mercredi 8 juillet 2026

Tentative de calembour (d'un lieu parisien)

 

George Sand ne mangeait que de la brioche car elle avait horreur du pain, c'était même écrit sur son permis de conduire.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Ça pique

 

Une des plus belles phrases de la langue française est, dans son laconisme véridique, celle que déclame le chanteur Dutronc dans sa chanson Les Cactus : « Aïe aïe aïe ; ouille ouille ouille ; aïe. » Toute la doctrine nihilique y est resserrée avec une force et un bonheur d'expression suprêmes. Oui, en vérité, la vie ça pique et ça fait mal au fiacre.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Des soumis

 

Les plus haïssables des « vieux jetons » sont ceux qui paraissent s'accommoder d'être des « vieux jetons ». Ils ont endossé le rôle. Ce sont des « soumis ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Aussi con que les autres

 

Keats dit qu'il est un lâche, qu'il ne peut supporter la souffrance d'être heureux. Il avoue donc qu'il est ou a été « heureux », et cela nous déçoit énormément.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mardi 7 juillet 2026

Sagesse de l'hippopotame

 

Le vrai sage, ce n'est ni Socrate, ni Siddharta Gautama, ni André Comte-Sponville, c'est l'hippopotame. Ce mammifère artiodactyle ne s'inquiète pas du libre arbitre ni de l'immortalité de l'âme, il accueille les dons de l'instant avec modestie et gratitude. Il nous montre le chemin du bonheur dans la simplicité. « Ô joie suprême ! Ô bonheur ineffable ! Une flaque de boue ! »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

N'est pas Ronsard qui veut

 

On se sent seul, alors on invite une donzelle à aller voir si la rose qui ce matin avait déclose sa robe de pourpre au soleil a point perdu cette vêprée les plis de sa robe pourprée et son teint pareil au sien, à celui de la donzelle c'est-à-dire, mais elle ne veut pas y aller, en tout cas pas avec nous. Elle fait sa mijaurée.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Gare à la polysémie

 

Exister est un verbe des plus scabreux car il signifie à la fois posséder une réalité et se manifester dans la vie de l'autrui lévinassien de manière éminente. Résultat : les gens « croivent » qu'on dit une chose alors qu'en fait on dit le contraire.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Triptyque bukowskien

 

Ingurgiter des boissons alcoolisées, assister à des courses de chevaux et s'accoupler avec des trumeaux étaient les trois occupations favorites de l'écrivain Bukowski. Quand il ne s'adonnait à aucune des trois, il tapait à la machine, inventant des histoires où il était question de boissons alcoolisées, de courses de chevaux et d'accouplements avec des trumeaux. Le lecteur en ressortait déboussolé mais surtout « gros-jean comme devant ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

lundi 6 juillet 2026

Fichage des jetons

 

Parce qu'ils ont persévéré dans l'être comme de dégoûtants pervers, les « vieux jetons » devraient être recensés dans un fichier judiciaire automatisé. Cela préviendrait leur récidive, au cas où la mort ne s'en chargerait pas d'abord.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Un parfait résumé

 

Quand on est de tendance « nihilique », on est enclin à penser que le syntagme nominal « un faldistoire falciforme » constitue un parfait résumé de la vie sur terre. Rappelons qu'un faldistoire est un siège mobile réservé aux évêques et que l'adjectif falciforme signifie « en forme de croissant ou de faucille ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Ivresse lexicale

 

Nous pensons au cabiai, et aussitôt le vocable hystricognathe avance vers nous, pétulant, inflexible, suintant déjà de l'intérieur. Nous lui tendons les bras, saisi d'un incroyable vertige.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Nuit d'hiver à Bezons

 

Oh ! la terrible nuit pour le Dasein heideggérien ! Un vent glacé frissonne et court par les allées ; le Dasein, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux, ne peut pas dormir sur ses pattes gelées. Dans les grands arbres nus que couvre le verglas, il est là, tout tremblant, sans rien qui le protège ; de son œil inquiet il regarde la neige et se dit : « C'est ça, la vie ? Eh ben moïeux ! »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

dimanche 5 juillet 2026

Revenu des pensées

 

Quand on est revenu de tout, on est incapable de rien faire. On n'arrive même pas à « concevoir une pensée ». Mais comme on est aussi revenu des « pensées », il n'y a pas gêne, ce n'est pas ennuyant.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Crise hégélienne


Hegel dit que l'élément spéculatif dans un jugement est la copule parce qu'en elle s'exprime l'être. La crise, le mec. La crise de rire.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Goethe et Leibniz

 

« Qui chevauche si tard dans la nuit et le vent ? Ah c'est toi, Gottfried ?
— Ouais, et ?
— Rien, je me demandais juste. »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Ultime gouaille

 

Quand elle se présentera et nous fixera de ses yeux caves, nous demanderons à la mort si elle veut notre photo. À condition que la terreur ne nous ait pas fait perdre l'usage de la parole, évidemment.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

samedi 4 juillet 2026

Un fada

 

Dans un de ses poëmes, Alphonse de Lamartine apostrophe la mer et lui dit qu'il aime à flotter sur son onde à l'heure où du haut du rocher, l'oranger, la vigne féconde, versent sur sa vague profonde une ombre propice au nocher. La mer ne rétorque rien, fidèle à son principe de ne pas répondre aux « fadas ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Prouesse du temps

 

Le temps, dont on savait déjà qu'il adoucit toutes les peines, aura même réussi à nous débarrasser de l'antipathique Michel Tournier.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Méthode d'Urbantchitch

 

Comme Konrad, le héros de Thomas Bernhard, on aimerait faire répéter à sa bonne femme pendant des heures la phrase « Mimi vit six perdrix ». Pour une étude sur l'ouïe, qu'on prétendrait. Visant à valider expérimentalement la méthode d'Urbantchitch. Bon, mais il faudrait déjà avoir une bonne femme.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

All is of no avail

 

La vie, c'est comme l'étang de Soustons à deux heures de l'après-midi : on rame. Encore heureux si on n'est pas foudroyé par une réminiscence de vocabulaire.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

vendredi 3 juillet 2026

Cardan, inutile et incertain

 

Quand on est d'humeur morose, on pense au mathématicien Jérôme Cardan, le premier à avoir décrit des hypocycloïdes. Mais le secours qu'on en retire est d'une minceur qui confine au néant.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Flâneries du Grandiloque

 

Le négateur Émile Cioran aimait flâner sur les Grands Boulevards (des Filles-du-Calvaire, Beaumarchais, du Temple, Saint-Martin, etc). Il y avait tant de choses à voir, sur ces Grands Boulevards ! À voir, et donc à dénigrer !!!
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Deux mesures

 

La poésie de Camoëns est associée à la délicatesse et à la suavité, on recherche sa compagnie, tandis que l'excrément, vu comme grossier et malodorant, est traité comme un paria et relégué dans le tout-à-l'égout de l'étant. Pourquoi ce « deux poids, deux mesures » ?
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Quelque chose qui cloche

 

Qu'une ou plusieurs personnes vous disent qu'elles « aiment beaucoup ce que vous faites », aussitôt vous avez envie de tout laisser tomber. Vous comprenez qu'il y a un « os dans le potage » si ce n'est une « couille dans le pâté » 1.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)
 
1 : Dans le Bade-Wurtemberg, la couille ou touille désigne une grande cuillère en bois qui sert à cuisiner.
 

jeudi 2 juillet 2026

Aux Champs-Élysées

 

On entend parfois dire qu'au soleil, sous la pluie, à midi ou à minuit, il y a tout ce qu'on veut aux Champs-Élysées. Le mercredi 1er juin 1938, le romancier Ödön von Horváth, réfugié à Paris depuis quelques jours, décide d'aller prendre l'air. Alors qu'il se promène sur les Champs-Élysées, une tempête déracine un marronnier ; une branche le tue devant le théâtre Marigny. « Vous me la copierez » furent ses dernières paroles.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Summum du mauvais goût

 

Parmi les choses de mauvais goût, celle qui décroche le pompon est le fait d'être connu (ne serait-ce que dans son lotissement).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Sensationnel

 

C'est la stupeur chez les économistes : la main invisible d'Adam Smith a été aperçue dans la culotte du zouave du pont de l'Alma !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Condition humaine

 

Ce qui manque le plus à l'homme, ce sont des « opportunités à l'international ». Et aussi d'être « impacté » par quelque chose.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mercredi 1 juillet 2026

Mutisme des fougères

 

Dégoûté des humains, on s'adresse aux fougères et on leur demande : « Vous souvient-il encore au fond des jours, fougères, du pauvre être au cri bègue, aux doigts gourds ? » — Mais autant parler à un mur.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)