jeudi 12 février 2026

Bouderie de Lou

 

Un jour, Lou Andreas-Salomé, fâchée, montra son dos à Paul Rée, nous répétons : son dos à Paul Rée. Puis elle quitta la pièce. Tout doucement. Sans faire de bruit. Comme la vie quand elle sépare ceux qui s'aiment, ou la mer quand elle efface sur le sable les pas des amants désunis.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Admirable de lapin

 

Le monstre bipède, admirer, ça le rassure. Heureusement qu'il est facile à satisfaire, parce que pour trouver quelque chose de vraiment admirable dans ce « monde de néant »... Tout ce qu'on y voit, c'est de la révérence parler merde : même Bach, même Glenn Gould, même le Dante, même Marsile Ficin et Gémiste Pléthon, même tout ce que vous voulez.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Comédie des sentiments

 

Si on ne veut pas passer pour un monstre, il faut bien faire semblant d'avoir des sentiments, mais en réalité, on aura passé sa vie à ne rien ressentir « si ce n'est le désir passager de boire du vinaigre ».
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Un comble de bougre

 

Être une fourmi de dix-huit mètres... Porter un chapeau sur la tête... On a déjà l'air d'un cornichon, mais en plus il paraît qu'on n'existe pas ! C'est un comble, et même un comble de bougre !
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

mercredi 11 février 2026

Devant la loi

 

Chez Kafka, l'accès à la loi est barré par une porte blindée Tordjman Métal et le gardien ne veut pas l'ouvrir. Il ne reste qu'à faire demi-tour.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Sacrifice d'Isaac

 

S'il s'était trouvé à la place d'Abraham, Bartleby aurait sûrement dit qu'il « préférait ne pas » et alors Dieu aurait été dans la mouise. Pour ce genre de bizness, il valait mieux prendre un type de bonne composition.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Porte ouverte

 

S'il suffisait de peindre des tableaux de peinture pour être peintre, ou d'aligner trois mots pour être écrivain — l'un de ces mots fût-il ornithorynx —, ce serait la porte ouverte.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Un plan diabolique

 

Marcel Béalu avait ourdi un plan diabolique : il allait faire croire à tout le monde qu'il était poëte. Après... après, on verrait bien.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

mardi 10 février 2026

Licenciement phantasmé de Debord

 

N'en déplaise aux jeteurs de sort, le créateur des éditions Champ libre, Gérard Lebovici, n'a jamais viré Debord mais viré Debord.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Appeler Raoul


Chaque fois qu'il se livrait à un excès de boissons alcooliques, le situationniste Guy Debord appelait Raoul toute la nuit. Son ami Raoul Vaneigem. Le médiéviste.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Complétude de la désolation

 

Quand un mathématicien ne va déjà pas fort et qu'en plus il constate qu'un pigeon a déféqué sur son véhicule, il se dit que c'est complet tant au sens de Cauchy qu'à ceux de Hölder et de Dedekind.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Bizarreries du Parmesan

 

D'après Vasari, le Parmesan avait hérité des bizarreries du Rosso, auxquelles il avait ajouté les siennes propres. Ainsi, il avait la hantise d'être, premièrement, placé dans une forme ronde en acier inoxydable serrée avec une boucle à ressort ; deuxièmement, plongé dans un bain de saumure durant vingt à vingt-cinq jours ; enfin, mis à affiner pendant douze voire vingt-quatre mois.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

lundi 9 février 2026

Penser printemps

 

Si le poëte Nerval avait été un tant soit peu raisonnable, ce n'est pas de se détruire qu'il aurait eu la pensée en arrivant sur la place de la Concorde, mais d'épouser la fille du consul Olsen dit Olsen-au-gruau.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Feu vert du Pandchan

 

Les bouddhistes sont très fiers de leur « grand véhicule de pompier » et ils en prennent un soin extraordinaire. C'est le numéro deux dans la hiérarchie bouddhique, le Pandchan-Remboutchi, qui est chargé de son entretien. Chaque mois, il contrôle les niveaux, la pression des pneus, les plaquettes de frein, et cætera. Si rien ne cloche, il dit : « Tout est okay. Vous pouvez y aller, les gars. »
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Pim fortuit

 

L'idée de l'homicide de soi-même est belle comme le « pim ! » fortuit que fait une pince à circlips en tombant sur une table de dissection.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Guerre du Péloponnèse

 

Entre l'autrui lévinassien et nous, c'est un combat à mort, une véritable guerre du Péloponnèse. Pour l'instant, nous tenons bon, mais s'il s'allie avec les Ambraciotes et les Amphilochiens, nous allons être dans de beaux draps et même dans de beaux drillards (à cause du système médiatique et de la société de consommation, entre autres).
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

dimanche 8 février 2026

Réticence à exister du Grandiloque

 

Le négateur Émile Cioran n'était pas tellement partisan d'exister. Il trouvait que cela présentait plus d'inconvénients que d'avantages. Seulement voilà, on ne lui avait pas demandé son avis avant de le mettre au monde. Et l'eût-on fait que son avis eût compté pour du beurre : le négateur n'était pas connu, à l'époque, n'ayant encore rien publié.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Didactisme de Meaulnes

 

« Apprends-le, Seurel : les poissons sont des bêtes qui vivent dans les remous. »
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Pot-au-feu à la thébaine

 

Il n'y a vraiment qu'à un boucher féru de tragédie grecque que l'on puisse demander un morceau dans l'Eschyle (ou dans l'Euripide).
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Enveloppement humide

 

Vivre procure une sensation analogue à celle que l'on éprouve quand on subit l'opprobre d'être enveloppé dans un drap humide par un infirmier patibulaire.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

samedi 7 février 2026

Phantasme vaccinal

 

On tombe amoureux d'une femme, et aussitôt les hallucinations commencent : on voit en elle le berger Jupille, on s'imagine être Pasteur, et on veut lui faire une injection dans le fiacre.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Motus

 

À l'atelier ou au bureau, quand on est un individu nihilique, mieux vaut se taire. Pour peu que le « singe » vous entende alors que vous exprimez le fond de votre pensée, votre compte est bon. « Rien n'a de sens, hein ? Petit merdeux, va ! Je vais te montrer comme rien n'a de sens, moi, tuouaouar ! » Et cætera, et cætera.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Parler

 

Avoir quelqu'un à qui parler est le rêve de tout individu qui n'a personne à qui parler. Mais si par hasard il trouve quelqu'un, il déchante vite. Les gens avec lesquels il parle sont des « imbéciles notoires » !
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Dormir plutôt que vivre

 

Qui a fait l'expérience de dormir ne voudra plus jamais faire autre chose. Comparé au sommeil, tout lui paraîtra sordide.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

vendredi 6 février 2026

Faits pour s'entendre

 

S'ils avaient été contemporains, Eugène Boudin et Francis Bacon auraient sûrement été « copains comme cochons » vu qu'ils partageaient le même hobby, celui de peindre des choses.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Susceptibilité de Marie Alacoque

 

Dans son Dictionnaire hagiographique, l'abbé Pétin dit que la bienheureuse Marie Alacoque était très susceptible et qu'avec elle, il y avait intérêt de marcher sur des œufs.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Projet dostoïevskien

 

Dostoïevski avait un projet : devenir fou. Il l'avait conçu dès sa dix-septième année et s'en était alors ouvert à son frère, mais manque de chance ou quoi, il ne put jamais le réaliser. Son excuse était que « ça paraît facile mais il ne faut pas croire ».
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Quand dire tue

 

La plupart des gens « croivent » qu'une affirmation ne peut que décrire un état de fait, et donc être vraie ou fausse. Mais point du tout. Le philosophe John Langshaw Austin a montré qu'il existait aussi des affirmations « performatives ». Un énoncé est performatif lorsqu'il ne se borne pas à décrire un fait mais qu'il « fait » lui-même quelque chose. Un exemple typique d'expression performative est la phrase « Guy Debord est un con ».
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

jeudi 5 février 2026

Piquante Marguerite Urcelar

 

Vers la fin de sa vie, la romancière Marguerite Urcelar était dotée d'une moustache assez fournie. Quand elle vous faisait la bise, cela piquait. On aurait pu croire qu'elle était engagée dans un processus de « transition de genre », mais même pas. Ça s'était fait comme ça, tout doucement, sans faire de bruit ; comme la vie quand elle sépare ceux qui s'aiment, ou comme la mer quand elle efface sur le sable les pas des amants désunis.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)