lundi 13 août 2018

Théorème de Tarski


En logique mathématique, le théorème de Tarski, ou théorème de non définissabilité de Tarski, s'énonce informellement ainsi : « On ne peut définir dans le langage de l'arithmétique la vérité des énoncés de ce langage. »

Problème de cohabitation avec une belle-mère envahissante ? Sentiment de culpabilité lié à son statut de rescapé ? Besoin compulsif d'« épater le bourgeois » ? Peut-on jamais savoir avec certitude ce qui pousse un homme à engendrer un théorème de logique mathématique ?


(Włodzisław Szczur, Mathématique du néant)

Interlude

Jeune fille un peu guindée lisant la Mélancolie bourboulienne de Léon Glapusz

Progrès


Le temps est révolu où le suicidé philosophique n'avait à sa disposition que d'encombrantes pétoires, qui souvent faisaient long feu. Désormais, les jeux nombreux et variés d'armes perforantes et contondantes fournis par la technique moderne lui offrent mille moyens commodes de produire sur l'esprit l'impression la plus vive, par la manière admirable dont il peut varier et embellir son exécution.

(Robert Férillet, Nostalgie de l'infundibuliforme)

Souci


Il s'agit désormais, pour Heidegger, de mettre en évidence l'enracinement de la theoria et de la praxis dans le nouveau concept de « souci » (die Sorge) que lui ont fait découvrir sa fréquentation du Livre X des Confessions de Saint Augustin et ses travaux sur les premiers chrétiens (qui avaient le souci permanent d'éviter de se faire dévorer par les lions).

Il va s'acharner à trouver les linéaments de ce « souci » dans l'œuvre du Stagirite et il y dénichera finalement quelque chose qui peut faire office de cousin présentable, une fois paré d'une requimpette dialectique idoine, le concept de « prudence », la Phronesis.

Ce « souci » va devenir progressivement l'essence même de l'« être » de l'homme dans Sein und Zeit, en même temps qu'il va envahir la vie de Heidegger du fait du caractère de plus en plus acariâtre de sa femme et du comportement de plus en plus écervelé de la fille Arendt.


(Jean-René Vif, Scènes de la vie de Heidegger)

Syndrome du paradis perdu


Peut-être la difficulté à « faire », loin de résulter d'un déficit de fibres, solubles et insolubles, ne trouve-t-elle sa cause que dans la trop claire conscience, chez le « Suisse », du péché qui craint la possibilité d'un verdict abrupt : l'expulsion du jardin des délices, la chute dans le temps.

(Raymond Doppelchor, Océanographie du Rien)

Vers le Rien (page de journal)


« À peine prise la décision de me détruire, je rencontre un nouvel obstacle, un troupeau d'oies, cette fois, qui barre toute la largeur du chemin. Étrange sentiment. À part les oies, ma pachyméninge m'apparaît totalement vide. Le vouloir-vivre qui peuplait la région a été expulsé après la débâcle du Moi. Mais nul instinct, nulle pulsion — et a fortiori nul paysan tchèque —, on ne sait pourquoi, n'est venu le remplacer. »

(Raymond Doppelchor, Océanographie du Rien)

Interlude

Jeune femme cherchant Forcipressure d'Étienne-Marcel Dussap

Ceux d'à côté (Tobias Wolff)


Je me réveille, affolé. Ma femme est assise au bord de mon lit, elle me secoue. « Ils remettent ça », dit-elle.
Je vais à la fenêtre. Ils ont toutes les lumières allumées, à l'étage et en bas, à croire qu'ils ont de l'argent à brûler. Il braille, elle hurle en retour, le chien aboie. Il se fait un bref silence, puis le bébé pleure, pauvre gosse.
« Tu ferais mieux de ne pas rester là, dit ma femme, ils pourraient te voir. »
Je dis :
« Je vais appeler la police, sachant qu'elle m'en empêchera.
— Non », dit-elle.
Elle a peur qu'ils empoisonnent notre chat si nous allons nous plaindre.
L'homme d'à côté braille toujours, mais je ne distingue pas ses paroles entre le chien et le bébé. La femme rit, sans conviction. « Ha ! Ha ! Ha ! », avant de pousser un petit cri, soudain et aigu. Tout redevient calme.
« Il lui a encore balancé du Cioran dans la figure, dit ma femme. J'ai senti le coup exactement comme si c'était moi qui l'avais reçu.
— Non, c'était du Beckett, rétorqué-je.
— Du Cioran, je te dis. Un aphorisme d'Écartèlement : "Exister est un phénomène colossal — qui n'a aucun sens." Je l'ai entendu distinctement.
— Oh, bon, d'accord, c'était du Cioran. Ça change quoi ? L'essentiel est que, derrière l'excès du propos, travaille, avec une infatigable ardeur, l'implacable lucidité d'un homme qui ne cesse d'expérimenter sa propre finitude dans le but d'identifier l'incommensurable distance qui le sépare de cet absolu auquel tout son être paradoxalement aspire. Tu ne crois pas?
— Face de slip ! Pourquoi tu as dit que c'était du Beckett ? Tu essaies de m'humilier ou quoi ? Moule à merde ! Féminicide ! »
C'était parti. Et chez nous, cette fois.


(Étienne-Marcel Dussap, Forcipressure)

Gnothi seauton


Je me retrouve assez dans l'idée de moisi.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Détachement suprême des Dupond-Dupont


Le stoïcisme des détectives Dupont et Dupond face à la mort est-il le fruit de leur vacuité ou, au contraire, de leur lecture de Sénèque ? Il est bien difficile de trancher cette question. Un épisode, toutefois, peut nous y aider.

Dans Tintin et les Picaros, ils sont conduits devant le peloton d'exécution, mais sont sauvés in extremis par la révolution que viennent de déclencher les rebelles menés par le général Alcazar. Quand le capitaine Haddock dénoue leurs liens et s'exclame : « Il était moins cinq, n'est-ce pas ? », Dupont répond : « Je ne sais pas : ma montre est arrêtée... » Cet humour noir, qui cache à l'évidence un désespoir métaphysique, rappelle celui du poète André Frédérique, qui commit l'homicide de soi-même le 17 mai 1957 à l'âge de 42 ans, à l'aide d'un cocktail de cognac, gardénal, et émanations de gaz. L'hypothèse de la vacuité intellectuelle paraît donc devoir être écartée. Les deux policiers sont bien des disciples de Sénèque !


(Hermann von Trobben, Le Monocle du colonel Sponsz)

Énigme


Saint Jean Climaque prétend que dans les choses les plus désagréables, comme dans les hommes les plus mauvais, il faut toujours chercher à découvrir un élément utile et savoir en tirer parti. Mais dans le cas de l'haeccéité, on se demande ce que cet « élément utile » pourrait bien être.

(Johannes Zimmerschmühl, Pensées rancies et cramoisies)

Interlude

Jeune fille lisant l'Appel du nihil de Martial Pollosson