jeudi 21 mai 2026

Un disciple idéal

 

On appelle pongistes les disciples de Francis Ponge. Comme leur maître, ils prennent le parti des choses. Jacques Secrétin, au sourire si doux, montra une fidélité si parfaite à l'auteur des Proêmes qu'il fut élu « meilleur pongiste français du siècle ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Fuite à mobylette du vocable homard

 

L'ignominie de ce mot-là : homard. Traqué par les Américains à Baghran, il réussit in extremis à s'enfuir à mobylette.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Projet de décret

 

Si nous étions Président de la République, nous prendrions un décret interdisant de dire : premièrement, qu'un homme ça s'empêche ; deuxièmement, qu'il faut que tout change pour que rien ne change ; troisièmement, qu'il ne suffit pas de dire ce l'on voit mais qu'il faut encore voir ce que l'on voit ; quatrièmement, que mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde. Sous peine de recevoir un certain nombre de coups de chicote.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Coulage latéral des livres et de la solitude

 

Seuls les solitaires lisent véritablement. Le choix de la solitude s'explique d'ailleurs souvent par le désir de lire tranquille. Mais ça ne sert à rien, c'est un leurre. Car aussi bien les livres que la solitude coulent par les côtés.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mercredi 20 mai 2026

Un grossium

 

Tous les philosophes vous le diront, l'Être n'est pas un type dont on peut faire fi. Il possède beaucoup d'influence dans son milieu. C'est un grossium.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Carco refuse de cotiser

 

S'il ne voulait plus agir, Carco, c'est parce qu'il trouvait qu'il avait assez cotisé. Dès qu'il bougeait le petit doigt, on l'obligeait à cotiser. Ça n'allait pas, cette histoire.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Quand je me compare...

 

Le ministre Mexandeau eût aimé rencontrer un mec sans cul ; cela, pensait-il, eût atténué son malheur (ou tout au moins le sentiment qu'il en avait).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Vita brevis

 

Si l'art est long, la vie est brève, nous prévient Hippocrate. Se démenât-on comme un beau diable, on n'a aucune chance de réaliser dans le laps de temps qui nous est imparti toutes les choses possibles et imaginables (comme de disputer une course de vélosolex avec Oualid Djoumblatt dans la plaine de la Bekaa, ou de manger une galette des rois avec Soleimane Frangié — même en faisant abstraction du fait que ce dernier est mort).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mardi 19 mai 2026

Va-et-vient de Bashô

 

S'il faut en croire Maupassant, le poëte japonais Bashô allait sans fin d'une rive à l'autre, déchargeant dans l'île ses voyageurs.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Cheval de Turin

 

En lisant la biographie que Daniel Halévy a consacrée à Nietzsche, on apprend que le cheval qu'embrassa le philosophe avant de sombrer dans la démence devint ensuite artisan pâtissier. Il travailla jusqu'à la fin de sa vie à la pâtisserie Bella, à Turin, où il confectionnait de délicieux canistrelli.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Échec de Bashô

 

Le poëte japonais Bashô avait échoué à la seconde partie de soi-même, et il en avait conçu une grande amertume.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Proverbe slovaque

 

Il vaut mieux « tiser » avec Mgr Tiso que manger un quarter pounder with cheese avec Adolf Burger — si le but est d'être pompette le plus vite possible.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

lundi 18 mai 2026

Caillot

 

Parmi les mots hideux, il y a celui caillot. Avoir commis tous les crimes, hormis celui de dire caillot.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Abraham refuse d'abouler

 

Le kabbaliste Abraham Aboulafia, il n'y avait pas besoin de le forcer pour qu'il boive du gris de Boulaouane, mais pour ce qui était d'abouler, zéro : Joseph Gikatilla ne put jamais recouvrer les sommes qu'il lui avait prêtées. Aboulafia prétendait que c'était « de la faute des éons ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Deux écoles

 

Le credo de Foucault était surveiller et punir, celui de Thomas Bernhard, trier et mettre en ordre. Qu'est-ce qui vaut le mieux, on se le demande. Peut-être trier et mettre en ordre ? À tout prendre et tout bien considéré ? 
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Gris de Boulaouane

 

Le « conceptus inféré » de boire du « gris de Boulaouane ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

dimanche 17 mai 2026

Œil américain de Paulhan

 

Déceler dans le regard de Brasillach un brasillement de maniaque, c'est ce que parvint à faire Jean Paulhan (avec quelque difficulté car l'écrivain collaborationniste, très myope, portait de grosses lunettes).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Proverbe hongrois

 

Il vaut mieux jeter son froc aux orties que le baisser devant le régent Horthy.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Inventivité de Desnos

 

On peut chercher autant qu'on veut, dans aucun poëme de Desnos on ne trouvera la moindre mention d'un Baloutche transportant des valoches de bœuf. Le poëte était inventif, mais pas à ce point-là.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Lot commun

 

Pour se rendre d'un point à un autre, une personne de petite taille (un nain) n'a pas le choix : elle doit se mettre en situation de mobilité (elle doit se déplacer). Mais n'est-ce pas le cas de tout homme ? Qui pense et qui sent ?
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

samedi 16 mai 2026

Justice pour Gilles

 

En 1995, la maladie respiratoire dont il souffrait depuis l'enfance s'étant aggravée, le philosophe Gilles Deleuze « couldn't breathe ». Il mit fin à ses jours en sautant par la fenêtre. Horrifiés par cette extrémité à laquelle il fut acculé, nous demandons « justice pour Gilles ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Démenti catégorique (et méprisant)

 

À ceux, tel le logicien Saul Kripke, qui insinuent qu'il est possible qu'il sera le cas que phi — où phi désigne un événement —, nous opposons un démenti catégorique et — ajoutons-nous — méprisant (comme fit le président Giscard quand on l'interrogea sur l'affaire des diamants de Bokassa).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Une vraie bande de filous

 

Alors Jésus dit : « Que celui qui ne s'est jamais fait estamper par un artisan jette à cette femme la première pierre. » Personne ne bougea.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Anarchie vichissoise

 

L'hôtel du Parc était une vraie pétaudière, on y entrait comme dans un moulin de la barthète.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

vendredi 15 mai 2026

Lefèvre se rend utile

 

En regardant Le Chagrin et la Pitié, on apprend que le cent-millième travailleur volontaire français à partir pour l'Allemagne s'appelait Édouard Lefèvre. Il voulait se rendre utile, bien certainement.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Girement inopiné

 

Assez souvent, quand il a gelé à la Saint-Sulpice, le temps brusquement gire au doux, mais cela n'empêche pas la guerre de Troie d'avoir lieu.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Une application pour créer du lien social

 

Prêter un livre à son voisin. Une action anodine mais très peu de monde se lance, par timidité ou par peur de passer pour bizarre — surtout s'il s'agit d'un ouvrage « nihilique » comme les Exercices de lypémanie de Marcel Banquine. Utiliser une application peut faciliter la démarche. L'application Citylity, qui vient d'être lancée à Clermont, se propose de mettre en contact les voisins. « Il s'agit d'aider les personnes qui habitent dans un même immeuble à trouver, sinon un sens à leur existence, du moins une perceuse, une baby-sitter, etc. », explique André May, le créateur. Mais ce n'est pas la seule utilité de cette application. « Elle permet de communiquer avec ce que l'ontologue allemand Martin Heidegger appelle son être-vers-la-mort (Sein zum Tode), et de restituer ainsi au Dasein la possibilité d'exister authentiquement. »
 
Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Et si on lançait une initiative citoyenne ?

 

« Créer un potager collectif ; fonder un groupe d'achat commun ; établir un lieu où les habitants pourraient échanger leurs savoirs ; manger des agrumes ; créer une monnaie locale ; planifier des marchés fermiers... Et si on lançait une initiative citoyenne ?
— En effet, si on lançait une initiative citoyenne ? Ou mieux encore, si on se pendait ? »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

jeudi 14 mai 2026

Semelles crêpes de la mort

 

La mort a des semelles crêpes. C'est pourquoi on ne l'entend pas venir. Si elle portait des brodequins, on serait sur ses gardes.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)