jeudi 15 novembre 2018

Interlude

Jeune fille lisant l'Appel du nihil de Martial Pollosson

Comme David Copperfield


Je porte autour du cou une pancarte élucidant mon effroyable déchéance : « Le Grand Tout a fait cela ».

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Interlude

Jeune fille lisant les Exercices de lypémanie de Marcel Banquine

Dualité du suicidé philosophique


Le ton austère qu'adopte volontiers le suicidé philosophique n'exclut ni la douceur ni l'attendrissement. Dans ses lettres où, entre deux dithyrambes à l'homicide de soi-même, il évoque la douceur des soirs à Saint-Clément quand les souffles légers portent l'odeur des foins et le parfum miellé des clématites, les sentiments sont graves, mais ce sont des sentiments, et ils captivent. Tout au plus pourrait-on dire que le suicidé philosophique est un esprit un peu trop viril, à l'inverse de Fénelon, prélat mystique, d'une aménité un peu trop féminine : ils se ressemblent cependant par leur infatigable zèle et par leur impérieux pouvoir de séduction.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Échauffement philosophique


On sait que la vapeur, lorsqu'elle se détend, perd une partie de son calorique latent en rapport avec le travail qu'elle produit. Mais aucune expérience n'a encore été conduite pour mettre en évidence un phénomène analogue dans l'ordre moral, à savoir le Moi surchauffé des « amis de la sagesse » occupés à produire des concepts.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Interlude

Jeune fille lisant la Nostalgie de l'infundibuliforme de Robert Férillet

Fouissement conceptuel


Le phénoménologue est pourvu d'un groin mobile d'une grande puissance qui lui fournit les moyens de labourer la réalité empirique avec la plus grande facilité et de mettre à jour des concepts de toute nature ; en outre, cette faculté est encore augmentée par une forte langue charnue très rétractile.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Fabrication des concepts


Pour que toutes les parties d'un concept aient les formes et les dimensions requises, on trace son gabarit avant de le forger, c'est-à-dire que, sur une planche bien unie, on tire diverses lignes parallèles, dont les distances des unes et des autres donnent la largeur et l'épaisseur de chaque partie. À la forge, on a soin de mesurer fréquemment si la partie du concept que l'on confectionne a les dimensions que donne le gabarit.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)