jeudi 30 juillet 2026

Irritation de Job

 

Quand Bildad demande à Job comment il va « yau de poêle », le « torturé » — ainsi que l'appelle Kierkegaard — répond à son ami qu'il n'est pas d'humeur à plaisanter et lui conseille d'aller se faire cuire un œuf chez la bienheureuse Marie Alacoque.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Mort et Medef

 

Conformément à la prédiction de Pavese, la mort viendra et elle aura le dirigeant d'entreprise Geoffroy Roux de Bézieux. Mais elle nous aura tous, en fait, qu'on appartienne ou non au patronat.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Absence de sangliers par ici

 

Si, tandis que vous roulez de nuit dans une forêt, quelque chose emboutit votre véhicule, ne vous hâtez pas d'accuser le sanglier. Dans son traité Sur le non-étant, Gorgias affirme que « premièrement, rien n'existe ; deuxièmement, même s'il existe quelque chose, l'homme ne peut l'appréhender ; troisièmement, des sangliers, y en a jamais eu par ici. »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Un béni-oui-oui

 

Hamlet : Vois-tu ce nuage, qui a la forme d'un chameau ?
Polonius : Par la sainte messe, il ressemble à un chameau, en vérité !
Hamlet : Je crois qu'il ressemble à une belette.
Polonius : Il a comme un dos de belette.
Hamlet : Ou de baleine ?
Polonius : Oui, tout à fait de baleine.
Hamlet : T'es vraiment un céoène, toi, t'es au courant ?
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

mercredi 29 juillet 2026

La mouette

 

Dans certaine pièce de Tchekhov, le jeune dramaturge Constantin Treplev se tue à cause d'une pochetée qui, au terme d'un long et tortueux cheminement existentiel, en est arrivée à se prendre pour une mouette. Comme dirait l'autre, on voit de tout.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Peisithanatos

 

Un slogan qu'aurait pu utiliser Hégésias de Cyrène : « Si l'être vous fait suer, essayez le néant. C'est une solution JEUNE. »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Pensées de Pascal et d'ailleurs, by Maurice Gaber

 

“A rollicking good time! Maurice Gaber is known for his razor-sharp wit, and Pensées de Pascal et d'ailleurs is no exception. Hilarious and thought-provoking, this book had me laughing out loud from beginning to end. An absolute delight, compulsively readable. I can't wait to see what Maurice Gaber does next.” 
 
(The Alaska Quarterly Review)

Liquidons les gendelettres

 

Un phantasme : celui d'abolir le langage pour réduire les littérateurs à l'impuissance et nous en débarrasser une (yves) bonne fois.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

mardi 28 juillet 2026

Psaume 91

 

Pour ne pas craindre les terreurs de la nuit, la flèche qui vole au grand jour, la peste qui rôde dans le noir et le fléau qui frappe à midi, une solution qui a fait ses preuves, meilleure que celle consistant à s'abriter auprès du Très-Haut, est de lire du Jackie Derrida (surtout De la grammatologie).
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Numismatique c'est cela oui

 

C'est souvent « en s'occupant de numismatique » (dit-il) que venaient à Rozanov les pensées les plus bizarres (sur la causa formalis d'Aristote, le positivisme comtien, les hésitations d'Abraham, les « demi-talents » de Marie Bashkirtseff, et cætera). Mais l'on comprend à certains indices que pour lui, « s'occuper de numismatique » signifie « faire la grosse commission ».
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Viscosité de Jouhandeau

 

Rarement quelqu'un nous aura inspiré une antipathie plus intense et plus immédiate que l'écrivain Jouhandeau. Est-ce son côté visqueux de vieux pervers ? Sa tronche de faux-jeton ? L'antipathie qu'il nous inspire est viscérale. Qu'il vienne donc nous parler du schéol des Hébreux, après ça, s'il l'ose. Nous l'attendons de pied ferme.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Artichaut humain

 

L'autrui lévinassien présente une parenté avec l'artichaut. Quand on le rencontre, on enlève les feuilles l'une après l'autre pour voir ce qui se cache derrière, mais on arrive bientôt à la dernière feuille et on tombe sur... le Rien !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

lundi 27 juillet 2026

Égarement du Dasein

 

On devrait, par des actions de grâce et des hosannahs, célébrer chaque instant où l'on ne souffre pas. Mais au lieu de ça, on lit de l'Émile Cioran !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Confirmation

 

Si Raskolnikov avait pu rencontrer Grégoire Samsa (après sa métamorphose), cela l'aurait sûrement confirmé dans l'idée que ses semblables étaient de la vermine.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Adieu à Gadenne

 

La littérature de Paul Gadenne est faite pour enchanter les amateurs d'états d'âme mais nous, ce qu'on cherche dans les livres, c'est des méchants. Alors Gadenne, on va le laisser sur la plage de Scheveningen, n'est-ce pas, et on va s'éloigner tout doucement, sans faire de bruit, comme la vie quand elle sépare ceux qui s'aiment, ou comme la mer quand elle efface sur le sable les pas des amants désunis.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Radicalité transcendantale du suicide

 

L'homicide de soi-même est une solution radicale, mais sa radicalité n'est pas valoisienne à la André Rossinot, elle ne porte pas sur la transformation des services publics, elle est plutôt transcendantale comme l'était celle de Husserl selon Derrida.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

dimanche 26 juillet 2026

Série d'embûches

 

Dans la vie, voici comment les choses se passent. Vous voulez voir Darlan, mais il est en conférence avec Pucheu qui s'apprête à partir pour la zone occupée. Le chef de cabinet de Darlan, le commandant Guichard, vous fait dire que ça ne va pas être possible (pas être possible). Et tout, dans la vie, absolument tout est comme ça. Ça finit par vous mettre les nerfs en pelote.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

À la librairie, lettre C

 

Et voilà l'autre, là, avec sa « belle du Seigneur »... On t'en foutra des « belles du Seigneur », nous, tuouaouar ! Pot de pisse !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Allégresse post-mortem de Rigaut

 

Son suicide accompli, le dadaïste Rigaut se sentit comme Hercule après qu'il eut réglé son compte au centaure Polénor : plein d'allégresse. C'est Thrasylle le Mendésien qui l'affirme et le docteur Le Savoureux qui le corrobore.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Cauchemar récurrent

 

Dans votre rêve, vous vous trouvez à l'Institut Gustave-Roussy de Villejuif où le radical de gauche Roger-Gérard Schwartzenberg vous annonce que vous allez devoir être très courageux. Vous n'avez qu'une envie : prendre vos jambes à votre cou.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

samedi 25 juillet 2026

Retenue conceptuelle

 

Pour se donner la mort, le philosophe Deleuze ne s'éventra pas avec grandiloquence comme Mishima. Les giclées flamboyantes, ce n'était pas son genre. Lui, il « créait des concepts ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Bizarrerie anatomique

 

Verlaine trouvait que les deux trous de balle que le dormeur du val avait au côté droit étaient drôlement placés. Il en fit la remarque à Rimbaud mais celui-ci refusa de rien changer à son texte.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Évitement lectural

 

Il y a des gens qui lisent pour éviter de penser ; d'autres (ou les mêmes) pour éviter de vivre. Dans tous les cas, on lit pour éviter de faire des choses encore plus désagréables.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Schrödingerisation de l'étant existant

 

Quand on possède la redoutable capacité de déceler le Rien en toute chose, on se trouve dans la situation du chat de Schrödinger : on est mort — au monde, à la mer, aux forêts — tout en étant vivant d'un certain point de vue (celui de l'interprétation de Copenhague).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

vendredi 24 juillet 2026

Cioran et l'irréparable

 

Le négateur Émile Cioran était obsédé par l'irréparable depuis que dans sa jeunesse, il avait eu un problème de « joint spi ». Il disait à Beckett que les garagistes roumains, il n'y en avait pas un pour rattraper l'autre. Beckett lui répondait : « I feel sorry for you, old chap. »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Alternative peyroutonienne

 

Fugace ministre de l'Intérieur de Vichy, Marcel Peyrouton pose l'alternative en ces termes : soit il y a un Dieu, soit tout est permis.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Absence de sauveur suprême

 

Arrivé sur la place de la Concorde, on espère qu'un sauveur suprême va se présenter et nous sortir de notre panade existentielle, mais va te faire fiche : des sauveurs suprêmes — Dieu, César ou tribun —, il n'y en a pas plus que de beurre au fiacre. Le premier à en avoir eu l'intuition est Eugène Pottier dans sa chanson sur les « damnés de la terre » et les « forçats de la faim ». On ne voulait pas le croire, pourtant c'est vrai.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Discrétion du suicidé philosophique

 

Parfois, en se faisant « sauter le caisson », le suicidé philosophique allume un carmin, prolonge l'écho sec d'un vert Véronèse, mais toujours avec discrétion, car il n'aime pas imposer sa voix en parlant trop fort. Il croit aux vertus du silence.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

jeudi 23 juillet 2026

Garou effrayant

 

À vivre dans une chambrette sous les toits, le négateur Émile Cioran avait fini par se persuader que l'horizon de la vie était un immeuble haussmannien, l'idée un cimeterre et le vocable un pal sécant — quand ce n'était pas un « garou effrayant ». Ionesco essaya de le raisonner mais il n'y eut rien à faire.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)