Chaque fois
qu'il se livrait à un excès de boissons alcooliques, le situationniste
Guy Debord appelait Raoul toute la nuit. Son ami Raoul Vaneigem. Le
médiéviste.
La plupart
des gens « croivent » qu'une affirmation ne peut que décrire un état de
fait, et donc être vraie ou fausse. Mais point du tout. Le philosophe
John Langshaw Austin a montré qu'il existait aussi des affirmations
« performatives ». Un énoncé est performatif lorsqu'il ne se borne pas à
décrire un fait mais qu'il « fait » lui-même quelque chose. Un exemple
typique d'expression performative est la phrase « Guy Debord est un con ».
Constat
ayant été fait que l'œuvre de Michel Foucault constitue pour lui une
référence ; qu'il a par ailleurs été influencé par Derrida, Guy Debord,
Hannah Arendt, Carl Schmitt et l'historien de l'art Aby Warburg ; le
sieur Agamben Giorgio est condamné à recevoir les verges « cul nu ».
Pour
pénétrer quelqu'un, pour le connaître vraiment, il suffit de voir
comment il réagit à la phrase « Guy Debord est un con ». S'il s'offusque,
s'il émet des objections, pis, s'il fait du barouf, inutile de continuer : il est lui-même un con.
Dans
sa chanson Les Copains d'abord, Georges Brassens affirme que son bateau
favori, celui qui « naviguait en père peinard sur la grand mare des
canards », n'a jamais congédié le célèbre situationniste Guy Debord, ni
même envisagé de le faire. Il s'agit selon lui d'une rumeur absurde.
Dans
son Navigateur en solitaire, Joshua Slocum raconte qu'à un moment de sa
traversée, à la fois pour éviter une baleine et parce qu'il n'en
pouvait plus de la suffisance de l'auteur de la Société du spectacle, il
vira Guy Debord (de son esquif, comprenons-nous).
Le 30 novembre 1994, l'essayiste Guy Debord, connu pour avoir conceptualisé la notion de « spectacle », est trouvé mort dans sa maison de ferme de Champot, Bellevue-la-Montagne, Haute-Loire. Il s'était tué avec une arme à feu. Dans son film Hurlements en faveur de Sade, on peut, paraît-il, entendre cette phrase : « La perfection du suicide réside dans son ambiguïté ». Il était réputé pessimiste et misanthrope. Selon Gragerfis, sa mort serait, d'une certaine manière, « issue de sa vie comme un fruit mûr ». (Johannes Zimmerschmühl, Pensées rancies et cramoisies)