Mais dès que vous arrêtez, ça revient.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Un cousin du blaps

 

Comme le blaps, le négateur Émile Cioran vivait dans les ruines ou sous les décombres, dans les celliers, sous les pierres, comme ça se trouvait. Comme le blaps, il avait mauvaise réputation. Comme le blaps, il projetait un liquide nauséabond (sous forme d'aphorismes) quand il se sentait menacé.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

samedi 8 août 2026

Poésie fantaisiste vs. homicide de soi-même

 

Nonobstant la rumeur, se jeter sous un autobus ou dans un puits busé est plus simple que d'écrire de la poésie fantaisiste dans le style de Paul-Jean Toulet : on n'a pas besoin de chercher des rimes, ni même des contrerimes.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Hans, fais gaffe

 

Le peintre Hartung devrait faire très attention. À l'endroit où il pose ses pinceaux, notamment. 
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Leucocytes

 

Dans la pièce de Claudel, l'annonce faite à Marie est celle que ses résultats d'analyses sont mauvais et qu'elle va devoir être très courageuse.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Tristesse de Chopin d'Ulysse

 

Dans le chant V de l'Odyssée, Ulysse est prisonnier sur l'île d'Ogygie où règne l'inflexible nymphe Calypso. Il passe ses journées sur le rivage à pleurer en contemplant la mer « et toute la douceur de sa vie coule avec ses larmes ». En d'autres termes, le héros grec a le mal du pays et est en proie à une immense tristesse de Chopin.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

vendredi 7 août 2026

Archétypes

 

Dans le ciel des idées platoniciennes, il y a le modèle de tous les objets possibles et imaginables, jusqu'aux plus loufoques comme la « vibropondeuse rhéographique » de Théasar du Jin.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Méditation merleau-pontienne

 

Possédons-nous un corps ou sommes-nous notre corps ? Si la deuxième hypothèse est la bonne, nous sommes dans de beaux draps et même dans de beaux drillards (le drillard est un chêne rouvre).
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Révélation par la tarte aux poireaux

 

Lorsqu'il s'agit de Bach, Émile Cioran oublie sa posture de négateur universel : il s'enflamme et serait presque tenté de croire. Mais il y a plus fort que Bach : quand Simone lui sert une succulente tarte aux poireaux, il n'y a plus aucun doute : Dieu existe.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Pensées de Pascal et d'ailleurs, by Maurice Gaber

 

“Achingly beautiful! Coruscating! Wickedly funny! Gaber's Pensées de Pascal et d'ailleurs holds the reader's attention in an iron grip. It will appeal to the serious scholar and general reader alike. A stunning debut!”
 
(The Montcuq Review of Books)

jeudi 6 août 2026

Métempsycose

 

Pour décider si cela présente un quelconque intérêt d'adhérer à la métempsycose, il faudrait d'abord savoir ce que c'est que l'âme. Mais on ne vous dit rien.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

L'épouvante du faire

 

Quand on s'est habitué à l'inaction (comme c'est le cas de l'homme frappé d'acédie monastique), la moindre chose à faire prend des proportions démesurées et vous plonge dans les affres. Peut-être pas celles de la quarantaine au féminin, mais quand même les affres.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Luxe de l'inaction

 

Travailler est abrutissant, peu importe le genre de travail. On se sent une fourmi de dix-huit mètres, il ne nous manque que le petit chapeau sur la tête. Si on en avait les moyens, on ne ferait rien. On verrait qui se fatiguerait le premier.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Déchus !

 

Adam voulait connaître, ça le démangeait depuis un moment. Alors il a désobéi à Dieu, il a mangé la pomme et... et le résultat, c'est que maintenant on est déchus. Si on l'avait sous la main, le gars Adam, on lui demanderait : « T'es content, narvalo ? »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

mercredi 5 août 2026

Deux artistes « baths »

 

Baudelaire trouvait qu'à la fois le peintre Eugène Boudin et le compositeur Ernest Chausson étaient « aux pommes ». Leurs œuvres lui plaisaient, il n'y avait pas à dire.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)