mercredi 5 août 2026

Deux artistes « baths »

 

Baudelaire trouvait qu'à la fois le peintre Eugène Boudin et le compositeur Ernest Chausson étaient « aux pommes ». Leurs œuvres lui plaisaient, il n'y avait pas à dire.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Cioran et les rossignols

 

Le négateur Émile Cioran commet une faute de goût quand il dit que « dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter ». Le vocable roter provoque en nous un malaise diffus, analogue à celui qui gagne le partant quand vient le moment de mettre un terme à une longue carrière coloniale.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Un mec pas baisant

 

D'après George Bernard Shaw, le mari de la théosophe Annie Baisant, Frank Baisant, ne l'était pas tellement. Il dit même que c'était un vrai fidgarce (ou fidjarce). Il conclut par : « Allez, tôpette ! »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Deux cruches

 

Nous avons beau essayer de nous y intéresser, le sort d'Anna Karénine et celui d'Emma Bovary nous sont indifférents. Ce sont deux pochetées et même — après tout pourquoi ne pas le dire — deux cruches. Elles s'imaginent qu'il y a mieux mais il n'y a pas mieux, tout le monde sait ça. Les choses ne peuvent aller que de mal en pis.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

mardi 4 août 2026

Priez pour nous pauvres pécheurs

 

L'expression « le fruit de vos entrailles » est totalement répugnante et quand on l'entend, c'est instantané, on est guéri à tout jamais de l'envie d'avoir des « entrailles ».
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Fréquentations


Les seules personnes à peu près fréquentables sont celles qui ont le sentiment d'avoir échoué en tout. Mais même elles, on s'en passe.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Aux chiottes les cabossés de la vie

 

Les individus qui s'affichent comme des « cabossés de la vie » sont particulièrement horripilants. Ce sont sans exception des imposteurs. Le véritable « cabossé de la vie » n'exhibe pas son cabossage. Personne ne sait qu'il est un « cabossé de la vie ». Il vit dans une casemate côtière, mange des nouilles, et ingurgite un grand bol de Ricoré au petit-déjeuner.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Un pifasse

 

Rimbaud, archétype des « écorchés vifs », termine son poëme Qu'est-ce pour nous, mon cœur par cette exclamation : « J'y suis ! J'y suis toujours ! » Selon Edmond Jaloux, ce vers mime l'interruption brutale de la fiction héroïque qui emportait l'esprit du poëte. Possible, mais ce qui est sûr c'est qu'on eût préféré qu'il n'y fût plus car il nous court sur le haricot, avec ses simagrées. Polluant éternel, Rimbaud appartient à la famille des « pifasses ».
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

lundi 3 août 2026

Pensées de Pascal et d'ailleurs, by Maurice Gaber

 

Pensées de Pascal et d'ailleurs is a groundbreaking achievement, impeccably researched and brilliantly argued. Maurice Gaber's work is accessible but also comprehensive, really turning the topic on its head and taking an unflinching look at the concept of monstre bipède. This is an ambitious and timely piece that absolutely cannot be ignored.”
 
(The Paris Review)

Infinie diversité du monde

 

À un quidam qui s'extasie devant « l'infinie diversité du monde », il est tentant de rappeler que ce monde est fait de quarks, de bosons, de gluons, et d'un tas d'autres particules plus ou moins dégoûtantes. Vous allez voir la tête du quidam quand il va entendre ça, il va en avaler son dentier, le type.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Carte de l'au-delà

 

« Vous n'allez pas le croire mais depuis que je suis décédé, j'oublie tout. Plus rien à faire du tout. Je m'envoie — métaphysiquement — en l'air, ça c'est super. Folie légère, c'est fou. Signé : Bigeard. »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Tuouaouar

 

Le philosophe Hoene-Wroński dit qu'on ne saurait vivre sans absolu mais nous allons lui montrer que si.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

dimanche 2 août 2026

Adieux à Gand

 

C'est au moment de mourir que l'homme renonce aux langoustines assaisonnées de mayonnaise maison ainsi qu'au « muscadet salivant ». S'il est gantois, il fait aussi ses adieux à Gand.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Équipement du périèque

 

Afin de mettre hors service la réalité empirique, on se munira de pinces coupantes et — pour détourner les influences maléfiques pendant qu'on opère — d'un masque apotropaïque.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

De la certitude

 

Dans la vie, on ne sait jamais ce qui va vous tomber dessus — et cette incertitude a de quoi vous rendre marteau. Comparativement, la certitude, même celle du pire, a quelque chose d'apaisant — sauf quand le pire en question implique qu'il va falloir « être très courageux » à plus ou moins brève échéance.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Pélécypode

 

La femme s'accroche à la réalité empirique comme un mollusque bivalve à son rocher. Le Rien, l'absurde camusien — et ne parlons pas de celui ionescien —, elle ne connaît pas. C'est sans doute pour cette raison que Weininger l'accusait de n'avoir point d'âme.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

samedi 1 août 2026

Holocauste de génies

 

Qui dira combien d'œufs ont été écrasés qui auraient peut-être fourni des Mozart, des Newton ou des Poussin ?
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Un diviseur à gros genoux

 

Porphyre enseigne que l'individu divise l'espèce et Raymond Doppelchor, en commentant l'Isagoge, renchérit sur cette thèse : « Les individus distribuent l'espèce par leur infinité propre. Tous les individus sont, en effet, disgrégatifs et diviseurs. En outre, que ce soit dans l'autobus ou dans le tramway, ils prennent toute la place avec leurs gros genoux. »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Philosophie de l'action

 

Le philosophe Jean Grenier était taoïste et comme tel adepte du « non-agir » ; son confrère Althusser, plus sanguin, fut incapable de se retenir et étrangla sa bonne femme. Aux policiers qui l'interrogeaient, il expliqua s'être placé dans les pas du « philosophe de l'action » Maurice Blondel et avoir, comme ce dernier, cherché à développer une doctrine de l'action intégrant des éléments du pragmatisme moderne à l'intérieur de la philosophie chrétienne, mais que les choses avaient « dérapé » pour une raison ou pour une autre, peut-être parce qu'il avait « trop forcé sur le pragmatisme ».
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Divagation des bêtes à Pineau

 

S'il faut en croire le gars Louis, « les bêtes à Pineau, a sont passées dans l'maï. »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

vendredi 31 juillet 2026

Combat contre la mégère et le garagiste

 

« Regarde, ami Sancho ; voilà devant nous une mégère difforme et un garagiste de La Bourboule, auxquels je pense livrer bataille et ôter la vie. Car c'est grandement servir Dieu que de faire disparaître si mauvaise engeance de la face de la terre. Hue, Rossinante ! »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Un olibrius

 

Le logicien Kurt Gödel avait dans son jardin, à Princeton, un flamant rose en ciment dont il était très fier. Il pensait que son réfrigérateur produisait des émanations toxiques, appréciait beaucoup le dessin animé Blanche Neige et craignait constamment d'être empoisonné. Son hobby de prédilection était de fabriquer des « théorèmes d'incomplétude ». Il était notoirement « bizarre ». 
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Aux chiottes les nymphéas

 

Au dire de son fils Michel, le peintre Monet non seulement ne termina pas son dernier tableau, mais il le lacéra à coups de couteau. Il avait enfin compris que ses nymphéas « faisaient chier tout le monde ».
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Lu dans le journal


 
Dans une bourgade de la Manche dont nous ne voulons pas nous rappeler le nom 1, des habitants sont vent debout contre un projet de poulailler. Ils dénoncent le risque d'une moins-value immobilière et s'inquiètent de possibles nuisances olfactives. C'était dans La Manche Libre de ce matin.
 
 1 : Il s'agit de Domjean, au sud de Saint-Lô. (NdE) 
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

jeudi 30 juillet 2026

Irritation de Job

 

Quand Bildad demande à Job comment il va « yau de poêle », le « torturé » — ainsi que l'appelle Kierkegaard — répond à son ami qu'il n'est pas d'humeur à plaisanter et lui conseille d'aller se faire cuire un œuf chez la bienheureuse Marie Alacoque.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Mort et Medef

 

Conformément à la prédiction de Pavese, la mort viendra et elle aura le dirigeant d'entreprise Geoffroy Roux de Bézieux. Mais elle nous aura tous, en fait, qu'on appartienne ou non au patronat.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Absence de sangliers par ici

 

Si, tandis que vous roulez de nuit dans une forêt, quelque chose emboutit votre véhicule, ne vous hâtez pas d'accuser le sanglier. Dans son traité Sur le non-étant, Gorgias affirme que « premièrement, rien n'existe ; deuxièmement, même s'il existe quelque chose, l'homme ne peut l'appréhender ; troisièmement, des sangliers, y en a jamais eu par ici. »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Un béni-oui-oui

 

Hamlet : Vois-tu ce nuage, qui a la forme d'un chameau ?
Polonius : Par la sainte messe, il ressemble à un chameau, en vérité !
Hamlet : Je crois qu'il ressemble à une belette.
Polonius : Il a comme un dos de belette.
Hamlet : Ou de baleine ?
Polonius : Oui, tout à fait de baleine.
Hamlet : T'es vraiment un céoène, toi, t'es au courant ?
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

mercredi 29 juillet 2026

La mouette

 

Dans certaine pièce de Tchekhov, le jeune dramaturge Constantin Treplev se tue à cause d'une pochetée qui, au terme d'un long et tortueux cheminement existentiel, en est arrivée à se prendre pour une mouette. Comme dirait l'autre, on voit de tout.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)