lundi 13 juillet 2026

Le dabe

 

Quand Perec trouva le titre Espèces d'espaces, il se dit que personne n'inventerait jamais rien d'aussi spirituel, qu'il était définitivement « le dabe ». Il invita tout le monde à boire un coup de mousseux pour fêter ça.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Impudence des Châtenaisiens et des Perreuxiens

 

Il faut être un malappris de Châtenay ou un désespéré du Perreux pour parler ainsi du Raincy.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Bonne chance

 

Il y en a qui n'aiment pas les rhododendrons, d'autres qui n'aiment pas les routes départementales, mais pour d'autres encore, c'est pis, c'est « le tout de l'étant » — das Ganze des Seienden, pour parler comme Heidegger — qu'ils ne peuvent pas voir en peinture. À ceux-là, nous ne pouvons que souhaiter bonne chance.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Attention au gambit

 

Si, comme dans le film d'Ingmar Bergman, la Mort vous propose une partie d'échecs et que vous avez les noirs, la meilleure façon de décontenancer votre adversaire sera de mettre en œuvre une défense scandinave à base de hareng fumé. Mais attention au gambit Blackmar-Diemer !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

dimanche 12 juillet 2026

Une trouvaille du Grandiloque

 

Le négateur Émile Cioran soutenait que « la mélancolie est l'avidité langoureuse de l'insoluble ». Il était conscient que ça ne voulait pas dire grand chose, mais il trouvait que ça sonnait bien. D'après lui, ça faisait penser à une langouste à la mayonnaise.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Notre dada

 

Une des plus belles phrases de la langue française est, dans son laconisme véridique, celle que prononce l'acteur Omar Sharif dans un spot publicitaire pour le quotidien Tiercé Magazine : « Le cheval, c'est mon dada. » Toute la passion hippique, cette passion qui habite l'homme depuis au moins l'époque de Xénophon, y est rendue avec une force et un bonheur d'expression suprêmes. Oui, en vérité, le cheval, c'est notre dada.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Horreur cosmique

 

C'est toujours avec une certaine appréhension qu'on prononce le nom redoutable de Yog-Sothoth — comme aussi celui d'Huguette Bouchardeau, secrétaire d'État à l'environnement et au cadre de vie auprès du Premier ministre dans le troisième gouvernement Mauroy.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Merveilleux Jacques Aubert

 

Avant de mourir, l'homme ne manquera pas de rendre hommage à Jacques Aubert, ce spécialiste de Joyce dont les splendides traductions ont enchanté son enfance.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

samedi 11 juillet 2026

Paradoxe du pachynihil

 

Rien n'est ; pourtant tout nous courrouce.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Un maréchal de l'absurdie


Le 17 novembre 1969, quand Émile Cioran sonna à sa porte, le dramaturge Eugène Ionesco était en train de manger une côtelette de veau. Toujours son goût de l'absurde !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Appeau à mornifles

 

Quelqu'un qui compare Tchouang-Tseu à un paysage dénudé du nord de l'Écosse, comme c'était le cas d'Armand Robin au dire d'Émile Cioran, ce quelqu'un appelle pour ainsi dire les mornifles. Il ne sait pas quoi inventer pour faire l'intéressant et cela nous insupporte.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Notre Père qui es aux cieux

 

... comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé, et ne nous soumets ni à la tentation d'exister ni aux syllogismes de l'amertume, amen.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

vendredi 10 juillet 2026

Mes équipes

 

« À cette occasion, je voudrais remercier mes équipes pour le travail accompli.
— Tes équipes ? T'en as combien ?
— J'ai une équipe cynophile.
— Si t'en as qu'une, il faut dire que tu remercies ton équipe.
— Je trouve que ça fait mieux de dire mes équipes. Ça fait plus important.
— T'es vraiment un pot de pisse, toi. »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Objectif mort

 

À partir d'un certain âge, on prend l'habitude de surveiller sa trajectoire existentielle à l'aide d'un cinéthéodolite. Quand arrive le moment inévitable où cette trajectoire s'écarte trop de la courbe nominale, on s'écrie : « Corrigez ! Corrigez donc, sapristi ! » Mais il est trop tard pour corriger quoi que ce soit. Les jeux sont faits, rien ne va plus.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Première manifestation du Moi en art

 

Pour autant qu'on le sache, le premier artiste à avoir osé signer son œuvre est un certain Gislebertus, sculpteur français du XIIe siècle connu pour son travail à la cathédrale Saint-Lazare d'Autun. L'inscription « Merde à celui qui le lira, signé Gislebertus » est en effet gravée au centre du tympan, sous la mandorle contenant la représentation du Christ en gloire.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Temps arrêté

 

Pour que nul n'ignorât qu'il était un être torturé, Francis Scott Fitzgerald déclara que « dans la nuit noire de l'âme, il est toujours trois heures du matin ». À cette annonce, tout le monde se congratula.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

jeudi 9 juillet 2026

Bien fait

 

Celui qui dit oui à la vie est déjà mort ou tout comme. C'est bien fait, ça lui apprendra à faire le lèche-cul.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Un roi de l'épate

 

Le poëte Hanshan dit qu'il est chaussé de sandales vagabondes, qu'il se sert d'une tige de rotin comme d'une canne, et que considérant le siècle poussiéreux, il a décidé que ce pays n'était qu'un rêve où il n'avait plus de rôle. Il ne recule devant aucune extrémité pour « épater le bourgeois ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Penser à rien

 

Quand on s'imagine qu'on ne pense à rien, on se trompe. On pense à des bêtises, au vocable reginglette, à la preuve par le parfait conçue par Descartes ou aux microscopiques polyèdres ajourés des radiolaires.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

C'est extra

 

Pour récompenser le chanteur Léo Ferré d'avoir dit que « c'est extra » — la vie, c'est-à-dire —, il eût été séant de lui arracher tout le poil de l'anus, comme on faisait jadis en certains pays pour châtier les adultères — une opération appelée paratilmos. Il aurait vu comme « c'est extra ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mercredi 8 juillet 2026

Tentative de calembour (d'un lieu parisien)

 

George Sand ne mangeait que de la brioche car elle avait horreur du pain, c'était même écrit sur son permis de conduire.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Ça pique

 

Une des plus belles phrases de la langue française est, dans son laconisme véridique, celle que déclame le chanteur Dutronc dans sa chanson Les Cactus : « Aïe aïe aïe ; ouille ouille ouille ; aïe. » Toute la doctrine nihilique y est resserrée avec une force et un bonheur d'expression suprêmes. Oui, en vérité, la vie ça pique et ça fait mal au fiacre.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Des soumis

 

Les plus haïssables des « vieux jetons » sont ceux qui paraissent s'accommoder d'être des « vieux jetons ». Ils ont endossé le rôle. Ce sont des « soumis ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Aussi con que les autres

 

Keats dit qu'il est un lâche, qu'il ne peut supporter la souffrance d'être heureux. Il avoue donc qu'il est ou a été « heureux », et cela nous déçoit énormément.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mardi 7 juillet 2026

Sagesse de l'hippopotame

 

Le vrai sage, ce n'est ni Socrate, ni Siddharta Gautama, ni André Comte-Sponville, c'est l'hippopotame. Ce mammifère artiodactyle ne s'inquiète pas du libre arbitre ni de l'immortalité de l'âme, il accueille les dons de l'instant avec modestie et gratitude. Il nous montre le chemin du bonheur dans la simplicité. « Ô joie suprême ! Ô bonheur ineffable ! Une flaque de boue ! »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

N'est pas Ronsard qui veut

 

On se sent seul, alors on invite une donzelle à aller voir si la rose qui ce matin avait déclose sa robe de pourpre au soleil a point perdu cette vêprée les plis de sa robe pourprée et son teint pareil au sien, à celui de la donzelle c'est-à-dire, mais elle ne veut pas y aller, en tout cas pas avec nous. Elle fait sa mijaurée.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Gare à la polysémie

 

Exister est un verbe des plus scabreux car il signifie à la fois posséder une réalité et se manifester dans la vie de l'autrui lévinassien de manière éminente. Résultat : les gens « croivent » qu'on dit une chose alors qu'en fait on dit le contraire.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Triptyque bukowskien

 

Ingurgiter des boissons alcoolisées, assister à des courses de chevaux et s'accoupler avec des trumeaux étaient les trois occupations favorites de l'écrivain Bukowski. Quand il ne s'adonnait à aucune des trois, il tapait à la machine, inventant des histoires où il était question de boissons alcoolisées, de courses de chevaux et d'accouplements avec des trumeaux. Le lecteur en ressortait déboussolé mais surtout « gros-jean comme devant ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

lundi 6 juillet 2026

Fichage des jetons

 

Parce qu'ils ont persévéré dans l'être comme de dégoûtants pervers, les « vieux jetons » devraient être recensés dans un fichier judiciaire automatisé. Cela préviendrait leur récidive, au cas où la mort ne s'en chargerait pas d'abord.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)