dimanche 6 septembre 2026

Ne mets pas ton doigt là (au Cameroun)

 

Si la seule façon d'éviter que son doigt fût égratigné avait été que le monde fût détruit, le philosophe Hume eût accepté le cœur léger cet holocauste. Mais au négateur Émile Cioran, on ne laissa pas le choix — et c'est dans une portière de voiture que le 8 mai 1971 il se coinça le pouce.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Ce que c'est que de lire

 

Quand cela le prenait, l'écrivain Borges aussi produisait de la matière fécale, mais elle était d'une extraordinaire suavité. On y reconnaissait des traces whitmaniennes, des effluves carlyliens et jamesiens, mêlés à la senteur iodée des sagas islandaises.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

De deux maux

 

L'angoisse kierkegaardienne se distingue de la peur zweigienne en ceci qu'elle n'a pas d'objet bien défini — ce qui la rend quasi impossible à combattre. Quand on a le choix, il vaut donc mieux opter pour la peur zweigienne (mais le mieux est évidemment ni l'une ni l'autre).
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Mystères

 

Le poëte Nerval ne nous dit pas pourquoi ni par qui sa tour a été abolie, et il ne précise pas non plus par quel concours de circonstances son luth constellé s'est trouvé porter le soleil noir de la mélancolie. La cause de la mort de sa seule étoile n'est pas non plus explicitée. Cela fait beaucoup de mystères pour notre goût.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

samedi 5 septembre 2026

Kouzou

 

Zorro, le célèbre justicier masqué, aurait pu s'appeler Kouzou, d'après le kabbaliste Joseph Gikatilla. Quant au fidèle Bernardo, il aurait pu s'appeler Anatole Lit-de-Vache. Ô miracle du pain des cieux !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Une existence ionescienne


Sentant que l'heure de notre fin va bientôt sonner, nous nous retournons sur notre vie et nous constatons qu'elle aura ressemblé en tout point à une pièce d'Ionesco. Pas celle avec les rhinocéros, cependant, ce qui est une consolation relative.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Hidouch


Dans la tradition hébraïque, un hidouch est une interprétation innovante, un enseignement inédit, une parole neuve et inouïe. Quand le Maggid de Mezeritch dit que « l'être ne saurait être pensé », c'est un hidouch. En revanche, quand le Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi évoque un « poêle occulte », c'est un calembour.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Test mallarméen à Nouméa


Nous disons « Jacques Lafleur ! » et, hors de l'oubli où notre voix relègue aucun contour, en tant que quelque chose d'autre que les calices sus, musicalement se lève, idée même et suave, l'absente de tous bouquets. Puis nous disons « Jean-Marie Tjibaou ! » et... rien ne se passe.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

vendredi 4 septembre 2026

Ionosphère radioélectrique


C'est en 1902 que simultanément, Heaviside au Royaume-Uni et Kennelly aux États-Unis émirent non du Qatar mais l'hypothèse que les ondes radioélectriques produites par un émetteur sont renvoyées au sol par une couche réfléchissante de la haute atmosphère.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Problème de cardan

 

Lorsque quelqu'un, par exemple l'auteur italien Ferdinando Camion, vous dit qu'il a un problème de cardan, vous pensez tout de suite qu'il cherche à calculer le volume d'un tonneau ou à résoudre une équation algébrique du troisième degré ; mais évidemment, ça peut être autre chose.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Vaine fumée

 

La négation de la personnalité est l'un des dogmes essentiels du bouddhisme. Le bouddhiste n'aime ni ne reconnaît aucune personnalité, il va même jusqu'à nier l'acteur Roger Hanin. Les personnalités ne sont pour lui que « vaine fumée dans le vent du soir ».
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Peur sur la ville

 

À chaque fois qu'on va chez le médecin, on se demande si ça va être cette fois-ci qu'il va nous exhorter à être très courageux. On a un de ces traczirs, mes amis.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

jeudi 3 septembre 2026

Un amoureux de la vie

 

En lisant l'Évolution créatrice, on s'en aperçoit tout de suite, Bergson aime la vie. Dans la vie, il y a du rythme, il y a de la vitalité, c'est ça qu'il adore. Il aime bien Djadja, il aime bien Doudou, il aime bien Hypé... Il aime bien tout, en fait. Alors que nous... rien ou presque.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Invocation des Anciens

 

Pour invoquer les Anciens, il faut se rendre à l'Université de Miskatonic et consulter le hideux Necronomicon de l'Arabe dément Abdul Alhazred dans la traduction latine d'Olaus Wormius imprimée en Espagne au XVIIe siècle. La version anglaise du docteur Dee, indigente et incomplète, ne permet pas d'efficaces invocations.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Origines de Bellmer

 

Le plasticien Hans Bellmer n'était ni de Grasse (Alpes-Maritimes) ni d'Empeaux (Haute-Garonne) mais de Kattowitz (Silésie allemande).
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Pécressisme déficient de Pyrrhon

 

Pécressiste avant l'heure, le sceptique Pyrrhon avait le courage de dire et la volonté de faire, malheureusement ça s'arrêtait là. Au lieu de relancer l'ascenseur social et d'assurer l'égalité entre les territoires ruraux et les villes, il suspendait son jugement !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

mercredi 2 septembre 2026

Bruit inquiétant

 

Quand votre cœur fait « boum », ça peut être l'amour qui s'éveille, mais ça peut aussi être une cardiomyopathie dilatée, et dans ce cas il faut tout de suite appeler le Samu.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Comment il faut parler à sa douleur

 

« Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille. Ou je t'envoie chez Véronique Courjault et elle va te mettre au congèle, tuouaouar. » — C'est ainsi qu'il faut parler à sa douleur.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Intarissable Lavisse

 

Quand on parlait d'Archimède à l'historien Lavisse, c'était sans fin. Il était intarissable.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Fuite d'Ionesco et consorts

 

Repenti de l'existence, Émile Cioran dénonça ses complices — Ionesco, Beckett, et cætera — au juge Van Ruymbeke, mais ils parvinrent tous à s'enfuir au Panama avant d'être arrêtés.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

mardi 1 septembre 2026

Bègles

 

Vous êtes installé à une terrasse de café, sirotant une bière ou autre chose, quand soudain, à une table voisine, quelqu'un dit Bègles. Tout de suite, cela exacerbe vos pensées homicides.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Kapilavastu

 

Dans le Bouddhacarita, poëme épique attribué à un certain Asvaghosha qui vécut au premier siècle de l'ère chrétienne, il est dit que « rappelé par son père, le Bouddha retourna à Kapilavastu accompagné de vingt mille disciples ». Nous n'avons pas envie d'en savoir davantage. Les histoires avec des noms comme Kapilavastu, nous nous en passons.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Figure du destin

 

Les pas que fait un homme, du jour de sa naissance à celui de sa mort, dessinent dans le temps une figure inconcevable en laquelle certains amateurs de mélodrame ont cru reconnaître une tête de chien couché.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Atours

 

À propos des personnes du sexe, voici ce que dit le Bouddha : « Les femmes sont ainsi, impures et monstrueuses dans le monde des mortels ; mais l'homme, trompé par leurs atours, les trouve désirables. Par atours, j'entends les biberons Robert, la mijole et le fiacre. Compris, bande d'abrutis ? » Tout le monde dit qu'il avait compris.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

lundi 31 août 2026

Réeis mulier non fit suspecta

 

Hilde Rée, la femme du philosophe Paul Rée, était accusée par ses détracteurs de faire partie de l'archipel charentais.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Dîners-spectacles

 

Dans notre monde, une triste évidence s'impose : les amateurs de « dîners-spectacles » sont, comme tout un chacun, sujets à la maladie, au vieillissement et à la mort. Une fois qu'on a reconnu ce fait, on renonce une fois pour toutes aux « dîners-spectacles ». On ressent même du dégoût pour les « dîners-spectacles ». Comme l'Ecclésiaste, on trouve que tout ce qui se fait sous le soleil est mauvais, car tout est vanité et poursuite du vent.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Horreur et stupéfaction des pioupious

 

En novembre 1892, quand les troupes du général Dodds pénètrent dans le palais du roi Béhanzin à Abomey, elles découvrent que l'édifice est décoré de crânes humains. C'est l'horreur et la stupéfaction parmi les braves pioupious.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Kantisme de Rebatet et de Cousteau

 

À force d'être partout, Lucien Rebatet et Pierre-Antoine Cousteau en étaient venus à penser que l'espace n'est pas un concept empirique mais l'une des formes a priori de notre sensibilité. Dans Dialogue de vaincus, l'ouvrage qu'ils rédigèrent ensemble à Clairvaux, Rebatet dit à Cousteau que « l'espace n'est pas un concept pur, mais une forme de l'intuition pure, car il est infini, tandis qu'on ne peut imaginer un concept qui contiendrait en lui une foule infinie de représentations ». Cousteau répond qu'il n'aurait pas mieux dit et évoque avec une tendresse teintée de mélancolie le mérou Jojo.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

dimanche 30 août 2026

Bémolisation de Rée

 

Mettre un bémol aux propos de Paul Rée, c'est ce à quoi s'employait Lou Andreas-Salomé. Elle craignait que les déclarations incendiaires de Rée ne missent le feu aux poudres.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)